Petit voyage dans les langues…

(Ce texte reprend une conférence donnée à l’UNESCO le 21 février 2013 – Journée internationale de la langue maternelle…)

By: Harald Deischinger

1 – Les langues turciques…

Nous commencerons notre périple dans les langues turciques au sein de l’ancienne famille altaïque, glissant dans les étendues kazakh, turkmène, ouzbek, pour plonger sur le lac Son- Koul au Kirghizistan. Là, nous nous approcherons d’un conteur manaschi, pour l’entendre réciter l’une des plus longues épopées humaines, celle de Manas, en sa modernité retrouvée :

Dans mon rêve de la nuit dernière,
Je me suis installé au sommet d’Ala-Too
Et j’y ai attrapé un jeune aigle baarchin.
Quand je l’ai emmené à la chasse,
Le bruit de ses ailes battantes s’est aussitôt fait entendre,
Impossible de résister à sa colère…

By: François Philipp

2 – Les langues mongoles…

Puis nous partirons vers les steppes mongoles, et leurs langues khalka, bouriate, kalmouk… On nous invitera à y découvrir l’extraordinaire diversité scripturale dont le peuple mongol fut doté. Parmi les créations successives, nous y découvrirons les travaux du scribe Tatar-Tonga à la cour de Gengis Khan, puis ceux du lama Phagspa à celle de Kubilaï, petit-fils du conquérant. Nous nous arrêterons quelques siècles plus tard, sur le symbole de la nation mongole, provenant d’une écriture dite soyombo créée à la fin du XVIIe siècle.

By: Kitty Terwolbeck

3 – Les langues toungouses et paléo-sibériennes…

Après avoir fréquenté les langues toungouses, mandchou, evenki, nanai… nous remonterons vers l’espace sibérien au sein de langues diverses qu’elles soient ienisseïennes, tchoukotko-kamtchatkiennes, ou encore youkaguir. Dans le foisonnement des peuples, nous parviendront les voix itelmène, koriak, ket, chukchi … Parmi tous ceux-là, dans une hutte proche de celle du chamane, une vieille dame nous racontera en langue nivkh les histoires du brave Tchoril et de la belle Tcholtchinaï … de leur promesse d’engagement à la déchirure de leur séparation, puis à leurs retrouvailles jusqu’à ce qu’elle tresse ses nattes, d’amour.

By: Ludovic Tristan

4 – La langue coréenne…

Bientôt nous ferons halte en – 2333 dans l’espace coréen (autrefois rattaché par certains à l’ensemble altaïque) où nous trouverons Tangun, le fondateur, né de Hwanung et de l’ourse Ungnyeo. Puis des milliers d’années plus tard, un nouvel épisode nous fera partager la naissance de l’alphabet coréen, à l’initiative du sage Sejong qui déclara :

La langue coréenne étant différente de la langue chinoise, les caractères chinois ne la rendent pas suffisamment. C’est pourquoi, les gens du peuple désirent une chose et n’arrivent pas à exposer leurs sentiments: cela est fréquent. Ému de pitié, j’ai inventé vingt-huit caractères qui seront facilement appris de tous et serviront aux usages quotidiens. – (préface de l’Hunmin Chongum)

By: Cyril Bèle

5 – Les langues japoniques…

Par un trait rapide sur la mer du Japon, et après nous être avisés de la richesse du peuple aïnu, nous traverserons l’archipel du Soleil Levant, d’une laque à un court poème, d’un pétale à une ombrelle… Au virage du premier millénaire, et dans la fraîche maîtrise des kanas, la dame Sei Shonagon nous emportera dans son fascinant registre des Choses, des « Choses qui font battre le cœur », des « Choses qui semblent vulgaires », des « Choses impatientantes », et combien d’autres :

L’idée d’écrire ces notes me vint dans les circonstances suivantes : Un jour, le frère de l’Impératrice Sadako ayant offert une liasse de papier blanc à sa soeur, celle-ci me dit : « Que peut-on écrire là-dessus ? L’Empereur a déjà fait copier L’Histoire de Chine connue sous le nom de Shiki… » Je lui répondis que je voudrais faire un oreiller de cette jolie liasse de papier blanc. L’Impératrice me répondit : « Eh bien, prenez-le ! »

