Sur une patte…

Boccace (1313 – 1375) est l’auteur du Decaméron. Ce nom est lié au récit qu’il fit d’une joute littéraire réalisée par dix jeunes gens (sept femmes, trois hommes), fuyant la peste qui ravagea Florence en 1348. Chacun d’eux y raconte chaque jour un récit durant dix jours d’affilée, ce qui donne à l’arrivée cent récits (plus un introductif). Parmi ceux-là, une histoire croustillante met en scène un cuisinier, son maître et… une grue ! Le dit cuisinier était en train de préparer une grue pour le banquet lorsqu’il fut pris d’une envie forte de s’en délecter. Envie si irrésistible qu’il finit par y céder, et lui vola une cuisse des plus savoureuses. Le méfait accompli, il lui fallut rivaliser d’ingéniosité pour présenter tout de même l’animal sur la table festive. Hélas, tout son talent n’y suffit point et le maître fulmina contre un tel forfait ! On convoqua le cuisinier qui se doutait bien qu’il en allait de sa tête. C’est alors que celui-ci déclara que les grues étaient ainsi faites, c’était bien connu. Le maître tout ouïe ne demanda, bien sûr ironiquement, qu’à le croire et que si preuve en était donnée, il épargnerait le cuistot du fouet qu’il méritait amplement. À quoi le pauvre homme promit d’apporter cette preuve dès l’aube si le maître voulait bien l’accompagner jusqu’au lac où dorment les grues. Levés aux aurores, les voici donc qui prirent la route du lac, s’approchant d’une grue finissant sa nuit. Or, miracle, celle-ci n’avait effectivement qu’une patte (c’est ainsi que dorment les grues). Le maître en convint jusqu’au moment où il claqua bruyamment des mains faisant envoler le volatile et les illusions de son cuisinier d’échapper à la sentence. Toutefois, celui-ci, loin de se décontenancer, fit justement observer que son maître n’avait pas claqué des mains hier, ceci expliquant cela.

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