Au Sepik oriental : vote et sorcellerie…

Province du Sepik oriental
Papouasie-Nouvelle-Guinée
Capitale Wewak

Des élections
Entachées d’irrégularités…

En cause ?
Des accusations de sorcellerie

De quoi rappeler que le Sorcery Act datant de 1971
N’a été abrogé qu’en 2013
Suite à des violences et crimes sans nom
Dont les victimes étaient en particulier des femmes
Accusées de pratiques occultes…

Ainsi de cette jeune femme de 20 ans
Brûlée vivante sur un marché villageois

Abrogation de 2013 qui s’est vue accompagner
D’un alourdissement des peines
À l’encontre des crimes commis
Dont un renforcement de la peine de mort…

'Sorcery' delays Papua New Guinea election count

The count in Papua New Guinea’s troubled general election has been delayed in one province following accusations of sorcery, it’s been reported.

According to Radio New Zealand International, recounts have been ordered in two constituencies in the country’s East Sepik province because more than one candidate has alleged that witchcraft has been used to remove their votes from ballot boxes.

The radio said that priests had been asked to pray over the boxes to « shield » them from « sinister forces ».

It’s not the first time superstition has affected this election – in April, officials had to reassure church leaders that the country was not being « signed up for the number of the beast », after it emerged that 666 writs had to be signed to initiate the poll.

« Such views are too shallow and are rejected outright, » Electoral Commissioner Patilias Gamato said at the time. Mr Gamato recently took out a court injunction to stop his critics from calling him Mr Tomato.

Voting closed in the election on 8 July, but only 26 out of 111 seats have been declared so far. Radio New Zealand says that « multiple issues » including the arrest of poll scrutinisers and candidate grievances are holding up the count.

Violence against women

Witchcraft and sorcery remain a major issue in some parts of Papua New Guinea. Deaths and mysterious illnesses are sometimes blamed on suspected sorcerers, and officials say accusations of witchcraft are often used to justify violence.

The country only repealed its controversial Sorcery Act in 2013, which allowed an accusation of witchcraft as a legitimate defence for violence, and now treats such cases as murder.

A mass trial featuring 122 defendants began in March of this year over the deaths of five men and two boys who were killed in the belief they were conducting sorcery, Australia’s ABC News reported at the time.

Photo by samurai_dave

bbc.com - Alistair Coleman - 21 July 2017

Lien : http://bbc.in/2fU3KEN


Dans la mémoire des Héréros et des Nama : un crime oublié ?

Namibie
Sublimes terres d’Afrique australe
Héritières de traditions plurielles
Enrichies de ses cultures, de ses savoirs

Pourtant se souvient-on
Du sort qu’y connurent
Au début du 20e siècle
Les tribus Hereros et Nama

Se souvient-on de leur massacre à partir de 1904
Suite au partage de l’Afrique
Acté à la Conférence de Berlin (1884-1885)
Au nom du pouvoir de taire toute opposition
Et de réprimer les rébellions

Se souvient-on de leur déportation
Sur Shark Island ?

À leur mémoire
Pour que justice leur soit rendue…

Photo by Panoramas

En Namibie, les victimes du génocide de 1904 en quête de réparations

C’est une mince langue de terre qui plonge dans la baie de Lüderitz, dans le sud de la Namibie. Alignées sur un belvédère, des dizaines de stèles gravées du nom de soldats allemands tombés au début du XXe siècle lors d’une guerre coloniale oubliée.

A côté, une unique plaque de marbre blanc honore la mémoire de quelques-uns de leurs adversaires, anonymes.

De 1904 à 1908, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, tous membres des tribus herero et nama qui avaient osé défier l’autorité de Berlin, sont morts de faim, de froid ou de mauvais traitements dans cette petite péninsule reculée d’Afrique australe à l’époque colonie allemande.

« Shark Island » (L’Ile au requin), c’est son nom, était alors un camp de concentration. Un des outils d’une politique de répression systématique que nombre d’historiens considèrent aujourd’hui comme le premier génocide du XXe siècle.