Je l’utilisai alors à écrire toutes ces choses, toutes ces bagatelles qu’on trouvera, sans doute, bien frivoles : des histoires amusantes, des histoires édifiantes, mes impressions, des poésies, ce que je pense des arbres, des oiseaux, des insectes, et tout cela est, certes, moins intéressant que je ne l’imaginais.
Ceux qui liront ces notes verront ce que je suis, mon degré de culture et d’éducation, et me critiqueront. Tant pis !
J’ai écrit ces notes pour m’amuser, sans ordre ni prétention, comme elles me venaient à l’esprit.– (Makura no soshi)

By: Nicolas Vollmer

6 – Les langues chinoises…

Revenus sur le continent, nous aborderons les côtes de la vaste Chine et de sa civilisation unique en tout point. Plus que jamais nous y comprendrons que la vie, qu’une vie ne saurait suffire à dévoiler ne serait-ce que la surface de ses richesses. Et c’est bien pourquoi nous nous laisserons guider par nos hôtes qui nous emmèneront en ce jour sur la montagne Huangshan, surplombant la longévité d’une histoire inégalée et de son exceptionnelle sédimentation. Au son tonal des langues chinoises, mandarin, wu, hakka, cantonais, min…, nous savourerons par le verbe et par le signe, des œuvres prestigieuses de la littérature universelle. Celles-ci nous tiendront éveillés tard dans la nuit, tandis que nous découvrirons les épisodes du « Rêve dans le Pavillon rouge », « Au bord de l’eau », « Le Pèlerinage vers l’Ouest », « l’Histoire des trois royaumes ». L’immensité de l’écriture chinoise nous entraînera ainsi dans une forêt sans limites où nous serons initiés à l’existence de dizaines de milliers de formes, en leur combinaison et leur évolution continue.

By: Bernard Goldbach

7 – Les langues des minorités nationales chinoises… et himalayennes…

Sur ce même espace de Chine aux accents d’infini, nous nous émerveillerons des innombrables variations issues de 55 minorités nationales parsemées sur tout le territoire et clamant la vitalité de bien d’autres groupes linguistiques : Zhuang, Hui, Miao, Yi, Pumi, Bonan, Uygur, etc. Au cœur de la province du Yunnan, nous nous intéresserons chez les Naxi à l’incroyable écriture dite dongba, aux envolées pictographiques comparables à nulle autre. Bientôt au grand sud-ouest, nous accueilleront les vertigineuses étendues des chaînes himalayennes. Occasion de nous familiariser avec des représentants des langues tibéto-birmanes (tibétain, dzongkha, gurung, sherpa…), mais aussi de langues indo-européennes comme le népalais… Après l’évocation du Bardo Thödol, Livre des morts tibétain, nous ouvrirons le grand Livre de Gesar qui nous permettra de mieux comprendre le lien entre peuples tibétain et mongol…

By: Juan Antonio F. Segal

8 – Les langues indiennes…

Puis nous dévalerons les pentes himalayennes, pour mettre le pied en Inde et dans les pays proches, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka, terres spirituelles par excellence… Nous y serons attentifs aux influences indo-européennes et aux langues qui les ont diffusées (sanskrit, hindi, bengali ou bangla, ourdou, panjābī , singhalais, romani, gujarātī , etc.)… Puis nous nous placerons à l’écoute des langues dravidiennes (tamoul, malayalam, telougou, kannada, brahui, gondî…). Un jour de Vijayadashami, jour de victoire célébrant les exploits de Rama, comme ceux de Durga, jour idéal pour commencer l’apprentissage des écritures, nous nous laisserons gagner par la puissance des textes anciens. Ainsi des vers du Rig Veda :

Je chante Agni, le dieu prêtre et pontife, le magnifique héraut du sacrifice…
Illustre Vâyou, viens, et prends ta part de ces liqueurs préparées avec soin ; écoute notre prière…
Indra et Vâyou ! C’est pour vous que sont ces libations ; venez prendre les mets que nous vous offrons ; voici des boissons qui vous attendent…
J’invoque Mitra, qui a la force de la pureté, et Varouna, qui est le fléau de l’ennemi : (ces dieux) accordent la pluie à la prière qui les implore…

