• autre

    «  Ce qui m’a toujours attiré c’est l’autre. Je n’ai jamais pu me concevoir sans l’autre. Je ne sais pas bien me définir sans l’autre, j’ai besoin de l’autre pour exister. L’autre est quelqu’un qui pour moi compte énormément et c’est surtout grâce à ça que j’ai eu envie de faire du journalisme. J’ai besoin de ses yeux, j’ai besoin qu’il me parle, ou bien qu’elle me dise des mots d’amours, ou bien que je m’engueule avec lui ! Sans l’autre je ne suis pas. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • censure

    «  La plus grave de toutes les censures, et celle à laquelle il ne faut jamais obéir c’est l’autocensure, qui est peut-être la plus sournoise, la plus dure, dont on parle peu. Si tu ne veux pas tout dire ou tout écrire, d’abord il ne faut peut-être pas se lancer dans ce sujet là. Les choses que l’on s’interdit à soi-même, c’est grave dans ce métier. C’est plus grave de se trahir soi-même que de trahir quelqu’un d’autre. On ne choisit pas ce métier là pour gagner du pognon, on choisit ce métier là pour un certain nombre de valeurs. Je crois à ces choses là et comme j’y crois, je les défends. Si quelqu’un parce qu’il a de l’argent, parce qu’il est puissant, parce qu’il me fait peur, me donne l’ordre de me taire, il ne faut pas faire ce métier, et surtout, il ne faut pas se taire. Dans la recherche de la vérité, si tu connais un élément qui entre en ligne de compte, il faut le dire, tant pi si on se fâche et qui on fâche. »


  • cidre

    « Éléonore d’Aquitaine quitte l’Aquitaine pour venir s’installer en Normandie lors de son second mariage. Et elle aurait dit : je ne m’installerai ici que si on m’y replante mes chers pommiers. Ainsi on plante les premiers pommiers en Normandie, et le pommier se plait mieux en Normandie qu’il ne s’est plu en Béarn. Les pommes sont de meilleure qualité et le cidre aussi … ! Penser que le cidre normand est Pyrénéen, c’est pas mal ! »


  • couper

    « Quelqu’un qui m’a marqué, c’est le Général De Gaulle. Tout d’abord dans le Pacifique lors d’une tournée sur les essais nucléaires français. Puis une seconde fois, à l’époque de l’entrée des troupes soviétiques à Prague en 1968. J’étais alors rédacteur en chef adjoint à Nancy, et lors d’un reportage on s’est fait doubler par les gendarmes à moto… On s’est demandé ce qu’on avait encore fait ! Un gendarme s’est approché, nous a salués et a dit : « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui s’appelle Jean S. parmi vous ? », j’ai dit : « moi » « Venez avec moi ». Alors je l’ai suivi, dans la sacoche de cuir de son engin, il y avait un téléphone (Il n’y avait pas de portables à l’époque !). Et j’avais Michel Péricard au bout du fil, responsable de l’info. Il m’a dit : « Les Russes viennent d’entrer à Prague ». C’était un dimanche. – « De Gaulle est à Colombey-les-Deux-Eglises et c’est toi qui est le plus prêt. » – « Et alors ? » – « Alors tu y vas ». Il a dit quelque chose au motard, et les motards nous ont ouvert la route jusqu’à Colombey. Nous étions quatre : le chauffeur assistant, le preneur de son, le caméraman et moi. Tante Yvonne est venue avec un petit plateau. Il y avait quatre verres et une bouteille de Dubonnet. Elle nous a servis. On a bu et après on a fait l’enregistrement. On sentait que tout était prêt, Le Général était assis à son bureau. Le preneur de son était par terre avec son Nagra, la caméra derrière moi. – « On peut mon Général ? » – « Oui ». – « Général de Gaulle, une première ! » Je regarde le caméraman et une minute, une minute et demi, mon regard glisse vers le preneur de son. Il était blanc. Il me montre le Nagra et la bobine ne tournait pas. On prenait l’image du Général … mais pas de son ! Dans ces moments là, il faut dire : « Coupez ». Alors j’ai dit : « Coupez ». Il s’est exclamé : « Ho la technique ! ». Et on a recommencé. Exactement les mêmes mots, mot pour mot, et aucun papier ! Là on est allé jusqu’au bout, et on est sorti. Il nous a raccompagné jusqu’à la porte, il y avait les marches, le chauffeur était déjà en place, je me suis retourné : « Madame de Gaulle ! », sans trop m’approcher. Et puis je me suis tourné vers lui : « Merci mon Général, au revoir mon Général ! », et là il m’a tendu la main, et au moment où je descendais, il ne m’a pas retenu mais j’ai eu l’impression que la main ne me lâchait pas immédiatement et il m’a dit : « Jeune homme, il y a loin de Colombey-les-Deux-Eglises aux rives du Pacifique n’est-ce pas ? ». Ouf. Il se souvenait parfaitement bien que nous nous étions connus ailleurs. Ça c’était lui. »