Longtemps, cet épisode meurtrier est resté ignoré. Tant en Europe qu’en Afrique. Au point que « Shark Island » est aujourd’hui un camping où les touristes viennent planter leur tente…

« Ça fait mal, vraiment mal ». Elue d’origine nama au Parlement namibien, Ida Hoffmann est en colère.

« Si les Allemands (…) avaient respecté notre douleur, nos sentiments et payé des dédommagements, cette chose qui est devenue un endroit où les gens fêtent leur lune de miel ne serait pas là », fulmine la sexagénaire. « Honte à eux! »

Le « eux » craché par la députée met dans le même sac de l’infamie les autorités de Berlin et celles de Windhoek, engagées depuis deux ans dans des discussions sur la reconnaissance des massacres et d’éventuelles compensations.

– Répression féroce –

Les faits ne sont pas contestés. En 1904, la guerre éclate en Namibie lorsque Hereros et, un an plus tard, Namas se révoltent contre les colons allemands, maîtres depuis 1884 de ce qui s’appelle alors le Sud-Ouest africain.

La répression est féroce. Massacres, déportations, travaux forcés, l’ordre d’extermination alors signé par le général Lothar von Trotha est scrupuleusement exécuté. Pour sauver leur peau, de nombreux indigènes s’enfuient à la hâte vers le Botswana voisin.

Selon les historiens, 80.000 Hereros, sur une population de 100.000 à l’époque, et 10.000 Namas, sur 20.000, sont tués.

Longtemps dans le déni, l’Allemagne commence à reconnaître sa responsabilité à l’occasion du centenaire des massacres, en 2004. Elle semble prête à reconnaître le génocide mais, pour l’heure, refuse catégoriquement l’idée de réparations.

Comme le répète à l’envi le porte-parole de sa diplomatie Martin Schäfer, l’aide au développement « très généreuse » versée à la Namibie constitue « l’expression de (sa) responsabilité particulière » dans ces événements. Point final.

Une position qui fait bondir l’ex-ministre et député herero Kazenambo Kazenambo, qui exige la restitution de toutes les terres confisquées pendant l’ère coloniale.

« Le génocide a provoqué des déplacements qui ont contraint notre population à vivre dans des zones sous-développées », tonne-t-il, « nous vivons les uns sur les autres alors que des gens qui habitent Berlin ou Francfort ont des hectares de terres inutilisées ».

– ‘Plus rien’ –

A 300 km au nord de la capitale namibienne Windhoek, Okakarara, à portée de canon de l’un des champs de bataille les plus meurtriers de cette guerre, est un bastion de la communauté herero.

Les pieds dans le sable qui encercle sa baraque coiffée de tôles, Sarafia Komomungondo rumine le passé.

« Avant la guerre, nous étions bien (…), nous avions des sources de revenu, le bétail surtout », raconte l’octogénaire aux yeux bleus perçants, bicorne traditionnel sur la tête. « Aujourd’hui nous n’avons plus rien (…), les gens se couchent sans avoir mangé, alors des réparations nous feraient du bien ».

« Les pauvres deviennent plus pauvres, les riches plus riches. Les Hereros ne font pas partie de ceux du gouvernement », constate amèrement sa voisine, Veronika Mujazu, 69 ans.

Plus peut-être encore qu’aux Allemands, de nombreux membres de la communauté herero en veulent à leurs dirigeants.

Depuis son indépendance en 1990, la Namibie est dirigée sans partage par son mouvement de libération, la Swapo. Le parti est contrôlé par l’ethnie majoritaire du pays, les Ovambos. Les Hereros, qui ne représentent que 10% de ses 2,5 millions d’habitants, les accusent d’ignorer leurs intérêts.

« En Afrique, pour être politiquement fort il faut le nombre », explique sans détour Ester Muinjangue, la directrice de la Fondation pour le génocide ovaherero.

– ‘Discriminations’ –

« Nous ne sommes que le troisième ou quatrième groupe (ethnique), alors nous sommes désavantagés », poursuit-elle, « nous sommes exclus, donc nous ne pouvons pas influencer les négociations ni leurs résultats ».

