Les cinq voies pantopiques…

La diversité de l’espèce humaine est des plus fascinantes. Tout autant que l’est son unité. Leur considération croisée permet de construire la paix sur des bases solides, celle du respect de nos différences comme de nos similitudes. Elle bâtit les ponts qui nous mènent vers un monde apaisé, favorisant le dialogue, la découverte de l’autre et de soi-même. Pourtant il semblerait que nous ayons parfois quelque difficulté à établir ce rapport de connaissance et reconnaissance mutuelles. Affrontement des vérités, volonté de conflit et de nuisance, faiblesse du partage, manque d’empathie… les raisons ne manquent pas. Et le prix en est élevé car, pendant ce temps, des questions essentielles restent posées, relatives à l’environnement, à l’économie, au pouvoir, à l’éducation, au numérique, parmi d’autres, toutes reliées à cette diversité dans l’unité du genre humain.

La Pantopie a été voulue afin de promouvoir leur rapprochement, notre rapprochement, et propose de le faire au fil de cinq voies complémentaires. On y trouvera celles des langages (langues, écritures, autres), de l’espace-temps (histoire, patrimoine, veillée, environnement…), des rencontres (interviews, citations…), de la signification (indéfinitions, représentations…) et de la créativité (nouveaux moyens de communication et de savoir, monde numérique…). Y convoquant une langue, une actualité, un portrait, un mot ou encore une innovation, y valorisant les interactions qui tissent la toile de l’humanité et de son rapport plus harmonieux aux autres espèces, nous affirmons ici que « le centre du monde est partout et la périphérie nulle part » (Nicolas de Cues). Nous nous fixons ainsi le cap de ce 21e siècle afin de partager quelques récits prenant formes d’un conte, d’un entretien, d’une chronique, d’une indéfinition… Nous y croyons en une forme de Renaissance contemporaine, un mouvement de « tous les lieux » (grec pan-, pantos : « tout », topos : « lieu ») pour un progrès plus responsable de l’humanité.

La voie des langages

Les langues et langages sont inséparables de l’idée même de diversité. Ils en sont l’un des piliers les plus représentatifs. Avec 5000 à 7000 langues pratiquées aujourd’hui dans le monde, avec des dizaines d’écritures contemporaines, avec d’innombrables codes et symboles, ce matériau exceptionnel appelle à une découverte illimitée. La Pantopie souhaite y contribuer directement en y donnant accès par une forme d’invitation au voyage. Une invitation constamment renouvelée, rebondissant de système en système, de lieu en lieu, d’invention en invention.

Toutefois nous aimerions aller un plus loin encore. Nous voudrions en effet saisir cette invitation afin de favoriser des formes multiples d’initiation à ces systèmes et pratiques. Comment faire nôtre la compréhension des écritures qui s’affichent dans les gares, les menus des restaurants et les écrans du monde ? En quoi par exemple l’écriture chinoise offre-t-elle une occasion rare de penser le signe ? En quoi tel ou tel alphabet ou syllabaire ouvre-t-il la porte d’un monde singulier ? Comment prêter oreille à cette voix captée au hasard d’une rencontre ou d’une vidéo, et à la langue qu’elle véhicule ? Comment déchiffrer ce symbole pour éviter un malentendu ? En vérité, ce ne sont pas les occasions qui manquent en matière de langages pour confirmer l’extraordinaire diversité de l’espèce humaine, et en clamer l’universalité. Alors prenons le plaisir de la partager, la défendre et l’étendre…

La voie de l’espace et du temps

Nous sommes toutes et tous liés à des lieux et à des époques qui nous caractérisent. Ainsi en va-t-il de notre espèce depuis la nuit des temps. Des sociétés, des pays, des histoires collectives, s’y sont fixés et constituent un patrimoine dont nous sommes les héritiers. Or nous voici à un moment de ce cheminement où de grandes questions se posent. Questions relatives à notre faculté de concorde, ou de discorde, à notre aptitude à dépasser les contentieux au lieu de nous y asservir et à forger des équilibres durables. Questions également relatives à l’environnement naturel, culturel, urbain, que nous voulons défendre et transmettre, à la mesure d’un défi planétaire.

La Pantopie en ce sens qu’elle se veut de chaque lieu comme de chaque temps, souhaite prêter écoute à l’ensemble de ces questions et aux problématiques qu’elles nous adressent. Dès lors, une histoire plurielle pourrait-elle par exemple y émerger, tenant compte de l’honnêteté des parties engagées et de leur vision différenciée ? Une veillée collectant contes, mythes et légendes, y serait-elle envisageable donnant écho à la sagesse des humanités ? Un calendrier universel n’y aurait-il pas lui aussi toute sa place nous informant de nos fêtes, commémorations et rites ? Une prise de conscience de notre patrimoine universel ne mériterait-elle pas quant à elle un plus grand engagement de notre part ? Et que dire dans ce patrimoine, de l’aspect déterminant de nos espaces naturels dont nous savons aujourd’hui la mise en danger ?… Autant de pistes, autant de fragments d’une vaste mosaïque de l’espace-temps dont nous voulons ici clamer l’unité fondamentale, dans toute sa diversité de pensées et d’actes.

