À la découverte du jedek…

Ils étaient venus de Suède
Dans le but de participer à un recensement des langues pratiquées en Malaisie

Leur objectif : s’intéresser de plus près au jahai
Une langue môn-khmer de la branche aslienne
Parlée dans l’État de Perak

Or quelle ne fut pas leur surprise
De constater qu’une partie de leurs interlocuteurs villageois
Utilisaient un autre idiome
Qui aurait jusqu’ici échappé à une reconnaissance extérieure :
Le jedek !

Ainsi le jedek rejoignait-il ses cousins de la branche aslienne
Au grand émerveillement de la communauté linguistique
Comme pour mieux nous rappeler à la fascinante diversité de notre espèce
Et au devoir de la préserver


Dans la mémoire des Héréros et des Nama : un crime oublié ?

Namibie
Sublimes terres d’Afrique australe
Héritières de traditions plurielles
Enrichies de ses cultures, de ses savoirs

Pourtant se souvient-on
Du sort qu’y connurent
Au début du 20e siècle
Les tribus Hereros et Nama

Se souvient-on de leur massacre à partir de 1904
Suite au partage de l’Afrique
Acté à la Conférence de Berlin (1884-1885)
Au nom du pouvoir de taire toute opposition
Et de réprimer les rébellions

Se souvient-on de leur déportation
Sur Shark Island ?

À leur mémoire
Pour que justice leur soit rendue…

Photo by Panoramas


Deux Corées, une écriture, la paix…

Deux enfants.
Deux enfants ayant grandi de part et d’autre du 38e parallèle.

Deux enfants dont le cadre politique,
économique, éducatif,
Diffère en bien des points.

Pourtant, alors qu’une feuille blanche est posée devant eux,
Et qu’ils ont plaisir à y tracer un mot,
C’est la même écriture qu’ils mobilisent
L’un et l’autre.

Ils viennent d’écrire le mot « paix » :
Pyeonghwa 평화 en coréen.

En vérité, aussi différents soient leurs univers,
Ils ont tous deux hérité d’un même patrimoine scriptural,
Celui d’une écriture mise au point au 15e siècle
Succédant à l’usage du chinois.
Et même si son nom diffère de part et d’autre,
Au sud hangeul (ou hangul) 한글
Au nord joseongeul (ou chosŏn’gŭl) 조선글,
Ce sont bien les mêmes signes qui s’y animent.

Voici soudain que leur rencontre,
S’élance dans toutes les directions.
Voici qu’elle invite les enfants du monde
À s’associer à leur geste,
À écrire le mot « paix » en coréen.

Chacun, chacune devenant ainsi ambassadeur des cultures coréennes
Qui ne sauraient se réduire
Et encore moins se conclure
Dans la déflagration la plus insensée qui puisse être.

Moment de rappeler qu’on fête cette écriture dans le sud en ce 9 octobre !
Moment de rappeler qu’on la fête dans le nord le 15 janvier !
Rendez-vous pris.
Deux dates donc pour découvrir
Comment un ancien roi nommé Sejong
Envoya aux générations futures
Un message de la plus haute importance qui soit,
Pointant l’effort que requièrent les plus grands défis sur terre,
À commencer par celui de la concorde et de la Paix…

평화,
和平,
ειρήνη,
שלום,
მშვიდობა,
سلام,
խաղաղություն,
शांति,
สันติภาพ,
hòa bình,
ᏙᎯᏱ,
ᓴᐃᒻᒪᓯᒪᓂᖅ…


