Veillée :

  • La valeur du sel…

    Un roi avait trois filles qu’il adorait tendrement. Son affection était sincère et pleine d’autant que leur mère avait disparu prématurément et qu’il souhaitait sauvegarder le souvenir de sa douceur. C’est pourquoi il décida un jour de confier à l’une d’elles son pouvoir. Il faut dire que dans ce pays, les femmes pouvaient accéder au trône. Aussi s’y préparèrent-elles avec tout le sérieux qui convient à la tâche. Toutefois laquelle choisir ? Le roi, leur père, eut ici la plus étonnante des idées afin d’assurer cette succession. Alors que son anniversaire approchait, il leur demanda de lui offrir en présent ce qu’elles jugeraient chacune indispensable à la vie, ainsi qu’à l’exercice de la charge suprême. Lorsque l’anniversaire eut lieu, elles se mirent toutes trois en rang devant lui porteuses d’un présent qu’elles avaient sélectionné en réponse à l’attente de leur père. Celui-ci passa leurs cadeaux en revue, manifestant tantôt joie, tantôt curiosité, voire même un peu d’agacement, puis leur fit savoir sa décision. Il appela la fille aînée laquelle lui remit une tunique mauve brodée d’or et incrustée de joyaux. « Voilà père, dit-elle, un attribut indispensable à votre charge et je suis heureuse de vous le remettre. Dieu nous fit tous nus à l’origine et nous dûmes nous couvrir. Mais chacun le fait selon ses moyens et sa charge, et le roi se doit de manifester ici son rang. » Il ne manqua pas de la féliciter car, assurément, la fonction d’un roi ne saurait s’exercer sans les qualités de représentation qui lui sont attachées. Or, seul le roi, pouvait être ainsi vêtu et ainsi en serait-il aussi de celle qui lui succèderait. Après les compliments qu’il lui adressa, il l’embrassa doucement sur le front et convoqua sa seconde fille qui à son tour lui offrit un objet précieux, et qu’il remercia tout aussi chaleureusement. Mais quand vint le tour de la troisième, celle-ci lui tendit une salière… en bois. Telle était à ses yeux, l’une des choses au monde dont la valeur était indépassable. Le roi, son père, entra alors dans une impressionnante colère. Pensant que sa plus jeune fille se moquait de lui, il la chassa du palais sur-le-champ lui ordonnant de ne plus jamais se présenter devant lui. Abattue et croulant sous le poids de toute son incompréhension, la jeune fille prit le chemin et ne cessa sa marche, des semaines plus tard, qu’au terme de son total épuisement. Elle avait atteint les limites du royaume, et par chance, une auberge l’y attendait. La propriétaire ne lui demandant pas les raisons de son infortune ni qui elle était, la recueillit chaleureusement. Et les années passèrent. Années inattendues, car la jeune princesse y acquit un savoir-faire exceptionnel. S’appuyant sur les connaissances culinaires de sa protectrice, elle développa un réel talent et finit par être connue à des lieues à la ronde. Pendant ce temps, sa sœur aînée s’apprêtait à se marier et les préparatifs allaient bon train. Naturellement, on convoqua au palais tous ceux qui pourraient assurer le succès de cette fête. La réputation de cette lointaine cuisinière d’exception n’avait pas échappé à la cour, et on la fit prier de diriger la mise en place du festin. Ce qu’elle accepta. Le jour venu, tous les convives étaient attablés, et commençaient à se régaler des mets les plus délicieux qui fussent. À cette précision près, que la cuisinière avait préparé un plat particulier pour le roi, son préféré, et celui-ci se félicitait déjà de cette marque d’attention. Pourtant à peine y eut-il goûté, qu’un dégoût s’empara de lui. Ce plat était immangeable ! Il fit venir la responsable sans tarder et la somma de s’expliquer. Il ne lui fallut guère de temps pour s’apercevoir qu’il avait sa plus jeune fille en face de lui, laquelle lui tendit pour la deuxième fois une salière en bois. Et cette fois-ci il comprit la valeur qu’elle lui avait jadis assignée et qu’il était aujourd’hui en devoir de reconnaître. On dit que les rires qui fusèrent durant tout ce mariage ne valurent pas les larmes de réconciliation que ces deux là partagèrent en cet instant.