  • couteau

    «  Mon grand-père est un personnage qui a énormément compté pour moi et quand il n’a plus été là, ça a été vraiment difficile. Il avait un couteau. Le repas se terminait toujours de la même façon. Lorsqu’il avait jugé d’un coup d’œil circulaire que tout le monde était arrivé à la fin du repas, alors il essuyait son couteau, il le fermait et le claquement du couteau qui se fermait, signifiait que le repas était terminé. Oui, il était terminé, et il n’était plus question de continuer à saucer, c’était fini. Tout le monde le savait, on se levait. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • démolir

    «  Je me souviens d’un joueur de pelote qui disait à Cambo que quand il s’entraînait, il s’entraînait seul, et j’essayais de lui faire dire quelque chose pour conclure mon reportage : « Mais vous jouez contre personne, vous tapez contre un mur … ». Il m’a répondu :« Démolir je vais finir par l’avoir oui ce mur ». »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • eau

    « Paul-Émile Victor avait acheté en face de Bora-Bora une petite île, un paradis sur terre, sauf qu’il n’y avait pas d’eau, donc tous les deux jours, avec son petit bateau, il allait à Bora-Bora chercher de l’eau. Quand j’allais chez lui à l’occasion d’une des nombreuses interviews que nous avons réalisées ensemble ou d’un moment d’amitié, j’étais de corvée d’eau… On l’appelait PEV. Un jour, nous faisions une radio ensemble à Tahiti, il n’y avait pas de fractions de temps comme ici, on gardait l’antenne tant qu’on voulait, la radio et la télé c’était nous donc on faisait ce qu’on voulait. Il parlait, il parlait ! Et alors comme je voyais que les techniciens s’impatientaient … On avait dépassé l’heure de fin, je lui ai écrit sur un bout de papier : « N’oublie pas d’éteindre en partant », je lui ai poussé le papier devant lui. Il était en train de parler et a stoppé net ce qu’il était en train de dire : « Je crois qu’il va falloir que nous en restions là parce que le temps passe et on me demande de … » et il a lu mon papier à l’antenne. De quoi j’avais l’air, mon Dieu … »


  • euskara

    « Pour qu’il y ait Euskadi, il faut qu’il y ait euskara : euskara c’est la langue. S’il n’y a pas euskara, il n’y a pas Euskadi, le pays. Contrairement à ce que l’on croit ou ce que l’on dit, la langue basque n’est pas tout à fait la même partout. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • femme

    «  J’ai un peu honte à le dire mais jusqu’en 1947, je n’ai jamais vu de femme assisse à table chez nous. Elles étaient debout à la cuisine, mais jamais à table. À table il y avait mon grand-père, il  y avait les enfants, filles et garçons qui étaient de part et d’autre de la table, et les gens de la ferme. Et là mon grand-père écoutait ce que nous avions à raconter, nous l’école, les autres ce qu’ils avaient fait, et lui donnait ses instructions. Les femmes qui étaient près de la cuisine participaient. Amatxi, ma grand-mère, parlait, riait beaucoup avec ses sœurs et les cousines … »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • garbure

