Dans la Mer des Arbres…

Elle porte le doux nom de Mer des Arbres
樹海 Jukai
La forêt d’Aokigahara
S’étend magnifiquement au pied du Fujisan

Mais si sa réputation a dépassé
Les frontières de la région
C’est en raison de l’attrait qu’elle exerce
Sur les candidat/es au suicide

De quoi rappeler au talent
De Seichō Matsumoto (1909-1992)
Auteur de plus de 450 ouvrages
Dont Nami no tô, « pagode de vagues »
Qui en propulsa l’invitation
Y faisant périr son couple héroïque

Puis vint le Kanzen Jisatsu Manyuaru
Que l’on doit à Wataru Tsurumi
Une référence du suicide
Que l’on trouve quelquefois
Sur le sol jonché de souvenirs
De la Mer des Arbres

Le lieu jouissait déjà d’une certaine aura
Au 19e siècle
Même si le mouvement prit de l’ampleur
Dans la seconde moitié du 20e
Jusqu’à compter au moins une centaine de passages à l’acte en 2010…

10 septembre
Journée mondiale de la prévention du suicide
De quoi tous nous interroger sur notre relation à soi, à l’autre
Et sur la fragilité de toute existence
Au regard de la variété des contextes,
Des décisions, des jugements,
Des causes et conséquences,
Quand toutes les 40 secondes, une personne sur Terre se donne la mort…

Le réalisateur Gus van Sant réalise The Sea of Trees (« Nos souvenirs ») en 2016 mettant en scène Matthew McConaughey, Ken Watanabe et Naomi Watts…

Aokigahara, la forêt où les Japonais se cachent pour mourir

Si, comme certains urbains installés dans le béton depuis plusieurs générations, vous ne supportez la forêt qu’en fond d’écran; qu’au milieu des arbres et des insectes vous avez l’impression de rejouer Predator, le matos pour se défendre en moins, et que surtout, jamais au grand jamais, vous n’accepteriez d’aller chercher du petit bois pour la cheminée tout seul (ni des mûres, des champignons, rien qui vous oblige à vous sentir comme le Petit Chaperon rouge), bref si vous flippez dès qu’il y a plus de trois arbres, vous pourriez vous confronter à votre plus grande peur dans la forêt maudite d’Aokigahara.

Au pied du mont Fuji, ce labyrinthe végétal de 35 km2, appelé aussi Jukai (mer d’arbres) a la réputation d’être l’un des lieux les plus hantés du Japon. Et l’endroit préféré des Japonais pour mettre fin à leurs jours (200 suicides pour l’année record de 2010). Un coin riant que ce grand déconneur de Gus Van Sant a choisi pour raconter son dernier film Nos souvenirs. On y suit Arthur Brennan (Matthew McConaughey), fraîchement veuf, qui se tape 10.000 km pour aller mourir à Aokigahara, avant de croiser Takumi, un Japonais au bout du rouleau. Au cas où vous pendre ne ferait pas partie de vos projets immédiats, on vous fait la visite de cette forêt des suicidés, qui n’a pas inspiré que des Japonais en bout de course.

Best-sellers maudits

En 1959, quand Seicho Matsumoto, chantre de la littérature policière, publie sa nouvelle Nami no tô, il n’a pas vraiment en tête d’en faire le livre de chevet des suicidaires. L’histoire raconte la romance interdite entre une jeune femme et un procureur qui, menacés par un maître-chanteur, se jettent en offrande dans la mâchoire carnassière de la forêt d’Aokigahara. Mais l’endroit attire aussitôt des dizaines de candidats au trépas.

Trente-quatre ans plus tard, un autre livre vient asseoir sa réputation : le polémique Kanzen Jisatsu Manyuaru de Wataru Tsurumi. Écoulé à 1,1 million d’unités au Japon, l’essai de 198 pages constitue un mode d’emploi du suicide et cite Aokigahara comme l’un des meilleurs spots pour mettre fin à ses jours. La forêt accueille de plus en plus de suicidés et il n’est pas rare que les autorités retrouvent un exemplaire du Kanzen Jisatsu Manyuaru à côté des cadavres.