  • Sur une patte…

    Boccace (1313 – 1375) est l’auteur du Decaméron. Ce nom est lié au récit qu’il fit d’une joute littéraire réalisée par dix jeunes gens (sept femmes, trois hommes), fuyant la peste qui ravagea Florence en 1348. Chacun d’eux y raconte chaque jour un récit durant dix jours d’affilée, ce qui donne à l’arrivée cent récits (plus un introductif). Parmi ceux-là, une histoire croustillante met en scène un cuisinier, son maître et… une grue ! Le dit cuisinier était en train de préparer une grue pour le banquet lorsqu’il fut pris d’une envie forte de s’en délecter. Envie si irrésistible qu’il finit par y céder, et lui vola une cuisse des plus savoureuses. Le méfait accompli, il lui fallut rivaliser d’ingéniosité pour présenter tout de même l’animal sur la table festive. Hélas, tout son talent n’y suffit point et le maître fulmina contre un tel forfait ! On convoqua le cuisinier qui se doutait bien qu’il en allait de sa tête. C’est alors que celui-ci déclara que les grues étaient ainsi faites, c’était bien connu. Le maître tout ouïe ne demanda, bien sûr ironiquement, qu’à le croire et que si preuve en était donnée, il épargnerait le cuistot du fouet qu’il méritait amplement. À quoi le pauvre homme promit d’apporter cette preuve dès l’aube si le maître voulait bien l’accompagner jusqu’au lac où dorment les grues. Levés aux aurores, les voici donc qui prirent la route du lac, s’approchant d’une grue finissant sa nuit. Or, miracle, celle-ci n’avait effectivement qu’une patte (c’est ainsi que dorment les grues). Le maître en convint jusqu’au moment où il claqua bruyamment des mains faisant envoler le volatile et les illusions de son cuisinier d’échapper à la sentence. Toutefois, celui-ci, loin de se décontenancer, fit justement observer que son maître n’avait pas claqué des mains hier, ceci expliquant cela.


  • Unideo :

  • 31 – sentiment – feeling – 感觉 – Gefühl – sentimento – sentimiento – 気持ち – чу́вство

    Eprouver des sentiments
    feeling
    sentiment
    Partagés ou non
    Aimer quelqu’un
    love
    aimer
    Lui accorder son amitié
    friendship
    amitié

    Désirer quelque chose
    desire
    désirer
    Porter son attention sur quelqu’un
    attention
    attention
    Être curieux/se
    curious
    curieux/se
    Être surpris/e
    surprise
    surprise

    Trouver de la beauté
    beautiful
    beau/lle – beauté
    Ou non
    ugly
    laid/e – laideur

    Sourire
    smile
    sourire
    Rire
    laugh
    rire
    Exprimer sa joie
    joy
    joie
    Sa satisfaction
    satisfaction
    satisfaction
    Ou son insatisfaction
    iii-dyssatisfaction-iii
    insatisfaction
    Sa tristesse
    sadness
    tristesse
    Se mettre en colère
    anger
    colère

    Avoir confiance
    trust
    confiance
    Avoir de l’espoir
    hope
    espoir
    Ou des regrets
    regret
    regret

    Respecter quelqu’un
    respect
    respecter
    Avoir de bonnes manières
    manner
    manière
    Être digne
    dignity
    dignité

    Faire preuve de courage
    courage
    courage
    Avoir peur
    fear
    peur

    Dire bonjour
    hello
    bonjour
    Dire au revoir
    goodbye
    au revoir
    Ou bonne nuit
    goodnight
    bonne nuit

    Demander pardon
    forgive
    pardon
    Être désolé/e
    sorry
    désolé/e
    Remercier
    thankyou
    merci