Harald à la dent-bleue (910 – 986)…

Nombre parmi les usagers du numérique ne mettront guère longtemps à identifier le signe de la marque bluetoothTM accompagnant ce système ingénieux de transmission à distance. Mais combien le rattachent à ses origines ? Nous sommes alors entraînés en plein cœur d’un monde d’écritures débarquant dans la bonne ville danoise de Jelling située dans le Jutland. S’y dressent devant nous d’admirables pierres runiques. Entendons qu’elles sont recouvertes de runes, signes pratiqués par les anciens Scandinaves. Les pierres retiennent toute notre attention car l’on y apprend avec solennité que « le roi Harald fit faire ces stèles pour Gorm son père et Thyra sa mère ». Or c’est ce même Harald 1er dit « à la dent-bleue » (910 – 986), roi du Danemark et de Norvège, qui a donné son nom au système bluetooth (angl. blue : « bleu, e » et tooth : « dent ») ! Quant à deviner l’origine de cette dent bleue, d’aucuns prétendent que loin d’y avoir incrusté un éclat de lapis-lazulis, le cher roi aurait plutôt souffert d’une fort mauvaise carie… à moins qu’il ne raffolât de myrtilles au pouvoir colorant ! En tout cas c’est lui qui unifia le Danemark, et ces pierres en sont souvent considérées comme l’acte de fondation. Profitons donc de cette présence sur les terres scandinaves afin de nous arrêter un instant sur ces fascinantes écritures qui précédèrent l’alphabet latin. L’écrivain romain Tacite (v. 55 – v. 120) (cité par J. Février) écrivait au sujet des prêtres : « Leur façon de consulter le sort est simple. Ils coupent les branches d’un arbre portant des fruits et la taillent en bâtonnets, sur lesquels ils font certaines marques distinctives ; ils les éparpillent sur une toile blanche complètement au hasard. Puis le prêtre officiel (…) ou le père de famille (…) adresse une prière aux dieux et à trois reprises prélève un bâtonnet en regardant le ciel. Il interprète les bâtonnets qu’il a prélevés selon la marque gravée antérieurement. » Les runes auraient été pratiquées à partir du IIe siècle avant notre ère. Après plus d’un millénaire d’usage, elles seront progressivement bannies avec l’évangélisation des peuples nordiques. Un des noms donné à cet alphabet est futhark (fuþark) par l’association de ses six premières lettres. Les lettres elles-mêmes ont toutes une appellation et possédaient une fonction magique particulière. Selon les interprétations, la première lettre, dite Fehu, évoquerait ainsi le « bétail », la « richesse ». La seconde, Uruz, s’attacherait plutôt à l’idée du « buffle », ou de l’aurochs et de sa puissance phénoménale. etc. Le nombre de lettres connut quant à lui d’importantes variations. S’il est généralement fixé à 24, ou plus exactement à trois séries de huit, les variantes anglaise et frisonne (Pays-Bas) en comptaient pour leur part 28 à 33, alors qu’au contraire on n’en utilisait plus que 16 en Scandinavie. Quant au mot « rune », on lui verrait des occurrences dans les langues celtiques et germaniques, évoquant généralement l’idée de « secret ». Ajoutons qu’Odin, dieu suprême, y a mêlé son destin. Celui-ci serait en effet resté pendu neuf jours et neuf nuits à l’arbre du monde, le corps transpercé de sa propre lance, afin d’en assimiler toute la signification ! L’appellation de runes ne se limite pas toutefois à la Scandinavie. On l’utilise en effet également dans l’expression de runes sibériennes, ou encore de runes hongroises – à retrouver sur les chemins.


Loi de Jante

Ensemble de principes de conduite que l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose a formulé en 1933 dans son roman Un fugitif recoupe ses traces et qui, selon lui, serait assez caractéristique du comportement de ses compatriotes, tout en étendant l’idée à l’ensemble de la Scandinavie. Elle met en avant la primauté du collectif sur l’individuel, la coopération sur la compétition. Peut susciter l’adhésion ou le rejet, selon l’idée que l’on se fait de la société et de nos possibles manières d’être.