Du manga Samurai Deeper Kyo d’Akimine Kamijyo au film d’épouvante The Forest, avec Natalie Dormer de Game of Thrones, la forêt d’Aokigahara devient un personnage à part entière. Et un personnage à l’enfance chargée.

La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en

«Aokigahara a été un lieu privilégié pour déposer les personnes âgées en fin de vie. Mais aussi des nouveau-nés dans le cadre d’infanticides pratiqués à la fin du XIXe siècle dans les campagnes comme moyen de régulation de la population en vue de la modernisation du pays, explique Rémi Scoccimarro, docteur en géographie, aménagement et urbanisme et maître de conférences en langue et civilisation japonaises à Toulouse-II. Cette présence de la mort en a ainsi fait, depuis l’après-guerre, un site à la fois idéal pour les suicides et très pratique pour se débarrasser des corps à la suite d’un meurtre.»

 

Au pays du hara-kiri

Si Aokigahara, deuxième site préféré des candidats au suicide après le Golden Gate Bridge de San Francisco, ne propose aucune aide aux promeneurs qui voudraient se faire une petite balade digestive, elle regorge de panneaux à l’attention des dépressifs :

« La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en. »

Les autorités espèrent ainsi juguler la centaine de décès annuels enregistrée (une majorité d’hommes âgés de 45 à 65 ans, parfois des personnes venues de pays lointains), mais aussi éviter d’avoir à faire le ménage : car chaque pendu abandonne tout un tas d’objets –torches, rubans, tentes, cordes, emballages de médicaments dangereux… Si cela fait un peu désordre en forêt, le suicide ne souffre d’aucun tabou religieux au Japon. Depuis Minamoto no Yorimasa, premier samouraï à avoir eu recours au seppuku (auto-éventration), c’est même plutôt considéré comme un geste capable de rétablir un honneur perdu. Une pratique, inspirée des valeurs morales féodales, qu’on retrouve aussi chez les femmes sous le nom de jigai, et même beaucoup plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, chez les kamikazes.

D’ailleurs, Aokigahara n’est pas le seul endroit au Japon à attirer les suicidaires : les autorités surveillent de près le barrage d’Agamase ou les falaises de Tojimbo, qui ont servi de toile de fond au roman Le Cœur régulier d’Olivier Adam (dès qu’il y a une falaise, il n’est généralement pas bien loin), qui vient d’être adapté au ciné.

slate.fr - Mehdi Omaïs et Stylist — 19.06.2016 à 16 h 07

Lien : http://bit.ly/2wyE3Qg


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  • bon (o-)

    Fête japonaise annuelle en l’honneur des disparus.

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  • keirô no hi

    Jour (férié) du respect envers les personnes âgées fêté au Japon le 3e lundi de septembre.

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  • Kūkai

    Kūkai (774 / 835) est le fondateur au Japon de l’école bouddhiste Shingon. Il est considéré comme un être d’exception, ouvert à tous les arts, soucieux de la misère d’autrui, et lui-même toujours en quête d’amélioration. Il fit un voyage en Chine qui fut déterminant pour son engagement religieux. C’est à son retour qu’il fonda l’école Shingon. Son nom signifie : « Océan de vacuité ». Il est également nommé Kōbō-Daishi.

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    29-buddhist
  • seppuku

    Suicide traditionnel au Japon en usage chez les samouraïs, procédant par éventration à l’aide d’un long couteau ou d’un sabre court, et dont on situe l’apparition au 12e siècle. Il fut officiellement interdit en 1868 avec l’ère Meiji – L’objet en était de libérer l’âme et s’exécutait afin de préserver son honneur ou laver sa honte. Une version plus douloureuse consistait à remonter verticalement. Le terme hara-kiri 腹切り (composé des mêmes kanjis) est moins officiel – Le mot seppuku est constitué de « couper » 切 et « ventre » 腹.

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  • yakisoba

    Nouilles sautées japonaises.

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