Harald à la dent-bleue (910 – 986)…

Nombre parmi les usagers du numérique ne mettront guère longtemps à identifier le signe de la marque bluetoothTM accompagnant ce système ingénieux de transmission à distance. Mais combien le rattachent à ses origines ? Nous sommes alors entraînés en plein cœur d’un monde d’écritures débarquant dans la bonne ville danoise de Jelling située dans le Jutland. S’y dressent devant nous d’admirables pierres runiques. Entendons qu’elles sont recouvertes de runes, signes pratiqués par les anciens Scandinaves. Les pierres retiennent toute notre attention car l’on y apprend avec solennité que « le roi Harald fit faire ces stèles pour Gorm son père et Thyra sa mère ». Or c’est ce même Harald 1er dit « à la dent-bleue » (910 – 986), roi du Danemark et de Norvège, qui a donné son nom au système bluetooth (angl. blue : « bleu, e » et tooth : « dent ») ! Quant à deviner l’origine de cette dent bleue, d’aucuns prétendent que loin d’y avoir incrusté un éclat de lapis-lazulis, le cher roi aurait plutôt souffert d’une fort mauvaise carie… à moins qu’il ne raffolât de myrtilles au pouvoir colorant ! En tout cas c’est lui qui unifia le Danemark, et ces pierres en sont souvent considérées comme l’acte de fondation. Profitons donc de cette présence sur les terres scandinaves afin de nous arrêter un instant sur ces fascinantes écritures qui précédèrent l’alphabet latin. L’écrivain romain Tacite (v. 55 – v. 120) (cité par J. Février) écrivait au sujet des prêtres : « Leur façon de consulter le sort est simple. Ils coupent les branches d’un arbre portant des fruits et la taillent en bâtonnets, sur lesquels ils font certaines marques distinctives ; ils les éparpillent sur une toile blanche complètement au hasard. Puis le prêtre officiel (…) ou le père de famille (…) adresse une prière aux dieux et à trois reprises prélève un bâtonnet en regardant le ciel. Il interprète les bâtonnets qu’il a prélevés selon la marque gravée antérieurement. » Les runes auraient été pratiquées à partir du IIe siècle avant notre ère. Après plus d’un millénaire d’usage, elles seront progressivement bannies avec l’évangélisation des peuples nordiques. Un des noms donné à cet alphabet est futhark (fuþark) par l’association de ses six premières lettres. Les lettres elles-mêmes ont toutes une appellation et possédaient une fonction magique particulière. Selon les interprétations, la première lettre, dite Fehu, évoquerait ainsi le « bétail », la « richesse ». La seconde, Uruz, s’attacherait plutôt à l’idée du « buffle », ou de l’aurochs et de sa puissance phénoménale. etc. Le nombre de lettres connut quant à lui d’importantes variations. S’il est généralement fixé à 24, ou plus exactement à trois séries de huit, les variantes anglaise et frisonne (Pays-Bas) en comptaient pour leur part 28 à 33, alors qu’au contraire on n’en utilisait plus que 16 en Scandinavie. Quant au mot « rune », on lui verrait des occurrences dans les langues celtiques et germaniques, évoquant généralement l’idée de « secret ». Ajoutons qu’Odin, dieu suprême, y a mêlé son destin. Celui-ci serait en effet resté pendu neuf jours et neuf nuits à l’arbre du monde, le corps transpercé de sa propre lance, afin d’en assimiler toute la signification ! L’appellation de runes ne se limite pas toutefois à la Scandinavie. On l’utilise en effet également dans l’expression de runes sibériennes, ou encore de runes hongroises – à retrouver sur les chemins.


Ibis ou babouin… le dieu Thot

Thot ! Incontournable figure du panthéon égyptien ! N’est-il pas le maître des savoirs, des sciences et des arts ? N’accompagne-t-il pas le jugement des morts, dont il enregistre les sentences ?  N’est-il pas également Dieu de la Lune, initiateur du calendrier ? Et pour ce qui nous concerne encore plus ici, n’a-t-il pas inventé les hiéroglyphes, « Seigneur des paroles divines » ! Les Grecs reconnaîtront en lui Hermès Trismégiste, « trois fois très grand », messager des dieux. En vérité si puissant que ses « formules commandent à toutes les forces de la nature et asservissent les dieux eux-mêmes ». Selon les situations, le dieu égyptien Thot peut avoir un corps d’homme surmonté d’une tête d’ibis, ou être incarné par un babouin. L’ibis n’est pas de moindre concours à l’antique Égypte et plus particulièrement au Dieu Thot. Son bec ne rappelle-t-il pas les instruments d’écriture ? Et n’est-ce pas de ce même bec que meurent les serpents, à l’image d’Apophis voulant mettre fin au cycle solaire ! On a retrouvé dans la cité même d’Hermopolis (c’est-à-dire « la ville d’Hermès ») où on vouait un fervent culte à Thot, des ibis momifiés. Quant au babouin, on dit que ses cris accompagnent le lever du soleil, l’assurant ainsi d’être associé au culte de succession des astres. Ne voit-on pas un croissant de lune au sommet de son crâne ?  Il y aurait donc toute raison de saluer les immenses services que le dieu Thot est susceptible de rendre à l’humanité. Pourtant, ne voilà-t-il pas que Platon met en scène dans le Phèdre, une rencontre bien étrange entre le roi Thamous et le dieu Theuth (Thot). Ce dernier l’assure que l’écriture « rendra les Égyptiens plus savants et facilitera l’art de se souvenir », car avance-t-il « j’ai trouvé un remède (pharmakon) pour soulager la science (sophia) et la mémoire. » À quoi le roi répond que, bien au contraire, l’écriture « ne peut produire dans les âmes que l’oubli de ce qu’elles savent en leur faisant négliger la mémoire. Parce qu’ils auront foi dans l’écriture, c’est par le dehors, par des empreintes étrangères, et non plus du dedans et du fond d’eux-mêmes, que les hommes chercheront à se ressouvenir… » Voilà un débat qui rebondira dans bien des civilisations… Quant aux origines des premières écritures égyptiennes, certains renvoient à l’architecte Imhotep, inventeur des constructions en pyramide. On sait en effet que les scribes versaient toujours quelques gouttes d’eau en son honneur.


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