« Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir… »

Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir.
Et tout semblait débuter comme un conte d’enfant.
Nos trois protagonistes prêts à l’aventure
Afin d’émerveiller petits et grands.

La girafe s’y serait rappelée
Qu’elle fut nommée « chameau-léopard »,
Toujours présent en langue grecque :
καμηλοπάρδαλη
(kamilopárdhali)

De son exceptionnelle prestance,
Elle nous aurait emmenés
Sur les terres orientales,
À la rencontre du fabuleux qílín

Porteur de bons présages,
Celui-ci inspirerait la girafe japonaise, dite kirin

Le guépard aurait lancé un clin d’œil,
À la succession des âges.
De Sumer à la cour de Kubilai,
Des San aux Egyptiens,
Jusqu’à camper un personnage de Visconti,
Tandis qu’un monde disparaîtraît…

Le rhinocéros noir quant à lui,
Aurait fait trembler le sol de la savane.
De toute sa puissance,
Et d’une soudaine accélération,
Il aurait dans sa lancée écarté toute opposition.

Hélas, si tous trois aujourd’hui
Se voient conviés en ces lignes.
Ce n’est point pour les conter,
mais les compter…
Tous trois font à des titres divers
Partie des espèces menacées.

Que raconterons-nous donc à nos enfants ?
Les désignerons-nous sur les parois rupestres
De nos coupables abandons ?

Leur dirons-nous qu’il était jadis
Une dame au long cou,
Un chevalier bondissant,
Un combattant au nez de force,
Et que nous avons négligé de les défendre
Prétendument occupés à de plus urgentes affaires ?


La bile d’ours : au prix de l’extrême souffrance…

Dans les arrière-boutiques
Un trafic se livre
Qui fait commerce de souffrance
Comme en bien d’autres lieux hélas

Ici ce sont les ours
Qui en pâtissent
Traînés, recroquevillés, immobilisés
Tandis qu’on perfore leur abdomen
Pour atteindre la vésicule biliaire

Pour leur malheur
Leur bile satisfait la demande
Au nom de médecines traditionnelles

Pour leur sauvegarde
Certains se battent
Sans relâche
Pour que cesse cette abomination
Pour que des solutions viables
Lui soient apportées

Honneur à leur combat…


Pergame… rivale d’Alexandrie

Pergame. En grec Pérgamon, littéralement « la citadelle ». Une brillante cité située au nord de Smyrne, aujourd’hui en Turquie (Bergama). Une cité constituée de la superposition de trois ensembles urbains reliés par un entrelacs d’escaliers, de belvédères, de terrasses. Pergame qui a donné le mot « parchemin », du grec pergamênế, « peau de Pergame ». L’histoire de cette industrie est attachée – une fois encore – à un interdit. On dit en effet qu’au IIe siècle avant notre ère, Ptolémée V, Pharaon d’Égypte, aurait mis un terme à l’exportation de papyrus tandis que les bibliothèques d’Alexandrie et de Pergame rivalisaient en ce temps de splendeur. Il faut ici rendre hommage à l’œuvre d’Eumène II Sôter (v. 221 – v. 159 av.J.-C.) souverain de Pergame dont les travaux d’embellissement de Pergame furent des plus décisifs. Pensant ainsi mettre un terme à la croissance de l’arrogante rivale, Ptolémée V va en fait encourager le remplacement du papyrus par un autre procédé dont Pergame devint experte : le parchemin ! Ou comment dégraisser, écharner, tremper, racler des peaux animales afin de favoriser non seulement leur usage, mais leur réutilisation à plusieurs reprises au moyen de « palimpsestes ». Notons au passage que le principe du palimpseste, ou de l’effacement d’un support pour y écrire un autre texte, est pareillement connu du papyrus.  Quant à Ptolémée V, nous le retrouverons dans deux… millénaires avec un certain Champollion. Le parchemin va amener une autre évolution avec l’apparition du codex, l’assemblage sous forme de livre révolutionnant l’histoire de l’écrit. Son expansion en Occident daterait du IVe siècle accompagnant celle des monastères et c’est bien sûr l’arrivée du papier, bien moins onéreux, qui la remettra en question…


UNIDEO :