By: Juan Antonio F. Segal

9 – Les langues d’Asie du sud-est…

Cheminant à la croisée des cultures locales et des influences indiennes et chinoises, nous traverserons Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam… et serons admiratifs des trésors culturels qui en témoignent. Outre la poursuite de notre approche des langues tibéto-birmanes, birman, akha, karen… diverses autres familles linguistiques nous y recevront dans les atours les plus colorés… Partagées avec la Chine ce seront ici les langues tai-kadai (thaï, lao, gelao…), là les langues miao-yao également dites hmong-mien, et là encore les langues austro-asiatiques dont certaines pointeront vers l’Inde (môn, khmer, vietnamien, nicobarais, munda…). Nous fêterons le Nouvel An khmer (Chaul Chnam Thmey) dans la citadelle d’Angkor Vat, et nous souviendrons au Vietnam de la fête du Trang-Nguyên et de ses élans poétiques. Nous partagerons les mystères du pays du million d’éléphants et lirons la Chronique du Palais de cristal au royaume de Pagan. Nous arpenterons les allées de Sukhothaï afin de rendre hommage au roi Rama Kamheng et à l’écriture qu’il mit au point…

By: Benoit Mahe

10 – Les langues austronésiennes…

Puis nous nous dirigerons plus au sud à la découverte de la vaste famille des langues austronésiennes s’étendant de Madagascar (malgache) à l’Île de Pâques (pascuan), et ayant une branche dite formosane. C’est alors une immensité de nature et de cultures qui s’ouvrira devant nous en plusieurs étapes au gré des langues malayo-polynésiennes occidentales, centrales ou orientales. Dans la branche occidentale, indonésien, malais, javanais, batak, tagalog, makassar, balinais, et combien d’autres joueront ici du gamelan, et là du théâtre… Dans la branche orientale, les espaces des langues halmahera et des langues océaniennes s’entremêleront pour exprimer la vitalité des peuples et des eaux qui les ont disséminés : maba, fidjien, gilbertin, nauruan, langues kanak… Parmi eux, l’aventure polynésienne aux rythmes samoan, tonguien, tuvaluan… tracera l’épopée d’une lointaine migration et de ses épisodes successifs. Un vieux sage maori nous parlera de l’île originelle d’Hawaiki.

By: Kiko Turteliny

11 – Les langues papoues…

Quel ne sera pas notre enchantement lorsque posant le pied sur le sol papou, nous y serons confrontés par-delà la créolité du tok pisin et le pidgin hiri motu, aux 800 langues qui s’y sont manifestées. Nous irons les trouver entre montagnes et vallées, à la rencontre des habitats sur pilotis, de la préparation du sagou ou encore de magnifiques ornements et parures. Langues angan, chimbu, dani, goilalan, ndu, sentani… y animeront un ballet d’une exceptionnelle diversité !

By: Les Haines

12 – Les langues aborigènes australiennes…

Jadis, la terre était à portée de marche pour se rendre toujours plus au sud, et c’est bien ce chemin qu’auraient emprunté il y a 40000 ans les ancêtres des Aborigènes australiens. Nous y côtoierons les héritiers du Rêve du djugurba qui nous conteront le Serpent Arc-en-ciel, et les êtres premiers qui peuplèrent ces terres et en configurèrent le moindre aspect. À la découverte de groupes linguistiques australiens et de langues comptées par centaines, qu’elles soient pama-nyungan ou non, pitjantjara, mardu, warlpiri, yolngu, arrernte… nous nous interrogerons sur leur ascendance, leur patrimoine, leurs correspondances, comme leur fragilité. Pour conforter notre espérance et notre confiance dans la continuité du temps, un soir venu, proches du feu, un ancien nous dira le monde de Bur Buk Boon, et l’apparition du didgeridoo qui entonnera son chant…

