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  • mushingantahe

    « Toutefois, l’institution des Bashingantahe avait atteint au Burundi un degré de perfection qui mérite d’être présenté à l’Afrique et au monde comme un modèle, pour ce qui est de l’animation des milieux naturels de vie. Le Mushingantahe, en effet, était un homme qui avait pour rôle de trancher des litiges autour de lui, réconcilier des personnes ou des familles en conflit, authentifier des contrats de tout genre (mariages, successions, ventes, dons…), assurer la sécurité et la justice autour de lui, représenter la population dans des négociations, conseiller et équilibrer le pouvoir politique, parler au nom de son peuple chaque fois que de besoin. Comme on peut le voir, il s’agit d’un leader naturel dont les responsabilités n’avaient guère de limites. C’était une personnalité sur laquelle et avec laquelle l’on devait compter en temps de paix comme en temps de guerre, dans la joie comme dans la peine, à propos de la vie privée comme à propos de la vie publique. Et il était tenu de rendre ce genre de service, qu’il vente ou qu’il pleuve. C’était son être, du moment qu’il avait obtenu l’investiture. Pour lui, renoncer à ce type de responsabilité, c’était renoncer à son devoir d’être un homme. Il s’agissait du reste d’un état permanent de vie plutôt qu’une fonction passagère, nominative ou élective. Chaque homme ou chaque femme avait le droit de déranger un Mushingantahe comme l’on dérange un membre de la famille : il était père de son milieu, avec tout ce que cela comporte de responsabilité et d’abnégation. C’est pourquoi avant son investiture, il lui était nécessaire de passer par plusieurs étapes de formation et d’épreuves.

    Au cours de ce temps de formation, le Mushingantahe devait acquérir un sens aigu de la vérité et de la justice, une responsabilité sociale poussée, un amour du travail en vue d’un minimum d’aisance économique, une intelligence aiguë, beaucoup de courage, une maturité humaine attendue d’un père, bref, une conduite exemplaire qui, du reste, était conçue comme un modèle culturel, une personnalité de statut pour toute la population. Toutes ces vertus et bien d’autres étaient progressivement acquises avant l’investiture. Il ne s’agissait pas du reste d’une simple charge, mais d’un devenir progressif consacré et rendu irréversible par l’investiture. Celle-ci consistait en un pacte entre le candidat Mushingantahe et la population qui devait exprimer son adhésion. A partir de ce jour, l’individu changeait de statut social et d’engagement intérieur. Il devenait du dedans (ibanga) un responsable volontaire de la paix et de l’harmonie autour de lui. Son investiture constituait le serment des serments qui engendrait un devoir investissant tout l’être de la personne. » – Adrien Ntabona, Institution des Bashingantahe à l’heure du pluralisme politique africain, Au Cœur de l’Afrique, 59, 2-3, 1991, 263-284 (s. : uantwerpen.be)