La voie du sens

Au regard de la diversité de nos pratiques, cultures, savoirs, opinions, il est peu de dire que nous n’avons pas toujours la même idée quant à la marche du monde. Et pas davantage du reste, quant aux petites choses de la vie. Il suffira de nous demander quel sens nous attribuons à des termes comme « famille », « santé », « justice », « amour » pour nous apercevoir de la fréquente sinon constante différenciation de nos approches. Ainsi va la vie qu’elle nous autorise à conduire notre chemin, à nous y forger un sens personnel de tout ce qui s’y déploie même si celui-ci est souvent conditionné par l’espace-temps qui l’enveloppe. Nous serions alors bien inspirés de nous en féliciter ! Car la force et la beauté du dialogue, le rejet d’une pensée unique, la défense du libre-arbitre, sont sans nul doute à ce prix-là.

Oui, nos significations varient en bien des points, dirons-nous presque tous. Mais alors, comment en prendre mieux conscience ? Comment suivre cette fabrique du sens au cours des âges de la vie ? Et surtout comment nous en enrichir mutuellement ? La Pantopie suggère ici la voie de l’indéfinition. Une manière d’en appeler à nos propres définitions au gré de 100 thèmes qui vont de la vie aux arts, de la table aux sentiments. Alors, n’hésitons pas. Prenons la plume et le clavier et œuvrons ensemble à un dictionnaire inachevé de nos indéfinitions, source inépuisable de plaisir et de compréhension mutuelle…

La voie de la rencontre

Nous sommes en grande partie le fruit de nos rencontres. Celles-ci accompagnent notre existence et en déterminent souvent ce que nous appelons le « succès » ou « l’échec ». Elles sont faites de cette matière quotidienne qui tisse la vie, dans leur préparation ou leur spontanéité, dans leur ouverture ou leur secret. Ces rencontres permettent d’accéder à l’autre tout en nous aidant à mieux comprendre qui nous sommes. C’est pourquoi la Pantopie a souhaité faire relais de rencontres diverses telles que nous pourrions les glaner au détour de la vie.

Allant au devant de personnes susceptibles de témoigner de leur parcours de manière sincère et vivante, ou bien captant l’écho de certaines existences dans les traces qu’elles en ont laissées, nous tentons ici de verser une pièce essentielle dans ce rapport tout autant à la diversité qu’à l’unité de notre espèce. Une charte, intitulée « les êtres humains », en dessine les contours génériques tandis que chaque portrait, chaque témoignage, chaque partage, lui donne corps et âme. Le tout, en constant prolongement, est une ode à la rencontre, ferment de tout, y compris le meilleur…

La voie de la créativité

Oui notre monde est divers. Nos langages, nos espaces, nos histoires, nos significations, et tous ces profils appelant à de possibles rencontres, en attestent aisément. Oui, ce que notre monde nous lègue et dont il nous confie la charge est marqué en tout point par cette diversité. Oui, une forme d’unité relie tout cela dont nous aurons tenté d’esquisser la présence, au nom d’une espèce dont les devoirs l’enjoignent à plus de respect, tant à l’égard d’elle-même que des autres espèces.

Pourtant une chose vient à présent s’immiscer dans ce mouvement, et en quelque sorte l’amplifier. En fait, nous l’avons déjà croisée çà et là, dans les couloirs du sens, ou ceux de l’espace, tout comme dans la forêt des signes. Celle-ci tient à la créativité inhérente à l’humanité. Et c’est bien cette cinquième voie qui vient faire écho à toutes les autres, scrutant leur constant renouvellement. Chaque génération reçoit ainsi ce contrat d’avenir par lequel elle n’est pas seulement appelée à préserver ce qui fut établi avant elle, mais à le prolonger, le transformer. Qu’il s’agisse de l’innovation au service d’un progrès responsable, qu’il s’agisse d’une vision numérique forte d’un humanisme capable d’écoute et d’empathie, qu’il s’agisse également de réinventer les outils de notre communication planétaire, partageons ici ces actes et intentions qui font le futur et disent la confiance que nous y plaçons. La Pantopie se veut ouverte à ces initiatives et, d’une écriture idéographique contemporaine à l’esquisse d’une encyclopédie tweetée, d’une démarche innovante en matière de dépense d’énergie ou de sauvegarde de la forêt à une activité numérique susceptible de mieux relier les individus, prêtons ici écho à cette fabrique d’un monde de paix, plus digne et plus juste. Il y a tant et tant à faire et presqu’autant de générosité qui partout s’y emploie. Que les esprits bouillonnent donc et que les corps s’agitent, le monde est non seulement à espérer mais à entreprendre au quotidien.