By: Maurizio Costanzo

13 – Les langues d’Amérique du sud…

Traversant le Pacifique vers les grands espaces d’Amérique du Sud, nous en aborderons bientôt les côtes. Et d’emblée, face à l’immensité de ces territoires, un questionnement nous assaillira. Par où entreprendre sa découverte ? Comment en dire l’extraordinaire richesse ? Si l’on renvoie aux milliers de langues amérindiennes présentes avant l’arrivée des Européens, et si l’on tient compte de l’évolution de la représentation linguistique depuis lors, y mêlant les langues espagnole, portugaise, française, néerlandaise, anglaise…, comment accéder à la conscience équitable de ces ensembles et du respect fondamental que nous leur devons ? En réponse à nos attentes, les voix de la Terre et du Ciel, celles de l’Eau et des Arbres, se feront entendre partout sur notre route. Qu’elles proviennent des Aymaras sur les pentes andines ou des Shuars, des Kayapos ou des Yanomamis, des Guaranis, des Mapuche ou des Yagans (Yámanas), ce seront partout traditions et récits qui nous prendront par la main pour nous mener au plus profond des mythes et des songes, en ces terres éternelles où la parole reprendra tout son sens.

By: Rafael Saldaña

14 – Les langues d’Amérique centrale…

C’est dans un tel tourbillon que nous gagnerons l’Amérique centrale pleinement alertés de la grande diversité de ces langues amérindiennes qui après les familles tupi-guarani, macro-jê, quechua, pano-tacanane ou jivaroane… se feront à présent oto-mangue, avec les langues zapotèques, mixtèques ou popolocanes… uto-aztèque en pointant vers le nord, shoshone, hopi, huichol…  ou encore maya. Là sur les terres mayas et celle de leurs langues, cakchiquel, k’iche’, chol, tzotzil…, nous sera contée l’histoire du Popol Vuh et de l’insondable sagesse du maïs. Ici en nahuatl, des héritiers de la grande civilisation aztèque, nous parleront de l’Aztlan originelle comme hier leurs frères polynésiens nous contaient les sources d’Hawaiki. Et en ces mêmes latitudes, nous effectuerons une navigation dans les mers Caraïbes et leurs langues, notamment créoles,  pour notre plus grand bonheur…

By: Museum of Photographic Arts

15 – Les langues d’Amérique du nord…

Filant vers le nord, ses étendues rocheuses et ses plaines, nous nous familiariserons  avec de nouveaux ensembles culturels qui enrichiront notre regard de leur sagesse et de leur sens de vivre, par-delà les soubresauts des temps. De grands ensembles de langues auront tôt fait de témoigner des trésors de ces espaces ouverts au vent, à la lune et au soleil : famille na-dené, avec les langues athapascanes, le tlingit…, famille algique, avec les langues algonquiennes, abénaqui, arapaho, cheyenne, micmac, shawnee, cri, ojibwé… ou encore le yurok, famille siouane, lakota, crow … ou encore famille iroquoienne, huron, cherokee, tuscarora…   Nous entrerons dans l’inipi, et là dans le bien-être de la sudation, nous partagerons la vision de ces espaces sans frontière tandis qu’un avertissement émanant de la sagesse amérindienne résonnera longtemps dans nos mémoires :

Lorsque le dernier arbre aura été abattu, le dernier fleuve pollué, le dernier poisson capturé, vous vous rendrez compte que l’argent ne se mange pas… 

By: Internet Archive Book Images

16 – Les langues eskimo-aléoutes…

Nous arriverons alors aux Pôles, à la rencontre des familles eskimo-aléoutes. En ces heures de bouleversement climatique qui affecte leur environnement, nous nous demanderons comment une meilleure connaissance de leurs cultures et de leurs langues (aléoute, inuktitut, yupik…) pourrait aider à préserver leurs valeurs et à ouvrir à l’idée d’un attachement plus large à la conscience de l’humanité. Deux femmes inuit se feront face pour nous offrir toute la beauté riante d’un kattajaq !

By: Davide Santicola

17 – – Les langues scandinaves…

Glissant sur l’étendue du Groenland, nous y trouverons la trace des peuples scandinaves et nous nous laisserons aller à imaginer les populations qui les colportèrent jadis. Suédois, norvégien, danois, islandais… nous attireront dans leurs filets linguistiques indo-européens, sur le versant germanique. Avec la lecture des Eddas scandinaves, ce ne sera pas seulement l’éclairage d’une récente trilogie qui s’en trouvera facilitée, mais la continuité d’un patrimoine forgé par des peuples qui rayonnèrent bien loin de leur base. Qui mieux alors que les runes, et tout particulièrement cette pierre de Jelling, considérée comme l’acte de fondation du Danemark, pourra en témoigner !

