Veillée :

  • Ganga…

    En ces heures germinales, en une époque où s’affrontaient dieux et démons, ces derniers avaient coutume de se réfugier dans les océans. C’est pourquoi les dieux demandèrent au yogi Agastya de leur rendre un petit service : celui d’avaler les eaux océaniques. Ce qu’il fit bien entendu sans hésiter. Et l’aide fut hautement appréciée car les démons ne pouvaient plus désormais se cacher. Ils furent réduits à néant. C’est alors qu’on pria Agastya de libérer l’océan qu’il avait englouti. Hélas, il l’avait digéré ! Débutèrent des temps de désolation. La sécheresse s’abattit, le désert gagna, et bien des activités essentielles et vitales, jusqu’aux rites de purification, furent contraintes d’être abandonnées. Pendant ce temps le roi Saagar qui avait de grands desseins s’apprêtait à sacrifier le cheval annuel qu’il laissait de coutume en liberté. Mais lorsqu’il voulut y procéder, ô comble de malheur, le cheval avait disparu. Il chargea ses soixante mille fils de le retrouver. Ceux-ci ne le déçurent point, car ils réussirent à le localiser chez le sage Kapila où l’animal avait effectivement choisi de faire halte. Ils ne tardèrent pas à l’accuser de vol ! Or, irrité par leurs accusations infantiles alors qu’il était en méditation, celui-ci ouvrit les yeux et les réduisit en cendres ! Le malheur frappa le cœur de Saagar qui pria Kapila de lui dire comment réparer cette erreur. Aussi le sage précisa-t-il que seul le Gange pourrait apaiser leur souffrance en baignant leurs âmes errantes. Il fallut alors implorer Brahmâ. Mais la mort vint trouver Saagar. Ainsi passèrent sept générations jusqu’à ce qu’un descendant, Bhagirath, reprît à son tour la prière pour le repos de ses ancêtres. Brahmâ en fut touché mais avertit que le déferlement du Gange serait terrifiant. C’est pourquoi il conseilla d’invoquer Shiva afin que celui-ci puisse retenir le Gange dans ses cheveux. C’est bien ce qui se produisit et grâce à ces sages conseils, les âmes des défunts purent s’y tremper et se libérer. Et la Terre regagna ses couleurs loin de la sécheresse qui s’était abattue sur elle…Le Gange devint ainsi le centre d’une sacralisation qui fait que les mariés accrochent des guirlandes d’une rive à l’autre, que les paysans du Bihar enterrent des pots remplis d’eau du Gange dans leurs champs ensemencés, et que s’y baigner, et mourir sa proximité, constituent l’aboutissement de toute vie chez les Hindous. Du reste, pour en revenir aux critiques hygiénistes soulevées plus haut, certains soutiennent que ses capacités d’auto-dépollution sont inégalées. Mais bien sûr, on nous dira qu’il faut y croire…


  • Izanami et Izanagi

    (légende japonaise) Il était une fois Izanami et Izanagi, la femelle et le mâle, kamis à l’origine de toute chose… Ils décidèrent de créer une terre ferme et plongèrent la Lance céleste dans les océans. Bientôt du mouvement créé et des gouttes retombées naquirent les îles japonaises. Puis les deux héros primitifs s’unirent et mirent au monde les enfants des eaux. Hélas ceux-ci étaient malformés car le couple n’avait pas respecté les codes du mariage. Ils recommencèrent donc et cette fois-ci leur union fut couronnée de succès. Kamis et divinités en naquirent. Hélas en enfantant Kagutsuchi, le kami du feu, Izanami fut gravement brûlée et mourut. Profondément épris d’elle, et fou de douleur, Izanagi la rejoignit dans le séjour des morts. Pendant qu’elle était entourée de ténèbres, Izanami lui fit promettre de ne surtout pas tenter de la regarder. Elle devait demander l’autorisation de le suivre aux kamis des enfers. Toutefois, une nuit, rongé d’impatience, Izanagi leva le voile qui cachait son visage et l’éclairant fut saisi d’un immense effroi : la chair était en putréfaction et son visage grouillait d’une infinité de petites créatures. Izanami fut réveillée en sursaut et hurla aux démons de l’attraper. Mais Izanagi fut plus rapide qu’eux et parvint à regagner l’entrée des séjours des morts qu’il obstrua d’une lourde pierre. Il eut le temps d’entendre Izanami lui criait que désormais elle tuerait chaque jour mille de ses créatures, à quoi il lui répondit qu’il en créerait lui-même mille cinq cents ! Ce fut ainsi que commença le grand cycle de la vie et de la mort.