    « La garbure des Landes ou la garbure béarnaise est faite avec des choux, alors que les Basques n’y mettent jamais de choux. Jamais ! Il y a incompatibilité. Le chou ça fait une garbure qui doit se manger aujourd’hui. Le chou s’aigrit vite. À la maison sur le bord de l’âtre, un faitout noir, un peu dans la braise, n’arrêtait jamais de mijoter. La grand-mère je l’ai vu équeuter des haricots, et jeter deux poignées dans le faitout. Quand on était à la fin du jambon, on gardait le « Xamango », la souris, et elle le mettait dedans. On avait tous nos petits couteaux dans la poche, et elle nous disait : « Laissez-moi ce Xamango tranquille ! ». Parce qu’il y avait de la viande autour, près de l’os. Elle y est bonne et sucrée, et nous les gosses, on attendait que la grand-mère ait le dos tourné et on allait « chiper » un bout et elle, ne voulait pas. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • gâteau

    « A Sare, sur la route de Zugarramurdi, il y a le musée du gâteau basque, une réelle splendeur avec un type qui fait cuire, et qui parle du gâteau basque … Bien, très bien. On goûte juste en l’écoutant ! »


  • grandir

    «  J’ai connu aussi quelque chose qui a beaucoup influencé ma vie de petit garçon. Il y avait en face de moi à table, une petite fille qui avait mon âge et qui était une copine de jeu extraordinaire, c’était ma cousine. On s’amusait beaucoup tous les deux. Et un jour, je devais avoir 10 – 11 ans, elle n’était plus à la table du petit déjeuner. J’ai dit à mon grand-père : « Paquita n’est pas là ? », mon grand-père m’a répondu : « Mange ! ». C’était bizarre parce que mon grand-père n’agissait jamais comme ça, il répondait toujours aux questions qu’on lui posait, mais je ne lui avais jamais tenu tête et je n’allais pas commencer ce jour là. À midi elle n’était toujours pas revenue, et quand j’ai levé la tête, j’ai vu qu’elle était à la cuisine. Elle était passée dans le clan des femmes. Comment voulez-vous qu’un petit garçon de 11 ans comprenne cela ? Et qui va le lui expliquer ? Quand j’ai retrouvé Paquita, je lui ai demandé :« Pourquoi ? ». Elle m’a lâché : « Tu peux pas comprendre » et j’ai dit : « Je peux pas comprendre parce que tu m’expliques pas, si tu m’expliques » … « Je peux pas t’expliquer, t’es qu’un gosse ! ». Et elle m’a chassé, elle était passée de l’autre côté bien sûr. J’ai grandi comme ça et c’est beaucoup plus tard que j’ai compris. Aujourd’hui, la télévision explique cela aux enfants. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • grenade

    «  L’un des joueurs de pelote les plus importants est un type qui est né à Cambo, un certain Garmand Guéri qu’on appelait Txikito et qui a fait la guerre de 14. C’était le seul soldat français qui avait le droit de prendre dans son barda son chistera ! Pourquoi ? Parce qu’il était le meilleur lanceur de grenade grâce au chistera. C’est comme ça qu’il envoyait les grenades. »


  • identité

    «  Quand on a commencé les Savoir-Faire d’Aquitaine, l’idée c’était de rechercher et valoriser l’identité régionale, et on s’est aperçu qu’il fallait plutôt écrire Recherche et valorisation des identités régionales et pas de l’identité régionale. Il n’y a rien de commun entre un natif du Périgord et un basque, il n’y a rien de commun entre un type du fond du Lot-et-Garonne et un Médocain. Il n’y a rien, ou pas grand chose, ou peut-être quelque chose quand même, c’est la table. Et quand on dit que le Sud-Ouest est une des régions de France où l’on mange le mieux, je crois que c’est ça. Parce que ces identités qui se croisent, et qui se mélangent dans des tas de circonstances ce sont, me semble t-il, d’abord mélangés avec les plaisirs de la table, dans le partage. »


