Le ghoul à sept têtes…

(conte berbère marocain) Dans le haut Atlas, vivait la princesse Tinarouz, belle comme un ange. Celle-ci n’avait qu’un rêve, se marier le jour où elle le déciderait. Or, elle jugea que ce jour devait coïncider avec le début du printemps et désirait qu’on lui offrît un splendide coffre en argent qui lui venait de son arrière-grand-mère. Son père, le sultan, y consentit. Hélas, le jour venu, nul prétendant ne se présenta, et la princesse en fut terriblement chagrinée. Heureusement, sa servante, Myriam, qui connaissait bien des choses, lui apporta une pierre en lui confiant que si elle la plaçait contre son cœur en exprimant un vœu sincère, il serait exaucé. Et c’est bien ce que fit Tinarouz, demandant à être mariée le jour de son prochain anniversaire. Ce jour-là, on fit venir le coffre et à peine l’eut-on ouvert qu’une stupéfaction gagna tout le monde : il contenait un magnifique jeune homme aux yeux si bleus et à l’allure si magnifique ! Tinarouz l’interrogea sur sa provenance, mais le bel inconnu resta mystérieux et se contenta de demander sa main au sultan si tous deux en avaient le désir. Certes, tel était le bien cas, mais comment s’assurer de sa bravoure, de son honnêteté ? Il fut décidé qu’il devrait combattre le « Ghoul à sept têtes » pour le mettre à l’épreuve. Le jeune homme trouva la proposition fort juste et partit aussitôt dans la forêt où vivait le monstre. Quand il l’eut atteinte, il ne lui fallut guère attendre pour que le Ghoul apparaisse, terrifiant et menaçant. Jetant des flammes, il aurait tôt fait de le réduire en cendres. C’est à cet instant que la rivière gonfla en leur proximité, tant et si bien qu’elle déferla sur la forêt. Le monstre en fut si décontenancé qu’il perdit un temps son équilibre et le jeune homme en profita pour trancher ses sept têtes. Revenant au palais, il eut tôt fait de présenter les têtes du Ghoul et obtint ainsi la main de la princesse. Ainsi débutèrent des temps de bonheur que nulle ombre ne vint ternir. Jusqu’à ce jour où… la princesse, de plus en plus curieuse, exigea que son bel amoureux lui confie sa provenance. Il refusa pour les mêmes raisons qui l’avaient encouragé au silence. Un malheur s’abattrait sur eux s’il lui indiquait. Mais elle insista avec tant de force qu’il commença à céder… C’est alors que la rivière qui l’avait hier sauvé, se déchaîna de nouveau et l’emporta avec elle : son bel époux venait de disparaître. Les semaines passèrent. Or un soir, Myriam se promenant près de la rivière, vit d’étranges lueurs s’animer à sa surface. Puis la rivière elle-même sembla bouillonner, et un vieil homme en sortit. Il s’assit sur un trône, et un jeune homme se plaça à ses côtés. Bien sûr, c’était le jeune époux de la princesse. Myriam se précipita auprès d’elle pour lui annoncer cette effarante nouvelle. Tinarouz se mit à danser devant eux et devant ce spectacle, le prince confia à son père que telle était celle qu’il avait épousée. Celui-ci comprit quel amour unissait ces deux êtres, et accepta de les laisser se retrouver. Il demanda toutefois qu’ils se rappellent toujours combien la curiosité pouvait être mauvaise conseillère. Puis il se retira avec les eaux, et les deux amoureux purent vivre dans le bonheur.

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