 

Enoncé de la loi :

1. Du skal ikke tro du er noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es quelqu’un de spécial !
2. Du skal ikke tro du er lige meget som os ! – Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous !
3. Du skal ikke tro du er kloger en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus malin/sage que nous !
4. Du skal ikke innbille dig at du er bedre en os ! – Tu ne dois pas t’imaginer que tu es meilleur que nous !
5. Du skal ikke tro du ved mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous !
6. Du skal ikke tro du er mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous !
7. Du skal ikke tro at du duger til noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit !
8. Du skal ikke grine af os ! – Tu ne dois pas rire de nous !
9. Du skal ikke tro at nogen kan lige dig ! – Tu ne dois pas croire que quelqu’un s’intéresse/s’inquiète à ton sujet !
10. Du skal ikke tro du kan lære os noget ! – Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose !

 

… The concept of Janteloven is intertwined in the fabric of Danish Culture/Society. From early years children are taught to honour collaboration over competition. The education system teaches to the middle of the class and encourages group work and cooperative learning. The social systems of the state stress the right to be taken care as a group regardless of social status. No one is better than the next guy. » cité par Charon Jernice Austin – Tapping into my soul (from Denmark for Foreign Students – Ed. Copenhague Business School Press – 1999)

 

(«… Le concept de Janteloven est imbriqué dans le tissu de la culture ou de la société danoise. Dès les premières années, les enfants apprennent à préférer la collaboration à la compétition. Le système éducatif enseigne au milieu de la classe et encourage le travail en groupe et l’apprentissage coopératif. Les systèmes sociaux de l’état soulignent le droit d’être pris en charge en tant que groupe indépendamment du statut social. Personne n’est meilleur qu’un autre. » Cité par Charon Jernice Austin – Tapping into my soul (à partir de Le Danemark pour les étudiants étrangers – Ed. Copenhague Business School Press – 1999)…»)


INDEFINITION :

  • Loi de Jante

    Ensemble de principes de conduite que l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose a formulé en 1933 dans son roman Un fugitif recoupe ses traces et qui, selon lui, serait assez caractéristique du comportement de ses compatriotes, tout en étendant l’idée à l’ensemble de la Scandinavie. Elle met en avant la primauté du collectif sur l’individuel, la coopération sur la compétition. Peut susciter l’adhésion ou le rejet, selon l’idée que l’on se fait de la société et de nos possibles manières d’être.

     

    Enoncé de la loi :

    1. Du skal ikke tro du er noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es quelqu’un de spécial !
    2. Du skal ikke tro du er lige meget som os ! – Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous !
    3. Du skal ikke tro du er kloger en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus malin/sage que nous !
    4. Du skal ikke innbille dig at du er bedre en os ! – Tu ne dois pas t’imaginer que tu es meilleur que nous !
    5. Du skal ikke tro du ved mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous !
    6. Du skal ikke tro du er mere en os ! – Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous !
    7. Du skal ikke tro at du duger til noget ! – Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit !
    8. Du skal ikke grine af os ! – Tu ne dois pas rire de nous !
    9. Du skal ikke tro at nogen kan lige dig ! – Tu ne dois pas croire que quelqu’un s’intéresse/s’inquiète à ton sujet !
    10. Du skal ikke tro du kan lære os noget ! – Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose !

     

    … The concept of Janteloven is intertwined in the fabric of Danish Culture/Society. From early years children are taught to honour collaboration over competition. The education system teaches to the middle of the class and encourages group work and cooperative learning. The social systems of the state stress the right to be taken care as a group regardless of social status. No one is better than the next guy. » cité par Charon Jernice Austin – Tapping into my soul (from Denmark for Foreign Students – Ed. Copenhague Business School Press – 1999)

     

    («… Le concept de Janteloven est imbriqué dans le tissu de la culture ou de la société danoise. Dès les premières années, les enfants apprennent à préférer la collaboration à la compétition. Le système éducatif enseigne au milieu de la classe et encourage le travail en groupe et l’apprentissage coopératif. Les systèmes sociaux de l’état soulignent le droit d’être pris en charge en tant que groupe indépendamment du statut social. Personne n’est meilleur qu’un autre. » Cité par Charon Jernice Austin – Tapping into my soul (à partir de Le Danemark pour les étudiants étrangers – Ed. Copenhague Business School Press – 1999)…»)

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