« Le roi Harald fit faire »
« Ces stèles pour Gorm son père  »
« et, ce pour Thyra sa mère »

By: Jean-Pierre Dalbéra

18 – Les langues finno-ougriennes…

Après une escale sur les terres samis, en compagnie des élevages de rennes et du chant dit joik, nous ferons un crochet par l’ensemble finno-ougrien auquel est également rattaché le hongrois, lui-même inclus dans l’espace ouralien qui comprend en outre les langues samoyèdes. Occasion également de faire une petite différenciation balte entre l’estonien, membre de cette famille, et ses voisins lituanien et letton, appartenant quant à eux aux langues indo-européennes. Quant au finnois, nous nous rappellerons au travail acharné d’Elias Lönnrot, et de sa fascinante collecte du Kalevala.

Voici que dans mon âme s’éveille un désir, que dans mon cerveau surgit une pensée : je veux chanter ; je veux moduler des paroles, entonner un chant national, un chant de famille (…) Ô frère bien aimé, compagnon de mon enfance, viens, maintenant, chanter avec moi, maintenant que nous voilà réunis… 

By: OliBac

19 – Les langues slaves…

Empruntant le couloir carélien, nous entrerons dans les espaces slaves. Le terme Rus lui-même ne désignait-il pas les Vikings installés en Russie ? Moment rêvé pour faire le lien et nous éveiller, des Balkans à l’Oural, de Moscou à Sofia, entre écriture cyrillique et alphabet latin, à des cultures que les langues reflètent à merveille : russe, biélorusse, ukrainien, polonais, sorabe, tchèque, slovaque, serbe, croate, slovène, bosnien, bulgare… Là dans l’atmosphère d’une cabane sylvicole, on nous avisera des esprits de la forêt comme ceux de la maison. L’évocation d’un domovoï nous aidera à comprendre qu’il faut se les concilier…

By: Blok 70

20 – Les langues germaniques…

La Russie ouvrira ainsi définitivement les portes de l’Europe où des groupes linguistiques successifs, continueront à nous conter l’extraordinaire famille que constituent les langues indo-européennes. Après la branche scandinave, nous élargirons notre regard sur le groupe germanique, non seulement avec l’allemand, l’anglais, le néerlandais, mais aussi le saxon, le frison, le flamand, ou encore l’afrikaans parlé bien loin de là. Des ensembles littéraires majestueux leur emboîteront le pas, dans lesquels il sera possible de puiser indéfiniment !

Je me sens toujours heureux, savez vous pourquoi ? Parce que je n’attends rien de personne. Les attentes font toujours mal, la vie est courte. Aimez votre vie, soyez heureux, gardez le sourire et souvenez vous : Avant de parler, écoutez. Avant d’écrire, réfléchissez. Avant de prier, pardonnez. Avant de blesser, considérez l’autre.  Avant de détester, aimez et avant de mourir, Vivez !  – Shakespeare

By: Alejandro

21 – Les langues romanes…

À leur tour les langues romanes se feront complices de notre voyage dans la grande diversité de leurs groupes, espagnol, portugais, catalan, occitan, italien, roumain, rhéto-roman, français … Bien des langues y appelleront notre observation : mirandais, frioulan, ladin, romanche, lombard, provençal, moldave, aroumain… histoire de nous rappeler à l’étendue d’une diffusion dont le latin populaire fut le héraut sans pareil. Occasion également de nous arrêter sur l’incroyable destin de l’écriture latine qui a gagné la planète se plaçant au service d’innombrables langues appartenant à toutes les familles linguistiques.

By: Steve Snodgrass

22 – Les langues celtiques…

Et voici que les langues celtiques, breton, gallois, cornique, irlandais, écossais, mannois… sortiront du grand chaudron du Dagda, qui garantit à tous de ne pas vieillir, et de surmonter les épreuves.

