ornithorynque

Proposé par François L.

« Ornithorynque : Mammifère improbable et néanmoins monotrème qui pond des œufs et vit le long des rivières de l’Australie orientale jusqu’à la Tasmanie. L’ornithorynque porte un bec de canard, une queue de castor et des pattes de loutre, ce qui en fait un excellent nageur. Lorsque les naturalistes européens le découvrirent à la fin du dix-huitième siècle, d’abord à travers des dessins et une fourrure, ils crurent à un canular et crièrent à la chimère. On pensait même qu’il était un montage cousu par un taxidermiste facétieux.
En fait, l’ornithorynque, littéralement le mammifère « à bec d’oiseau comme un canard » a non seulement étonné les Européens, mais déjà les Aborigènes racontaient un mythe selon lequel l’animal résultait d’un accouplement, quelque peu forcé, entre une cane et un rat d’eau. Ailleurs, c’est Dieu lui-même qui commit cette créature en raclant les fonds de tiroir de la morphologie animale. Et ce que j’aime dans l’ornithorynque, c’est que le nom, si poétique qu’on résiste mal à la tentation de l’écrire avec deux « y » pour le rendre plus grec et donc plus étrange, ressemble à la chose ; ce qui, au fond, donne raison à Cratyle contre Platon, conséquence pour le moins inattendue, me direz-vous. Et pourtant il bouge : l’ornithorynque est bien dans notre monde, dans nos pensées, nos fantaisies ; un capriccio bien vivant et agissant, inclassable, qui passe de la loutre au canard (la réciproque est vraie), de l’eau à la terre et de la rive au fleuve, de la réalité au mythe, qui sort de la Préhistoire pour surgir, incongru, dans le temps présent. L’ornithorynque, si étrange pour nous, nous est pourtant bien proche ; il traverse notre imaginaire et il l’élargit à de nouvelles (ou à de très anciennes) dimensions. Il enrichit notre bestiaire fantastique. »

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