Veillée :

  • Il était une fois deux frères ennemis, Osiris et Seth…

    Osiris était fils de Geb, dieu de la terre, et de Nout, déesse du ciel. Il était aussi le frère de Seth. Or à sa mort, Geb décida de partager son royaume en deux. Partage bien inégal puisqu’il confia à Osiris les terres fertiles, et à Seth les terres rouges du désert. De quoi, on le comprendra, nourrir beaucoup de rancune chez l’infortuné Seth. Puis Osiris épousa Isis et on dit que leur union fut heureuse. Ils dispensèrent leurs bienfaits aux hommes, Osiris leur apportant la culture du blé, la pêche, et Isis la médecine, le tissage. Mais Seth ne s’avoua pas vaincu, et il attendit patiemment son heure. Lors d’un banquet auquel il avait convié 72 de ses amis, il proposa à chacun des convives de s’allonger dans un coffre promettant de l’offrir à celui qui y tiendrait parfaitement. Les complices de Seth s’y essayèrent mais aucun d’eux n’avait la taille voulue. C’est lorsque le tour d’Osiris arriva que tous purent constater qu’il y tenait à merveille, le coffre semblait fait pour lui. En vérité il l’était. Tant et si bien que les auteurs du complot, Seth en tête, fermèrent le coffre sur lui puis le jetèrent dans les eaux du Nil non loin de Byblos. Osiris s’y noya. Mais Isis, épouse fidèle, n’avait pas dit son dernier mot. Elle partit en quête de son corps et, finit par le trouver. Elle le ramena en Egypte. Toutefois Seth profita d’un moment de relâchement pour découper le corps et en éparpiller les morceaux. Isis partit une nouvelle fois à leur recherche et à chaque fois qu’elle en trouva une partie, l’ensevelit sur place. C’est ainsi qu’elle enterra la tête à Abydos, le cou à Héliopolis, et ainsi de suite. Seul son sexe avait été avalé par un crocodile. Puis elle reconstitua son corps, et grâce à l’aide d’Anubis, se fit féconder. Horus devait naître de leur union. Elle embauma le corps, initiant la première momie, et c’est ainsi qu’Osiris devint le seigneur de l’Au-Delà, présidant à la pesée des âmes, assisté de Thot et Anubis. Quant à Horus, dieu à tête de faucon, dont le nom signifie « vengeur de son père », il s’opposa bientôt à Seth, dans une lutte sans merci. Il devait y perdre un œil* mais y gagner l’admiration de tous, devenant ainsi le symbole de la piété filiale.


  • Le joueur d’Hamelin

    On raconte que la ville d’Hamelin connut une bien étrange affaire en 1284. À cette époque, la ville était infestée par les rats. Leur multiplication était telle que les habitants de la cité médiévale en étaient épouvantés. Ils avaient bien tenté de s’en débarrasser de diverses manières, mais rien n’y faisait. Il semblait que la ville fût condamnée à tomber entre les mains, ou plutôt entre les pattes de ces nouveaux propriétaires particulièrement encombrants. C’est alors que le Conseil de la cité eut une idée de génie. On disait qu’il existait une méthode infaillible pour chasser les rats : celle du « meneur de rats », un personnage quelque peu mystérieux qui avait, assurait-on, pareil pouvoir. On ne tarda plus à faire appel à lui et ce fut ainsi qu’un beau matin, un individu à la tunique rayée et au chapeau pointu, fit son apparition à Hamelin. On le pria de remplir sans tarder la mission qu’on lui avait confiée. Toutefois, celui-ci s’assura d’abord qu’il serait gratifié en retour de la fortune qu’on lui avait promise. Bien entendu, les notables d’Hamelin s’empressèrent de le lui confirmer : mais, qu’il ne tarde point à prouver son talent ! L’affaire pressait et la situation devenait insupportable. Le meneur de rats sortit alors une flûte de sa besace devant l’effarement de la population. Etait-ce donc de cette manière qu’il comptait venir à bout de ce fléau ?! Ne prêtant attention à quiconque, il commença à jouer. Et soudain, le miracle s’accomplit. Les rats cachés dans leurs recoins se mirent à écouter cette mélodie. Plus étonnant encore, tandis que le joueur se mettait en marche, des cohortes impressionnantes de rats lui emboîtèrent le pas. Ils venaient de toute la cité et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’ensemble de ces créatures furent comme hypnotisées par cette étrange mélodie surgie de nulle part. Le joueur de flûte se dirigea ensuite vers les portes de la ville, suivi par un nombre de rats si élevé que tous les habitants ressentirent un frisson d’effroi, mais aussi de soulagement. Car, assurément, le meneur de rats était bien en train de les en débarrasser ainsi qu’il s’y était engagé. Il n’eut plus qu’à les conduire jusqu’à la rivière Weser, où tous, sans exception, se noyèrent. Ainsi fut mis fin à la tragédie qui hantait la Cité. Hélas, c’était pour qu’une autre s’abatte, bien plus impitoyable ! En effet lorsqu’il revint chercher son dû, les habitants bien heureux de leur sort, et oublieux de celui à qui ils le devaient, décidèrent de ne pas respecter leur engagement. Pire encore, ils ramassèrent des pierres et commencèrent à se déchaîner sur le joueur de flûte qui n’eut d’autre salut que de s’enfuir. Grand mal leur en prit. Car quelque temps plus tard, alors que la ville connaissait enfin la quiétude, le son de la flûte de nouveau fut entendu dans les murs de la cité. Mais cette fois-ci, ce n’était plus de rats dont il était question, mais des enfants mêmes de ceux qui n’avaient pas honoré leur parole. On dit que cette nuit-là, cent-trente enfants, garçons et filles, sortirent de leur lit et suivirent le son ensorcelé de la flûte. Les histoires divergent en ce point. Certaines racontent qu’ils furent menés jusqu’à la rivière. D’autres prétendent qu’ils disparurent dans le fond d’une grotte. En tout cas, une chose est certaine : on ne les revit plus. De quoi laisser méditer les habitants d’Hamelin, comme tout un chacun, sur la valeur de l’engagement et de la parole donnée.