Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ?

Un paysan possédait un exceptionnel cheval blanc. Tous en louaient la beauté et le mérite. Or, à cette même époque, l’Empereur fit diffuser son vœu de trouver une pareille créature. On ne tarda donc pas à demander au paysan de s’en dessaisir. Contre coquette fortune. Mais celui-ci s’y refusa. On augmenta le prix : il ne transigea pas davantage. Alors tout son entourage cria à la folie : comment avait-il pu laisser passer une telle aubaine ?! Ce à quoi notre bonhomme rétorqua placidement : Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ? Le temps passa. Et bientôt le cheval s’enfuit. Aussitôt les voisins accoururent chez lui et lui firent observer à quel point il avait été malavisé de rejeter l’offre de l’Empereur. Il n’avait désormais plus que ses yeux pour pleurer. Toutefois le paysan leur répondit : Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ? Quelques semaines plus tard, le fier cheval tout de blanc vêtu fit réapparition ! Mieux encore, il avait trouvé une splendide compagne et on devinait la promesse de magnifiques poulains et d’une écurie sans précédent ! L’entourage revint de plus belle et l’en félicita. Mais le brave homme répéta : Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ? Et le temps passa. Le fils du paysan souhaita monter le cheval. Mais à peine était-il en selle qu’il en chuta sévèrement et se brisa la jambe. Alors les voisins revinrent sur leur opinion et firent observer que décidément ce cheval était maudit. Mais le paysan continua sa ritournelle : Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ? Puis comme il en va de bien des pays, la guerre ne tarda pas et l’Empire leva une gigantesque armée. Tous les jeunes gens de la région furent enrôlés. Sauf le fils du paysan en raison de sa jambe cassée. Et comme on s’en doute, le concert de louanges recommença, auquel, sans varier, le paysan répondit : Est-ce bien, est-ce mal, qui le sait ?!…

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