Les chefs traditionnels herero et nama réclament depuis des mois un siège à la table des négociations entre Windhoek et Berlin, sur le modèle de celles qui ont réuni l’Allemagne, Israël et les communautés juives après 1945. Mais les deux capitales le leur refusent catégoriquement.

Les deux tribus ont donc riposté en déposant une plainte pour génocide contre l’Allemagne devant un tribunal de New York. Première victoire, un juge l’a acceptée en mars.

Les autorités namibiennes balaient ce nouveau front judiciaire d’un revers de main, persuadé qu’il finira en impasse.

« Ceux qui ont initié cette plainte ne viennent pas de notre camp politique », note leur très madré négociateur, Zed Ngavirue.

« Il peut y avoir ici et là des discriminations car nous sommes une société plurielle, mais il faut comprendre qu’au final un accord qui a du sens ne pourra être obtenu qu’au niveau des Etats », insiste le diplomate, « car il faudra faire respecter des obligations ».

Sans entrer dans les détails, M. Ngavirue fait état de « progrès » dans les négociations, persuadé que Berlin a intérêt à un accord.

L’ex-ministre Kazenambo, lui, reste sceptique. Mais il le jure, il continuera le combat jusqu’au bout. « Pour nous ce n’est pas une question d’argent, il s’agit de moralité et de dignité », lâche-t-il, « et nous ne cèderons jamais là-dessus ».pa/bed/mdr

AFP, publié le vendredi 21 juillet 2017 à 08h14

Lien : https://oran.ge/2h6Obu6


Dans la Mer des Arbres…

Elle porte le doux nom de Mer des Arbres
樹海 Jukai
La forêt d’Aokigahara
S’étend magnifiquement au pied du Fujisan

Mais si sa réputation a dépassé
Les frontières de la région
C’est en raison de l’attrait qu’elle exerce
Sur les candidat/es au suicide

De quoi rappeler au talent
De Seichō Matsumoto (1909-1992)
Auteur de plus de 450 ouvrages
Dont Nami no tô, « pagode de vagues »
Qui en propulsa l’invitation
Y faisant périr son couple héroïque

Puis vint le Kanzen Jisatsu Manyuaru
Que l’on doit à Wataru Tsurumi
Une référence du suicide
Que l’on trouve quelquefois
Sur le sol jonché de souvenirs
De la Mer des Arbres

Le lieu jouissait déjà d’une certaine aura
Au 19e siècle
Même si le mouvement prit de l’ampleur
Dans la seconde moitié du 20e
Jusqu’à compter au moins une centaine de passages à l’acte en 2010…

10 septembre
Journée mondiale de la prévention du suicide
De quoi tous nous interroger sur notre relation à soi, à l’autre
Et sur la fragilité de toute existence
Au regard de la variété des contextes,
Des décisions, des jugements,
Des causes et conséquences,
Quand toutes les 40 secondes, une personne sur Terre se donne la mort…

Le réalisateur Gus van Sant réalise The Sea of Trees (« Nos souvenirs ») en 2016 mettant en scène Matthew McConaughey, Ken Watanabe et Naomi Watts…

Aokigahara, la forêt où les Japonais se cachent pour mourir

Si, comme certains urbains installés dans le béton depuis plusieurs générations, vous ne supportez la forêt qu’en fond d’écran; qu’au milieu des arbres et des insectes vous avez l’impression de rejouer Predator, le matos pour se défendre en moins, et que surtout, jamais au grand jamais, vous n’accepteriez d’aller chercher du petit bois pour la cheminée tout seul (ni des mûres, des champignons, rien qui vous oblige à vous sentir comme le Petit Chaperon rouge), bref si vous flippez dès qu’il y a plus de trois arbres, vous pourriez vous confronter à votre plus grande peur dans la forêt maudite d’Aokigahara.

