18 mai… jour de réveil et d’unité chez les Turkmènes

En 1991, à la fin de l’ère soviétique, le Turkménistan comme bien d’autres républiques ayant composé cet empire, connut des changements majeurs. Parmi eux, à l’instar de décisions radicales qu’il prit dans de nombreux domaines, le président Saparmourat Niyazov provoqua un retour à l’alphabet latin qu’il nomma « nouvel alphabet », Täze Elipbiý en turkmène. La loi N° 1146 du 21 Janvier 1993 le stipula tandis que son adoption fut définitive le 1er janvier 1996. Cet alphabet comprend 30 lettres dont 9 voyelles. Un « retour » disions-nous ? En effet, un autre alphabet latin avait déjà été en usage durant la période 1929-1940. Il succédait alors à l’alphabet arabe lequel avait lui-même connu une diffusion avec la progression de l’Islam depuis le Xe siècle. Histoire en vérité encore plus complexe si l’on évoque les systèmes qui avaient été auparavant sollicités, parmi lesquels par exemple l’alphabet runique dit de l’Orkhon. Toutefois l’emploi du latin devait être assez bref, puisqu’en 1940, sous l’impulsion de Staline, une volonté de centralisation des systèmes conduisit à la mise en place de l’alphabet cyrillique pour 50 ans. La cohabitation des alphabets latin et cyrillique, avec le contexte politique qui l’accompagne, rend donc le cas turkmène assez particulier. Signalons au passage que le turkmène, langue nationale au Turkménistan, appartient à la branche oghouze des langues turques parmi lesquelles on compte l’azéri et le turc. Le turkmène est également parlé en Afghanistan et en Iran où réside une très importante communauté. Pour lui rendre hommage, nous citerons le grand poète Magtymguly Pyragy (v. 1724-1807), auteur de Türkmeniň (« Des Turkmènes »), louant la force et la beauté de l’espace et du peuple turkmènes. C’est bien pourquoi le 18 mai, rappelant sa naissance, est jour férié au Turkménistan, considéré comme un « jour de réveil et d’unité ».

 

A a

F f K k Ö ö U u

B b

G g L l P p

Ü ü

Ç ç H h M m

R r

W w

D d

I i N n S s

Y y

E e

J j Ň ň Ş ş

Ý ý

Ä ä

Ž ž O o T t

Z z


Harald à la dent-bleue (910 – 986)…

Nombre parmi les usagers du numérique ne mettront guère longtemps à identifier le signe de la marque bluetoothTM accompagnant ce système ingénieux de transmission à distance. Mais combien le rattachent à ses origines ? Nous sommes alors entraînés en plein cœur d’un monde d’écritures débarquant dans la bonne ville danoise de Jelling située dans le Jutland. S’y dressent devant nous d’admirables pierres runiques. Entendons qu’elles sont recouvertes de runes, signes pratiqués par les anciens Scandinaves. Les pierres retiennent toute notre attention car l’on y apprend avec solennité que « le roi Harald fit faire ces stèles pour Gorm son père et Thyra sa mère ». Or c’est ce même Harald 1er dit « à la dent-bleue » (910 – 986), roi du Danemark et de Norvège, qui a donné son nom au système bluetooth (angl. blue : « bleu, e » et tooth : « dent ») ! Quant à deviner l’origine de cette dent bleue, d’aucuns prétendent que loin d’y avoir incrusté un éclat de lapis-lazulis, le cher roi aurait plutôt souffert d’une fort mauvaise carie… à moins qu’il ne raffolât de myrtilles au pouvoir colorant ! En tout cas c’est lui qui unifia le Danemark, et ces pierres en sont souvent considérées comme l’acte de fondation. Profitons donc de cette présence sur les terres scandinaves afin de nous arrêter un instant sur ces fascinantes écritures qui précédèrent l’alphabet latin. L’écrivain romain Tacite (v. 55 – v. 120) (cité par J. Février) écrivait au sujet des prêtres : « Leur façon de consulter le sort est simple. Ils coupent les branches d’un arbre portant des fruits et la taillent en bâtonnets, sur lesquels ils font certaines marques distinctives ; ils les éparpillent sur une toile blanche complètement au hasard. Puis le prêtre officiel (…) ou le père de famille (…) adresse une prière aux dieux et à trois reprises prélève un bâtonnet en regardant le ciel. Il interprète les bâtonnets qu’il a prélevés selon la marque gravée antérieurement. » Les runes auraient été pratiquées à partir du IIe siècle avant notre ère. Après plus d’un millénaire d’usage, elles seront progressivement bannies avec l’évangélisation des peuples nordiques. Un des noms donné à cet alphabet est futhark (fuþark) par l’association de ses six premières lettres. Les lettres elles-mêmes ont toutes une appellation et possédaient une fonction magique particulière. Selon les interprétations, la première lettre, dite Fehu, évoquerait ainsi le « bétail », la « richesse ». La seconde, Uruz, s’attacherait plutôt à l’idée du « buffle », ou de l’aurochs et de sa puissance phénoménale. etc. Le nombre de lettres connut quant à lui d’importantes variations. S’il est généralement fixé à 24, ou plus exactement à trois séries de huit, les variantes anglaise et frisonne (Pays-Bas) en comptaient pour leur part 28 à 33, alors qu’au contraire on n’en utilisait plus que 16 en Scandinavie. Quant au mot « rune », on lui verrait des occurrences dans les langues celtiques et germaniques, évoquant généralement l’idée de « secret ». Ajoutons qu’Odin, dieu suprême, y a mêlé son destin. Celui-ci serait en effet resté pendu neuf jours et neuf nuits à l’arbre du monde, le corps transpercé de sa propre lance, afin d’en assimiler toute la signification ! L’appellation de runes ne se limite pas toutefois à la Scandinavie. On l’utilise en effet également dans l’expression de runes sibériennes, ou encore de runes hongroises – à retrouver sur les chemins.