  • Le garçon de la pêche

    Il était une fois un couple de personnes âgées qui vivaient tranquillement une existence modeste mais heureuse… Un seul élément manquait à leur bonheur : ils n’avaient pu hélas avoir d’enfants mais qu’importe, telle était la décision du ciel et il fallait s’y conformer. Chaque jour ils vaquaient à leurs tâches usuelles dans ce district de Okayama. Le vieil homme partait dans la forêt couper du bois tandis que la vieille dame se rendait à la rivière pour laver son linge. Mais, un jour, une chose étrange se produisit. Là, à la surface de l’eau devant elle flottait une énorme pêche qui descendait la rivière. Il faut dire que la région est bien connue pour la qualité de ses pêches. La vieille dame se dit donc qu’elle ferait un magnifique dessert et s’en empara. L’ayant ramenée à la maison, elle attendit impatiemment le retour de son époux et, dès que celui-ci fut rentré, ils commencèrent à découper le fruit. Or, à peine l’avaient-ils ouvert qu’un choc les laissa tous deux sans voix : à l’intérieur figurait un enfant magnifique ! Stupéfaits, mais en même temps comblés, ils décidèrent de l’appeler Momotarô (桃太郎) ce qui signifie « le garçon de la pêche ». Ainsi passèrent des années merveilleuses. Enfin, la jeunesse de la vie résonnait de toutes parts dans l’humble demeure. Mais une ombre planait sur cette sérénité, celle d’un démon qui pillait la région et causait les plus grands malheurs. Momotarô avait grandi et se révélait être un jeune homme très particulier : il était à la fois grand et fort, nanti d’un haut sens moral et de la sagesse de ces deux personnes qui l’avaient élevé. Qui aurait pu imaginer qu’il provenait d’une pêche ! C’est pourquoi il décida d’aller affronter le démon sur son île. Ainsi commença son voyage. Il partit avec une provision de kibidango, de délicieux gâteaux de millet (comparables au mochi) et une grande assurance face à l’adversité. En chemin, il eut la chance de rencontrer trois compagnons, un chien, un singe et un faisan. Ceux-ci choisirent de l’accompagner dans son combat contre le démon en échange d’un de ces délicieux kibidango. Se retrouvant sur l’île des démons, un premier obstacle leur fit face : un portail infranchissable ! C’est alors que le faisan passa au-dessus et réussit à en voler la clé. Les assaillants, armés de courage, purent ainsi se ruer sur leurs ennemis. Le démon n’était pas sans être entouré de nombreuses créatures aussi malveillantes que lui et un combat indécis s’engagea. Mais heureusement, Momotarô avait eu l’intelligence de ne pas venir seul et chacun de ses amis se révéla des plus précieux. Le faisan piqua leurs yeux de son bec acéré. Le chien s’en prit violemment à leurs jambes qu’il mordit de toutes ses forces. Quant au singe, il sauta sur leur dos les griffant sans relâche. Finalement les démons demandèrent pitié. Momotarô et ses compagnons avaient gagné la partie. Il récupéra l’ensemble des richesses qui avaient été volées afin de les redistribuer puis regagna la demeure de ses parents où tous trois vécurent des jours heureux.