« Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir… »

Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir.
Et tout semblait débuter comme un conte d’enfant.
Nos trois protagonistes prêts à l’aventure
Afin d’émerveiller petits et grands.

La girafe s’y serait rappelée
Qu’elle fut nommée « chameau-léopard »,
Toujours présent en langue grecque :
καμηλοπάρδαλη
(kamilopárdhali)

De son exceptionnelle prestance,
Elle nous aurait emmenés
Sur les terres orientales,
À la rencontre du fabuleux qílín

Porteur de bons présages,
Celui-ci inspirerait la girafe japonaise, dite kirin

Le guépard aurait lancé un clin d’œil,
À la succession des âges.
De Sumer à la cour de Kubilai,
Des San aux Egyptiens,
Jusqu’à camper un personnage de Visconti,
Tandis qu’un monde disparaîtraît…

Le rhinocéros noir quant à lui,
Aurait fait trembler le sol de la savane.
De toute sa puissance,
Et d’une soudaine accélération,
Il aurait dans sa lancée écarté toute opposition.

Hélas, si tous trois aujourd’hui
Se voient conviés en ces lignes.
Ce n’est point pour les conter,
mais les compter…
Tous trois font à des titres divers
Partie des espèces menacées.

Que raconterons-nous donc à nos enfants ?
Les désignerons-nous sur les parois rupestres
De nos coupables abandons ?

Leur dirons-nous qu’il était jadis
Une dame au long cou,
Un chevalier bondissant,
Un combattant au nez de force,
Et que nous avons négligé de les défendre
Prétendument occupés à de plus urgentes affaires ?


I want to be a pilot…

On les appelle : « bidonvilles »
(évoquant originellement les constructions faites à partir de bidons),
« favelas » au Brésil ou encore « slums », « townships »…
Et ils concernent une proportion croissante de la population mondiale.
On estimerait aujourd’hui leur nombre à près d’1 milliard de personnes.

Nous voici aujourd’hui à Kibera
Vraisemblablement le plus grand bidonville d’Afrique

Kibera signifierait « forêt » en langue nubienne.
Rappelant qu’il fut prioritairement mis en place au début du XXe siècle
Durant la période de l’Empire britannique
Afin d’accueillir des soldats nubiens des King’s African Rifles

En 2006 le réalisateur Diego Quemada-Diez
Entreprend de raconter la réalité de Kibera
Avec son court-métrage : I want to be a pilot
(iwantobeapilot.com).
À l’instar des orphelins qui s’y multiplient,
Frappés par divers fléaux dont le SIDA,
Le jeune Omondi* nous y emmène à la rencontre de son existence… et de ses rêves.

En 2014, la Journée mondiale de l’habitat avait « pour vocation de donner voix au chapitre aux habitants des bidonvilles. Souvent, ces derniers vivent pratiquement dans l’anonymat, ils n’ont pas d’adresse, ne sont pas recensés et ignorent quand leurs conditions de vie s’amélioreront. […] Laissons les habitants des bidonvilles nous dire ce qui marche et ce qui ne marche pas, et ce qu’il nous faut faire. » – Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU.

*Omondi signifie que « quand je suis né, j’ai réveillé ma mère très tôt le matin »…


Mongolie : le temps des nomades est-il révolu ?

Mongolie
Le temps des nomades
Qui vont et viennent dans la steppe

Le temps de monter le ger
Selon des règles et dispositions immuables

Le temps de partager les rites, les fêtes et les contes
Naadam, Tsagaan Sar…

Mongolie
Lorsque le nomadisme côtoie la sédentarité
Lorsque le dzud les y condamne
Lorsque la Cité d’Oulan Bator les y avale en sa périphérie
Lorsqu’on y rêve d’éducation et de mieux gagner sa vie
Sur les pas d’Olzod et Purevsuren…


Repensons le plastique…

Une aventure au fil des siècles
Clamant le génie de l’humanité
D’invention en invention
Les techniques s’y affinent
Histoire du plastique

Découverte du caoutchouc, de la vulcanisation
Apparition du mot polymère (1866)
Mise au point du celluloïd (1856/1870) puis de la cellophane (1908)
Après un siècle de perfectionnement, fabrication industrielle du polychlorure de vinyle – PVC (1931)
Apparition des polyamides en 1935 : le nylon !
Découverte du polycarbonate en 1953…

Depuis 1950
Production de 8,3 milliards de tonnes de plastiques
Et la belle aventure a viré au cauchemar
L’invention géniale s’est disséminée
9 % ont été recyclés,
12 % incinérés
Et 79 % ont été accumulés dans des décharges ou dans la nature

Surexploitation des combustibles fossiles
Additifs toxiques
Substances chimiques
Perturbateurs endocriniens
Matières non biodégradables
Menace majeure pour nos océans

– STOP –
Dans nos actes
Dans nos comportements
Dans nos pensées
Repensons le plastique…


Un million d’abeilles tuées… dans un accident de la route

Dans la série
« Sommes-nous devenus fous ? »
L’accident qui suit
Occupe une place de choix

Nous sommes à bord d’un camion
Au nord de Sacramento
Interstate 80
La nuit

Soudain, tentant d’éviter une collision
Le véhicule se retourne
Ainsi que sa cargaison

Sa cargaison ?
1 million d’abeilles
Destinées à polliniser
Les étendues industrielles des amandiers californiens

Ce million-là n’y parviendra pas
N’y parviendra jamais
Ce million d’êtres vivants
Disparaîtra sous une déferlante… d’eau savonneuse

Les commentateurs avisés
Évaluent la cargaison
À 1 million de dollars…


Une fois cassé…

Cassé.
Cassé et jeté.
Cassé et réparé.

Cassé, par mégarde.
Cassé avec l’intention de briser, de détruire.

Le fils du paysan s’est cassé la jambe… et ne partira donc pas à la guerre.
Le grand-père casse les assiettes et a droit à une écuelle de bois.
« Break-a-leg », pour conjurer le sort et appeler la fortune.

Grégoire répare les pneus et secourt les âmes,
Le fihavanana malgache tisse et répare les liens sociaux…

Longue histoire des objets, des êtres, des phénomènes
Rappelant à la fragilité de toute condition.

Au Japon l’art du kintsugi 金継ぎ porte l’éthique du wabi-sabi
Objets brisés dont la cicatrice visible dorée à l’or fin
Témoignera pour quelque temps encore…

« La vie brise tout le monde et, par la suite,
Quelques-uns deviennent plus forts aux endroits où ils ont été brisés. »
Ernest Hemingway