23 – Les langues albanaise et grecques…

Mais la famille indo-européenne n’en sera pas elle-même épuisée pour autant, car bientôt se révèleront les branches albanaise et  grecque. Sur ces terres, bien de nouveaux élans nous porteront à comprendre combien la langue y a joué un rôle moteur. En Grèce, nous nous laisserons porter par une avalanche de repères livrés aux civilisations, alors qu’une écriture, une fois encore, donnera sa puissance en ce lieu où l’on commença à noter les voyelles.

By: esyckr

24 – Les langues basque et méditerranéennes…

Après une escale au pays basque et en sa langue inclassable, euskara, diversement apparentée selon les uns aux Imazighen (Berbères), selon d’autres au Caucase, nous voguerons à présent sur la Méditerranée, bercés par le flot des langues maltaise, corse, sicilienne, sarde… Et voici l’instant où nous mettrons le pied sur le vaste continent africain, celui de nos origines communes, en ce berceau premier à l’aventure humaine. Juste retour aux sources, aux sources de nos migrations, fervent hommage à la diversité du genre humain renvoyant à la pluralité linguistique de ce continent et à l’oubli auquel sa négligence prolongée pourrait nous condamner.

By: Guillaume Lecoquierre

25 – Les langues berbères…

Partageant la beauté des espaces linguistiques berbères, ouvrant notre vision à l’écriture tifinagh, nous serons tout particulièrement attentifs à la place que prennent ces langues dans le dispositif de territoires complexes où d’autres vecteurs se sont affirmés en interrogeant la pratique, la reconnaissance… Tamazight, kabyle, tachelhit, chaoui, tamacheq, tarifit et bien d’autres viendront dans une grande assemblée proclamer la force de peuples dignes et justement fiers de leur ascendance et de leur destin.

By: hdptcar

26 – Les langues nigéro-congolaises…

L’Afrique n’aura donc pas tardé à nous avaler dans son tourbillon de rythmes et de couleurs, de danses et de saveurs. Un immense ensemble linguistique s’imposera alors, celui des langues nigéro-congolaises fortes de leurs groupes mandé, voltaïque, kwa, adamawa-oubanguien, ouest-atlantique… Explosion de cultures, et de rites, de musique, et de mythes… Multiplicité des grandes aventures civilisationnelles avec les Wolofs, les Peuls, les Bambaras, les Akan, les Mossi, les Igbos… Ici en langue ewe, nous apprendrons que les prénoms indiquent subtilement non seulement s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon, mais quel est notre titre, ou encore quel jour de la semaine nous sommes nés. Et là chez les Sérères, des griots nous aideront à prendre conscience du prestigieux pouvoir des traditions orales ! Tout au long de nos chemins, un flot permanent des cultures les plus diverses nous inondera de sa modernité ! Aimé Césaire nous confiera au passage que « l’homme de culture doit être un inventeur d’âmes ».

By: South African Tourism

27 – Les langues bantoues…

Les langues bantoues (parfois reliées aux langues nigéro-congolaises) se détacheront à leur tour alors que nous nous envolerons vers de nouveaux espaces enrichis d’une mosaïque d’identités et de savoirs. D’une zone à l’autre, entraînant notre  découverte, les mondes zoulou, xhosa, sotho, ndebele, tswana, umbundu, lingala, kikongo, chichewa, swahili, kikuyu, luganda… joueront de leurs apports respectifs.  On nous soufflera à l’oreille qu’à l’occasion d’une vaste enquête internationale, un mot tshiluba fut reconnu comme le plus difficile à traduire au monde : ilunga, ou comment accepter une offense, peut-être même deux, mais pas la troisième !

