Dans la grotte Cosquer…

Mais qu’allait-il faire dans ces calanques ? Plonger tout simplement ! Ainsi débuta l’aventure du scaphandrier Henri Cosquer à partir de 1985. Le voici donc dans la calanque dite de la Triperie, 37 mètres sous l’eau. Un couloir se présente à lui qu’il décide d’emprunter. Non sans risque – plusieurs accidents le confirmeront hélas. Or 175 mètres plus loin, son émotion est à son comble : il débouche dans une cavité et la féerie éclate de toutes parts. Il se retrouve en présence de peintures pariétales ignorées de tous. Après analyse, l’on conclura qu’elles proviennent de deux âges distincts. Le premier remonte à 27000 ans et fait état de mains négatives*.   Le second a 19000 ans et l’on y trouve chevaux, bouquetins, cervidés, aurochs… Une merveille de plus vient de s’ajouter à la longue épopée de redécouverte de l’activité préhistorique. La grotte qui en 1992 s’intitulera désormais Cosquer, nous projette corps et âme en ces temps où nos ancêtres investirent tant de lieux dans le monde dont ils occupèrent le sol et marquèrent les parois. Et avec cette histoire, une certitude nous vient : il ne fait en effet aucun doute que plus le temps avancera, plus nous découvrirons de choses sur ces empreintes germinales, sources d’un des plus grands émerveillements que le signe écrit puisse nous inspirer !


Harald à la dent-bleue (910 – 986)…

Nombre parmi les usagers du numérique ne mettront guère longtemps à identifier le signe de la marque bluetoothTM accompagnant ce système ingénieux de transmission à distance. Mais combien le rattachent à ses origines ? Nous sommes alors entraînés en plein cœur d’un monde d’écritures débarquant dans la bonne ville danoise de Jelling située dans le Jutland. S’y dressent devant nous d’admirables pierres runiques. Entendons qu’elles sont recouvertes de runes, signes pratiqués par les anciens Scandinaves. Les pierres retiennent toute notre attention car l’on y apprend avec solennité que « le roi Harald fit faire ces stèles pour Gorm son père et Thyra sa mère ». Or c’est ce même Harald 1er dit « à la dent-bleue » (910 – 986), roi du Danemark et de Norvège, qui a donné son nom au système bluetooth (angl. blue : « bleu, e » et tooth : « dent ») ! Quant à deviner l’origine de cette dent bleue, d’aucuns prétendent que loin d’y avoir incrusté un éclat de lapis-lazulis, le cher roi aurait plutôt souffert d’une fort mauvaise carie… à moins qu’il ne raffolât de myrtilles au pouvoir colorant ! En tout cas c’est lui qui unifia le Danemark, et ces pierres en sont souvent considérées comme l’acte de fondation. Profitons donc de cette présence sur les terres scandinaves afin de nous arrêter un instant sur ces fascinantes écritures qui précédèrent l’alphabet latin. L’écrivain romain Tacite (v. 55 – v. 120) (cité par J. Février) écrivait au sujet des prêtres : « Leur façon de consulter le sort est simple. Ils coupent les branches d’un arbre portant des fruits et la taillent en bâtonnets, sur lesquels ils font certaines marques distinctives ; ils les éparpillent sur une toile blanche complètement au hasard. Puis le prêtre officiel (…) ou le père de famille (…) adresse une prière aux dieux et à trois reprises prélève un bâtonnet en regardant le ciel. Il interprète les bâtonnets qu’il a prélevés selon la marque gravée antérieurement. » Les runes auraient été pratiquées à partir du IIe siècle avant notre ère. Après plus d’un millénaire d’usage, elles seront progressivement bannies avec l’évangélisation des peuples nordiques. Un des noms donné à cet alphabet est futhark (fuþark) par l’association de ses six premières lettres. Les lettres elles-mêmes ont toutes une appellation et possédaient une fonction magique particulière. Selon les interprétations, la première lettre, dite Fehu, évoquerait ainsi le « bétail », la « richesse ». La seconde, Uruz, s’attacherait plutôt à l’idée du « buffle », ou de l’aurochs et de sa puissance phénoménale. etc. Le nombre de lettres connut quant à lui d’importantes variations. S’il est généralement fixé à 24, ou plus exactement à trois séries de huit, les variantes anglaise et frisonne (Pays-Bas) en comptaient pour leur part 28 à 33, alors qu’au contraire on n’en utilisait plus que 16 en Scandinavie. Quant au mot « rune », on lui verrait des occurrences dans les langues celtiques et germaniques, évoquant généralement l’idée de « secret ». Ajoutons qu’Odin, dieu suprême, y a mêlé son destin. Celui-ci serait en effet resté pendu neuf jours et neuf nuits à l’arbre du monde, le corps transpercé de sa propre lance, afin d’en assimiler toute la signification ! L’appellation de runes ne se limite pas toutefois à la Scandinavie. On l’utilise en effet également dans l’expression de runes sibériennes, ou encore de runes hongroises – à retrouver sur les chemins.


Les oubliés des oubliés…

Ils sont : « Les oubliés »…
Oubliés parce que différents
Oubliés car ils présentent des troubles mentaux
Souvent enchaînés, mis à l’écart,
Irrécupérables…

Mais sur leur chemin,
Il y avait Grégoire Ahongbonon
Psychiatre ? Non
Médecin ? Pas davantage…
De son métier : réparateur de pneus

Après le succès de son garage, puis une faillite
Il connaît la dépression et la tentation du suicide
C’est alors qu’il ouvre les yeux sur une misère particulière
Celle de gens errants, ou de personnes entravées
Condamnées à vivre en marge de la société
Pour leur différence mentale…

« Cette chaîne, c’est la honte de l’humanité.
Lorsque quelqu’un est enchaîné,
C’est l’humanité tout entière qui est entravée. »
dira-t-il…

Un combat naît de cette rencontre
Celui de venir en aide aux « oubliés des oubliés »

S’ensuit la création d’un puis de plusieurs centres d’accueil
En Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo…
Souvent portés par d’anciens malades

Regagner confiance
Retrouver le sens de l’autre et de soi
« Monsieur Grégoire » : l’histoire d’un engagement…


Une fois cassé…

Cassé.
Cassé et jeté.
Cassé et réparé.

Cassé, par mégarde.
Cassé avec l’intention de briser, de détruire.

Le fils du paysan s’est cassé la jambe… et ne partira donc pas à la guerre.
Le grand-père casse les assiettes et a droit à une écuelle de bois.
« Break-a-leg », pour conjurer le sort et appeler la fortune.

Grégoire répare les pneus et secourt les âmes,
Le fihavanana malgache tisse et répare les liens sociaux…

Longue histoire des objets, des êtres, des phénomènes
Rappelant à la fragilité de toute condition.

Au Japon l’art du kintsugi 金継ぎ porte l’éthique du wabi-sabi
Objets brisés dont la cicatrice visible dorée à l’or fin
Témoignera pour quelque temps encore…

« La vie brise tout le monde et, par la suite,
Quelques-uns deviennent plus forts aux endroits où ils ont été brisés. »
Ernest Hemingway


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