  • île

    «  Quand on arrive sur une île qui n’est pas trop grande et qu’on en voit les limites, on a une impression de puissance et d’appartenance. On se dit « Tiens, c’est mon fief ça ». C’est le premier sentiment que j’ai eu dans toutes les îles où je suis allé. Le deuxième sentiment c’est un extraordinaire sentiment de liberté, de se dire que on est loin de tout, des ennuis, des problèmes, des difficultés … Trouver des trucs à trouver à manger. Ça n’a plus la même dimension qu’en Europe. Et puis il y a la troisième étape, qui est « Ne vous leurrez pas, une île, c’est aussi une prison ». Il faut lire un livre de Françoise Xenakis Elle lui dirait dans l’île, qui est un très bon bouquin sur une femme qui va voir son mari prisonnier politique dans une île. Et elle a des choses à lui dire sur son amour, elle ne lui en a jamais beaucoup parlé et chaque fois qu’elle y va, elle sait ce qu’elle va lui dire, elle le lui dirait quand elle serait dans l’île. Et quand le soir arrive, elle remonte dans le bateau qui la ramène sur le continent, et elle ne lui a toujours pas dit … mais elle le lui dira dans l’île. C’est difficile de communiquer avec les îliens. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • langue

    « … Ma grand-mère exigeait qu’on parlât français à la maison et non basque. Parce que, disait-elle, « basque vous parlerez toujours, dehors, pour vous amuser, entre vous, au village, mais … français c’est autre chose. Vous aurez besoin de parler français, vous devrez parler français ». … »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • monter

    « (une histoire en passant) Quand le vieil aitatxi a été sur le point de mourir, il a appelé son petit fils et il lui a dit va appeler le curé à Baïgorri. Alors le petit a pris le vélo « Kaxu kaxu bizikleta ! », et il descend avec le vélo, il va au presbytère, et il dit « Monsieur le curé il est en train de … » « Mais on ne se parle plus depuis 20 ans » « Oui mais là il est vraiment pas bien » … Alors le curé monte aussi avec le vélo. Ils montent, ils montent sur cette route qui n’en finit pas. Alors le curé arrive, il va dans la chambre, et il dit au vieux : – « Ah quand même tu m’appelles … » – « Oui oui je t’appelle » – « Donc tu veux te confesser ? » – « Non non je veux pas me confesser » – « Tu ne veux pas te confesser ? Et alors qu’est-ce que tu veux ? » – « Je veux savoir si c’est vrai que tu parles au bon Dieu » – « Si je parle au bon Dieu ? Mais je ne suis pas là pour parler de ces questions là. Tu es près de la fin, tu veux mettre ton âme en paix avec Dieu, je ne suis pas là pour te dire si je parle à Dieu ou si je ne parle pas à Dieu » – « Et bien moi c’est tout ce que je veux savoir » – « Alors je m’en vais » Et il s’en va. Alors 8 jours après, ça va encore plus mal, le gosse redescend … Bon je vous la fais courte parce que quand on la fait en basque on ne s’arrête plus, on descend, on remonte, on s’arrête chez Iribarn… Et le curé remonte, il va dans la chambre, et il dit au vieil homme entêté mourant : – « Ca y est tu vas te confesser ? » – « Non je ne veux pas me confesser. Je veux savoir » – « Oui je parle au bon Dieu, et alors ? « – « Ben moi je veux savoir si on joue au rugby de l’autre côté, là-haut » – « Mais je suis pas là pour rigoler » – « Mais c’est tout ce que je veux savoir » – « Alors je repars » Et il repart. Et encore 8 jours se passent, et là cette fois-ci c’est la fin. Alors le vieux renvoie le petit, qui va chercher le curé, et il lui dit : « Cette fois-ci il faut venir, c’est fini bientôt ». Alors le curé vient à nouveau, il s’approche d’aitatxi. – « Alors ça y est, tu veux bien enfin te confesser ? » – « Oui je veux bien me confesser, mais à une condition, c’est que tu me répondes d’abord : est-ce que tu parles au bon Dieu ? – « Oui ! » – « Et est-ce que de l’autre côté on joue au rugby ? » – « Oui on joue au rugby et tu joues dimanche ! » … »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • pelote