Par-delà toutes ces évocations, un éclat de rire cristallin traversera l’immensité africaine,  renvoyant à tant et tant d’histoires, où les enfants de Nommo au pays dogon, et ceux de la sage parole d’Ifa au pays yoruba, où les pierres de Békora au pays bété de Frédéric Bruly Bouabré, et l’histoire bamoun des enfants de Njoya, s’associeront par la magie d’une constante vitalité et de son perpétuel renouveau. Une devise en langue sango nous confiera, zo kwe zo : « tout homme en vaut un autre. »

By: Benjamin Hollis

28 – Les langues khoïsanes…

Sur les terres du Sud, une dernière halte nous aura introduits dans l’aire des langues khoïsanes, kūn, juǀʼhoan, sandawe… et de leurs étonnants clics… nous rappelant au passage que ces populations furent il y a longtemps les premières à occuper ce sol, clamant toute la justice et l’écoute qu’on leur doit. Les San ne sont-ils pas « ceux qui suivent l’éclair » !

By: Mark Knobil

29 – Les langues nilo-sahariennes, kordofaniennes, afro-asiatiques (africaines)…

Cette traversée africaine se conclura par une remontée vers le nord, enchaînant quelques dernières familles linguistiques, nilo-sahariennes, qu’elles soient songhaï ou soudaniques, dinka, nuer… ou encore kordofaniennes (rattachées pour certains à la famille nigéro-congolaise), lafofa, koalib… Amorcé par les langues berbères, un grand ensemble dit afro-asiatique (ou encore chamito-sémitique) s’y nourrira – entre autres – de noms qui nous rappelleront à l’antique récit de Noé, et de sa descendance : Cham, Sem ou Koush. Ainsi des langues couchitiques, afar, somali, oromo… sémitiques, amharique, tigrigna (ou tigrinya), tigré… mais aussi omotiques, gimira, gamo… tchadiques, haoussa, mandara…, enfin égyptiennes, avec la présence du copte.

By: Lazhar Neftien

30 – Les langues sémitiques…

Nous traverserons la Mer rouge au contact d’autres langues sémitiques, alors que des mondes anciens se réveilleront qu’ils soient de Babylone, de Phénicie, d’Ougarit, d’Akkad… Les stèles d’Hammourabi y surgiront dressées dans tout l’apparat de leurs lois, pendant que des fouilles seront entreprises à Ninive pour en extraire des milliers de tablettes. Bientôt s’y déploieront les langues araméenne et hébreu, ainsi que le berceau de la langue arabe et de ses variations dialectales…, mais aussi de fascinants mondes d’écriture et de calligraphie, peuplant notre regard de leur étonnante contribution à l’aventure des civilisations et de leur spiritualité.

By: grego1402

31 – Les langues caucasiennes et arménienne…

Retrouvant la famille turque du début de notre voyage au sein de laquelle il faudra également compter azéri, gagaouze…, nous arpenterons le sol turc et son passé ottoman, au son du ney et du oud, et dans le fascinant tournoiement des derviches. Puis nous partirons vers l’est à la rencontre de la famille caucasienne où le géorgien se manifestera, entouré des langues abkhaze, ingouche, tchétchène, avar… En ces espaces partagés, sur les antiques terres ourartéennes devenues celles d’Arménie, et de sa langue indo-européenne, l’esprit de Mesrop Machtots planera sur nos pas, lui qui fut père de l’écriture.

By: Hamed Saber

32 – Les langues iraniennes…

C’est alors non loin de là, dans les espaces iraniens, que s’achèvera notre voyage avec l’évocation finale de ce vaste groupe des langues indo-européennes. Outre la langue persane, riche de sa littérature et de son apport civilisationnel, nous rejoindrons les terres d’Asie centrale à la rencontre du kurde, du pashto (ou pachtoune), du dari, du tadjik, de l’hazara… Une poésie du grand Rumî y emplira le chemin de notre âme…

Je ne suis pas moi-même, tu n’es pas toi, tu n’es pas moi ;
Et cependant, je suis moi, tu es toi et tu es moi.
L’état où tu m’as mis est tel, ô idole de Khotan,
Que je ne sais si je suis toi, ou si tu es moi.

33 – La génération aux 7000 langues…

…Alors un ultime vertige nous surprendra à nous sentir désormais bien plus que des voyageurs, peut-être parce que nous aurons alors compris que nous sommes tout à la fois des sentinelles, mais aussi des acteurs engagés, enfants d’une génération dont la mission ne consistera plus seulement à sauvegarder nos 7000 langues, mais à les faire vivre, et à les partager par tous les moyens de cœur et d’esprit.