Au pied du mont Fuji, ce labyrinthe végétal de 35 km2, appelé aussi Jukai (mer d’arbres) a la réputation d’être l’un des lieux les plus hantés du Japon. Et l’endroit préféré des Japonais pour mettre fin à leurs jours (200 suicides pour l’année record de 2010). Un coin riant que ce grand déconneur de Gus Van Sant a choisi pour raconter son dernier film Nos souvenirs. On y suit Arthur Brennan (Matthew McConaughey), fraîchement veuf, qui se tape 10.000 km pour aller mourir à Aokigahara, avant de croiser Takumi, un Japonais au bout du rouleau. Au cas où vous pendre ne ferait pas partie de vos projets immédiats, on vous fait la visite de cette forêt des suicidés, qui n’a pas inspiré que des Japonais en bout de course.

Best-sellers maudits

En 1959, quand Seicho Matsumoto, chantre de la littérature policière, publie sa nouvelle Nami no tô, il n’a pas vraiment en tête d’en faire le livre de chevet des suicidaires. L’histoire raconte la romance interdite entre une jeune femme et un procureur qui, menacés par un maître-chanteur, se jettent en offrande dans la mâchoire carnassière de la forêt d’Aokigahara. Mais l’endroit attire aussitôt des dizaines de candidats au trépas.

Trente-quatre ans plus tard, un autre livre vient asseoir sa réputation : le polémique Kanzen Jisatsu Manyuaru de Wataru Tsurumi. Écoulé à 1,1 million d’unités au Japon, l’essai de 198 pages constitue un mode d’emploi du suicide et cite Aokigahara comme l’un des meilleurs spots pour mettre fin à ses jours. La forêt accueille de plus en plus de suicidés et il n’est pas rare que les autorités retrouvent un exemplaire du Kanzen Jisatsu Manyuaru à côté des cadavres.

Du manga Samurai Deeper Kyo d’Akimine Kamijyo au film d’épouvante The Forest, avec Natalie Dormer de Game of Thrones, la forêt d’Aokigahara devient un personnage à part entière. Et un personnage à l’enfance chargée.

La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en

«Aokigahara a été un lieu privilégié pour déposer les personnes âgées en fin de vie. Mais aussi des nouveau-nés dans le cadre d’infanticides pratiqués à la fin du XIXe siècle dans les campagnes comme moyen de régulation de la population en vue de la modernisation du pays, explique Rémi Scoccimarro, docteur en géographie, aménagement et urbanisme et maître de conférences en langue et civilisation japonaises à Toulouse-II. Cette présence de la mort en a ainsi fait, depuis l’après-guerre, un site à la fois idéal pour les suicides et très pratique pour se débarrasser des corps à la suite d’un meurtre.»

 

Au pays du hara-kiri

Si Aokigahara, deuxième site préféré des candidats au suicide après le Golden Gate Bridge de San Francisco, ne propose aucune aide aux promeneurs qui voudraient se faire une petite balade digestive, elle regorge de panneaux à l’attention des dépressifs :

« La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en. »

Les autorités espèrent ainsi juguler la centaine de décès annuels enregistrée (une majorité d’hommes âgés de 45 à 65 ans, parfois des personnes venues de pays lointains), mais aussi éviter d’avoir à faire le ménage : car chaque pendu abandonne tout un tas d’objets –torches, rubans, tentes, cordes, emballages de médicaments dangereux… Si cela fait un peu désordre en forêt, le suicide ne souffre d’aucun tabou religieux au Japon. Depuis Minamoto no Yorimasa, premier samouraï à avoir eu recours au seppuku (auto-éventration), c’est même plutôt considéré comme un geste capable de rétablir un honneur perdu. Une pratique, inspirée des valeurs morales féodales, qu’on retrouve aussi chez les femmes sous le nom de jigai, et même beaucoup plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, chez les kamikazes.