    « Pilota c’est la pelote, et un joueur de pelote est un pelotari. Ca se joue à main nue, ce qui fabrique des mains dans un état … Il y a le chistera, le grand chistera et le petit chistera. Ca s’attrape avec le bout de l’engin. On fait revenir la pelote en arrière, et on lui donne de l’effet avec un mouvement de poignet. Elle part avec une force ! D’ailleurs dans la pratique du sport, avec chistera, les joueurs sont casqués parce qu’il y a eu des accidents motels. Si un type de l’arrière tire et le type qui est devant se lève trop tôt et se prend la balle sur la nuque … Bonne année ! »


  • polyphonie

    «  La polyphonie je trouve que c’est important, il y a peu de peuples qui soient polyphoniques par essence. Les Corses, les Basques, certains Canaques de Nouvelle Calédonie, les femmes bulgares … J’ai entendu des cœurs de femmes bulgares, qu’est-ce que c’est beau ! Il fut un temps où j’avais envie d’écrire quelque chose, de faire une étude sur la polyphonie chez les Basques, mais je n’avais pas suffisamment de maîtrise de la chose et puis je suis un peu flemmard alors … J’avais un copain qui était instit au Pays, Arrotzarena, et un jour il m’a appelé, il m’a dit viens voir, j’ai quelque chose pour ton étude. J’y suis allé. Il a appelé un gosse qui était dans la cour de récréation, un gamin qui avait environ 11 ans. Il lui a donné une note, avec le guide-chant et lui a dit : « Chante ça » et le gamin l’a fait. Il a poussé la note en question. Je lui dis : « Oui et alors ? » … « Hé bien maintenant regarde ! Je te promets, je n’ai rien préparé ». Dans la cour il en a appelé un autre, qui est venu, et il a dit à ce deuxième : « Ecoute ton petit camarade », et le camarade a refait sa note et il a dit :« Maintenant, tous les deux ensemble » et tac ! Pourquoi est-ce que le second chante automatiquement la tierce inférieure, ou la tierce supérieure d’une note chantée ? Pourquoi ? Quand on demande au gamin, il ne sait pas. La polyphonie c’est ça, quand l’oreille ne peut pas accepter autre chose qu’un accord, quand l’oreille ne peut pas accepter un son à l’unisson. Dans une chorale normale il faut 5 mois pour arriver à travailler des accords comme ça, là tu les lâches dans la cuisine ou ailleurs et ça vient tout seul ! Je crois que ça aussi c’est dans les gènes, ça fabrique la culture. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • prière

    «  Mon grand-père faisait la prière avant le repas et la caractéristique des prières protestantes, c’est qu’elles ne sont pas fixées dans le temps. On peut dire : « Merci seigneur pour le repas que tu nous donnes, amen ! » Mais aussi y évoquer les victimes du tsunami, la Syrie … Tout peut y passer. Et quelquefois quand il voyait que les enfants étaient impatients de manger, alors il reprenait son souffle et ajoutait : « Et nous pensons à tous nos amis … » Puis tout d’un coup il disait : « Amen » et là, on sautait tous sur le pain pour avoir le quignon ! J’ai connu là des moments d’une jeunesse que je n’oublierai jamais. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • protestant/e

    «  Je suis basque, mais je suis protestant. Alors comment fait-on quand on est basque, pour être protestant ? Puisque, rappelons-le, le Pays Basque est très catholique. Et bien il faut savoir qu’après la révocation de l’édit de Nantes, dans la partie béarnaise, chez Jeanne d’Albret, il y avait des protestants … On leur a fait la guerre, on les a chassés, etc. La plupart ont remonté vers la Hollande, et les pays du Nord. Une autre partie est descendue en Espagne. Il y a une petite communauté huguenote en Espagne, et ceux-là ont traversé les Pyrénées. Ils y on rencontré les Basques et parmi eux, certains se sont intéressés et ont aimé cette façon d’appréhender la religion. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • province

    «  … Il faut bien rappeler qu’il existe 4 provinces du Pays-Basque en Espagne : la Navarre, la Biscaye, l’Alava, le Guipuzcoa, et 3 en France : la Soule, la Basse-Navarre et le Labourd. Tout cela fait l’Euskadi où se comptent 90 000 bascophones en France et près d’un million en Espagne. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • reportage

    « J’aime Hemingway. J’aime sa façon de regarder, de voir. Il y a des gens comme ça qui sentent les choses. Jacqueline Baudrier par exemple. J’avais fait un reportage sur la corrida en Espagne. Et je pense que ce reportage était bien : on entendait les clarines, on entendait les « ôlé ! » … Quand on a passé le reportage, je suis sorti et les types de la technique m’ont applaudi. Les techniciens n’applaudissent pas pour rien. J’étais fier. Je sors, et J. Baudrier était là. Elle m’arrête : – « C’est toi le reportage sur la corrida ? » – « Oui Madame » – « Bien, très bien. Beau reportage. Mais dis-moi, tu étais placé où ? » – « Près de la talenquère là, tout proche » – « Qu’est-ce que ça sentait ? » – « La sueur, le sang et la peur » – « Voilà ce que je n’ai pas senti dans ton reportage » J’ai mis 8 jours à comprendre qu’elle avait raison. Tant que par tes propos, par ta voix, ton écriture, le mec qui te lit ou qui t’écoute ne sent pas ça, c’est que tu n’as pas le talent nécessaire. Tu dois être sur place, les yeux, les oreilles, et le nez. Tu racontes, mais tu n’as pas la plume. »


  • roman

    «  Je voudrais bien écrire un roman, mais j’ai un défaut : je perds mes personnages. J’avais un bon sujet, donc j’ai écrit un roman, et j’ai renouvelé cette expérience deux fois. Une première fois vers la page 40, et une deuxième fois vers la page 65, mais il m’est arrivé le même inconvénient : je perds mes personnages. Oui je les perds. Je ne sais plus où ils sont ! Vous placez l’un de vos personnages à une terrasse avec un copain, vous les mettez tous les deux là. Ils sont en train de boire un café, ils se racontent un truc dont vous avez besoin en général pour faire avancer le récit … Le téléphone sonne, il sort son portable. « J’arrive ! », il se lève, il dit au revoir à l’autre et s’en va. Comme c’est ce personnage qui va vers l’action, vous partez avec lui, et vous le suivez. Puis 15 pages plus loin vous vous arrêtez net, et vous vous dites « … et l’autre ? ». Vous pouvez revenir à l’intérieur du café, il n’y est plus ! Heureusement d’ailleurs … Et en voilà un qui est perdu. Là je m’arrête, et je ne le retrouve pas. Ca m’est arrivé une fois, ça m’est arrivé deux fois !  C’est gênant. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • rugby

    « Les Basques ont aimé et adopté le rugby, ce jeu qui n’avait rien à voir avec le Sud-Ouest a bien pris, parce que les Basques se le sont un peu approprié, étant donné la magie qu’il détient. À ce sujet, Michel Serres a fort bien conté cela. Il disait… « Tout enfant, j’ai aimé à Agen le rugby, et j’ai joué avec mes petits camarades en sortant de l’école. On prenait le béret de l’un d’entre nous, que l’on tordait pour en faire une boule et on partait en courant et on se le passait. Naturellement le béret en souffrait beaucoup, et celui dont on avait pris la coiffe aurait des explications a donner en arrivant chez lui. On le faisait aussi avec le cartable quand il n’était pas trop plein. En tout cas, un endroit où on n’allait jamais, c’était le terrain, le vrai terrain de rugby où seuls les vrais joueurs de l’équipe d’Agen avaient le droit de jouer. Et un jour, nous sommes arrivés là, je ne sais pas comment, nous étions une cinquantaine de gamins sur le vrai terrain. Pas du tout séparés en équipe, pas du tout avec des maillots ! Nous étions cinquante gosses là et quelqu’un à jeté au milieu de cette foule, un vrai ballon ovale… Les enfants ont couru dans tous les sens, fous de joie. À un moment, le ballon, avec ses rebonds bizarres que lui permet sa forme tout aussi bizarre, est arrivé dans mes mains. Alors je l’ai pris, je l’ai serré contre mon cœur, et j’ai couru, couru, couru, couru, vers l’embut qui était là-bas et derrière moi il y avait cette foule hurlante de gosses qui me poursuivaient et je courais, je courais, je courais, je me suis écroulé de l’autre côté et j’ai posé le ballon. À ce moment là, j’ai su que j’étais immortel … ».  Personne n’a dit ça du rugby. Je crois que les Basques cherchent cela dans le sport, dans la façon de jouer, dans la brutalité, avec cependant cette notion de respect de l’autre. L’approche de l’autre, l’approche de l’immortalité. »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • sorcier/ère