D’ailleurs, Aokigahara n’est pas le seul endroit au Japon à attirer les suicidaires : les autorités surveillent de près le barrage d’Agamase ou les falaises de Tojimbo, qui ont servi de toile de fond au roman Le Cœur régulier d’Olivier Adam (dès qu’il y a une falaise, il n’est généralement pas bien loin), qui vient d’être adapté au ciné.

slate.fr - Mehdi Omaïs et Stylist — 19.06.2016 à 16 h 07

Lien : http://bit.ly/2wyE3Qg


Django parmi les Roms…

Génie de l’artiste
Qui mit en orbite
Le jazz manouche

Django Reinhardt
L’homme aux doigts de fée
Dont ceux de la main gauche
Furent pourtant brûlés dans son enfance…

Mais alors que son existence (1910-1953)
Nous emmène dans les heures ténébreuses
De la Seconde Guerre Mondiale
Un abîme parfois oublié
Refait surface

Qu’on le nomme
« Holocauste tsigane »
Porajmos, « dévoration »
Ou encore Samudaripen, « Tuez-les tous »
Il nous entraîne dans ces tourbillons infâmes
Où périrent des centaines de milliers de personnes

De Roumanie, de France,
De Croatie, de Hongrie, d’URSS
D’Autriche, d’Estonie…
Entendons-nous leurs cris ?

Alors quand au son de la guitare magique
La danse nous prend
Quand le rythme nous vient
Ne perdons pas pour autant la mémoire
Qui est le seul véritable rempart
Contre de tels renouvellements…

 

Etienne Comar réalise Django, un film sorti en 2017 avec Reda Kateb, Cécile de France, Bea Palya… s’articulant autour du départ de Django Reinhardt de Paris en 1943 et de sa présence ainsi que de ses proches à Thonon-les-Bains dans l’espoir de passer en Suisse…


Les Yezidis et l’ange-paon…

Yézidisme
Une religion des plus antiques
Forte de près de 7000 ans

Une communauté apparentée aux Kurdes
Parlant le kurmandji
Croyant en un dieu unique,
Servi par les sept anges
Dirigés par l’ange-paon, Malek Taous

Présents dans le Caucase, le Kurdistan…

Lalish, leur lieu saint,
Dans la plaine de l’antique Ninive
Sur les terres de l’Irak d’aujourd’hui

Les Yézidis
Qualifiés de diaboliques, de mécréants
En butte à l’incompréhension
À la haine et à la destruction

Les Yézidis, brisés, meurtris
Et renaissant perpétuellement de leurs cendres…

LE CAUCHEMAR DES YÉZIDIES

Elles ont été battues, violées. On les a privées de leurs parents, de leurs enfants. Leurs maris ont été exécutés sous leurs yeux. Même lorsqu’elles ont pu échapper à leurs bourreaux, le cauchemar des femmes yézidies, enlevées et réduites à l’esclavage sexuel par les combattants de Daesh, ne s’arrête pas à leur libération. Dans le camp de Chamisku, à la frontière turque, elles trouvent auprès des équipes de Médecins du Monde un soutien primordial. Une chance de tenter de se reconstruire alors que la douleur des persécutions, de la perte et de l’humiliation continue de les harceler.

Amener les femmes qui ont été victimes de Daesh à s’exprimer, à raconter leur calvaire est un véritable défi. Défi que relève quotidiennement Hairan, elle-même yézidie, psychologue pour Médecins du Monde à Chamisku. Avec sa famille, la jeune femme a fui le district de Sinjar en 2014 pour échapper aux massacres et aux enlèvements. Elle a choisi de rester dans le camp où, étant également déplacée dans son propre pays et forte d’une culture commune avec ses patientes, elle organise des séances de thérapie de groupe ou individuelles et des activités psychosociales. Ainsi les femmes qui portent en elles de profondes blessures psychologies trouvent-elles dans l’écoute attentive et des ateliers thérapeutiques une voie pour atténuer l’angoisse, les troubles du sommeil ou la dépression.