    «  Il y a un endroit où il faut aller, quand vous êtes à Sare, et que vous passez la frontière pour aller de l’autre côté – c’est un tout petit village qui s’appelle Zugarramurdi. Ce n’est pas facile à prononcer mais c’est joli ! D’abord, on y mange bien et tous les ans, il y a la fête des grottes de Zugarramurdi, là, où sont les fées. Les gens font à manger des plats extraordinaires. Autrefois on allait porter cela tout au fond des grottes. On attendait un grand moment que les sorcières aient fini de manger, puis on allait chercher les restes que les gens avaient le droit de déguster. »


  • tartine

    « J’ai attrapé ma tartine et l’ai trempée dans le bol … Et à côté de moi j’ai entendu une voix, c’était ma mère, qui m’a dit « Mon garçon, je ne sais pas très bien où tu as été élevé » … « mais sache qu’ici on ne trempe pas », alors je lui ai dit « on fait comment ? » …  2 ou 3 mois plus tard, je suis revenu du lycée un matin parce que le prof n’était pas là. On habitait pas loin du collège … Et quand je suis arrivé à la maison, j’avais ma clef, j’ai ouvert, je suis rentré. Elle n’était pas là, je suis allé vers ses appartements, elle n’était pas là non plus, puis je suis allé à la cuisine. J’ai ouvert la porte, elle était assise un bol devant elle. Toute la vapeur montait au dessus du bol. Elle avait acheté une baguette qu’elle avait coupée à l’horizontale, et qu’elle avait beurrée … La baguette était dans le bol de café. Nos regards se sont croisés par dessus la vapeur. Elle n’a rien dit, je n’ai rien dit. Nous n’en avons jamais parlé. De toute sa vie, nous n’en avons jamais parlé. Mais je peux vous dire que le lendemain matin quand elle est rentrée dans la cuisine et que je prenais mon petit déjeuner, j’avais la tartine au fond du bol. Je la regardais dans les yeux et je trempais. Voilà mes relations avec ma mère ! »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :

  • zéro

    «  Les Basques ont dans leur culture la pelote qui compte plus qu’un sport… Il y a pleins de jeux différents : depuis la main-nue, jusqu’au rebot, en passant par le petit chistera, et le grand chistera, pala, txolete, le chalet … Il y a bien sûr un score qui s’établit à chaque fois que quelqu’un marque un point. Dans n’importe quel sport, le premier qui marque un point il a 1, donc on a 1 à 0, 2 à 0, 1 à 1 … Mais en euskadi, tout d’abord on ne dit pas les points, on les chante ! Oui, il y a un chanteur de points qui annonce le score après chaque point marqué. Mais il y a également quelque chose qui, je crois, caractéristique aux Basques et dont je suis très fier : on ne dit jamais 1 à 0, 2 à 0, on dit « Bat eta esperanza », « Un à espérance ». Car celui qui n’a pas de point, il n’a pas vraiment zéro, il est « dans l’espérance de ». Je prétends qu’un peuple qui est capable de ce genre d’élégance ne peut pas être sans grandeur ! »


    Les Mots De


    Thème(s) :

    Tags :