LE TEMPS NE POURRA RIEN Y FAIRE

Haifa a été enlevée en 2013. Elle a passé plus de deux ans aux mains de Daesh. « J’ai été détenue successivement par huit à dix combattants, tous Lybiens. Ce fut un véritable cauchemar. Pendant un an, j’ai passé mes journées seule, enfermée dans le noir. J’ai été maltraitée, battue et violée. La vie n’existait plus, tout était noir, mort, sans vie. Quand je me réveillais, j’avais envie de pleurer ; quand je me couchais, j’avais envie de pleurer. Je comptais les jours, les minutes me paraissaient des heures et les jours des années. Daesh nous isole et nous persécute. On n’est plus un être humain sous leur commandement, j’étais comme une esclave. »

Pendant une courte période, Haifa est enfermée avec une autre femme et son enfant. Pouvoir communiquer avec quelqu’un d’autre lui fait du bien. Mais le soulagement est de courte durée. « J’ai été déplacée de ville en ville. Les combattants de Daesh effectuent cette opération de déplacement la nuit, et je ne savais jamais où j’étais. Un jour j’ai supplié mon « propriétaire », celui qui me détenait, de me vendre et de contacter ma famille pour qu’elle me rachète. Il a diffusé des photos à mes proches pour me mettre en vente : ma famille les a reçues et a payé. »

Quand elle rejoint le camp de Chamisku, le cousin de Haifa qui a acheté sa libération lui conseille de se rendre au centre de Médecins du Monde. « J’ai été auscultée, reçue par un médecin lors d’une consultation. Ce dernier m’a dit d’aller voir Hairan, la psychologue. Elle m’a soulagée en me laissant parler, m’a donné des conseils pour mieux dormir, être moins angoissée. Cela m’a fait énormément de bien de me confier mais je ne lui ai pas tout dit, j’ai encore plein de choses à exprimer sur les traumatismes que j’ai vécus. Je n’oublierai jamais ce que qu’ils m’ont fait subir. C’est impossible à effacer de sa mémoire. Le temps ne pourra rien y faire. »

Impossible pour Haifa d’envisager l’avenir. Elle est trop fatiguée, tant physiquement que mentalement. « Ma tête et mon corps sont épuisés. Mon esprit est encore sous l’emprise de Daesh. La seule chose qui pourrait me redonner espoir est de retrouver ma mère et mes quatre frères. Seuls eux comptaient pour moi dans ma vie et maintenant je n’ai plus rien. »

ILS SONT DANS MA TÊTE

Ce cauchemar que raconte Haifa, Riyan, 33 ans, l’a vécu également. Pendant un an, sa famille et elle ont été prisonnières de véritables monstres, réduites à un quotidien de barbarie, d’humiliations, de faim et de peur. « J’ai été capturée à Sinjar il y a un an, avec mon mari et mes cinq enfants. 18 autres femmes ont été emmenées avec nous de force. Ils nous ont conduits à Baddush, un autre village, où nous sommes restés 15 jours. Certains des prisonniers y ont été exécutés sous nos yeux. »

Les survivants sont ensuite conduits à Tal-Afar, à l’ouest de Mossoul, où ils passeront 6 mois dans le  hall où l’on célèbre les mariages. Certaines des femmes sont alors mariées de force. « Ma fille de 9 ans, mon fils de 11 ans et mon mari ont été pris et emmenés en Syrie. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus, s’ils sont encore en vie. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont pris mes enfants. Après ils nous ont déplacés à Mossoul, puis Raqqa et Der eizzor, en Syrie. Nous vivions comme des esclaves. On n‘avait ni à manger ni à boire : il m’arrivait d’avoir de l’eau seulement 3 à 4 fois pendant deux semaines. J’ai même dû nourrir au sein mon enfant de 4 ans pour qu’il survive. Nous étions battus avec des bouts de bois, sans aucune raison précise la plupart du temps. Nous avons vécu un véritable cauchemar et vu des choses terribles : des gens exécutés, des femmes violées et des enfants assassinés. On ne savait jamais ce qui allait se passer, si nous allions changer de ville ou si nous allions être tués. »

PUBLIÉ LE 8 MARS 2017 - Aurélie Defretin et Thomas Flamerion

Lien : http://bit.ly/2lER0UQ


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