Deux Corées, une écriture, la paix…

Deux enfants.
Deux enfants ayant grandi de part et d’autre du 38e parallèle.

Deux enfants dont le cadre politique,
économique, éducatif,
Diffère en bien des points.

Pourtant, alors qu’une feuille blanche est posée devant eux,
Et qu’ils ont plaisir à y tracer un mot,
C’est la même écriture qu’ils mobilisent
L’un et l’autre.

Ils viennent d’écrire le mot « paix » :
Pyeonghwa 평화 en coréen.

En vérité, aussi différents soient leurs univers,
Ils ont tous deux hérité d’un même patrimoine scriptural,
Celui d’une écriture mise au point au 15e siècle
Succédant à l’usage du chinois.
Et même si son nom diffère de part et d’autre,
Au sud hangeul (ou hangul) 한글
Au nord joseongeul (ou chosŏn’gŭl) 조선글,
Ce sont bien les mêmes signes qui s’y animent.

Voici soudain que leur rencontre,
S’élance dans toutes les directions.
Voici qu’elle invite les enfants du monde
À s’associer à leur geste,
À écrire le mot « paix » en coréen.

Chacun, chacune devenant ainsi ambassadeur des cultures coréennes
Qui ne sauraient se réduire
Et encore moins se conclure
Dans la déflagration la plus insensée qui puisse être.

Moment de rappeler qu’on fête cette écriture dans le sud en ce 9 octobre !
Moment de rappeler qu’on la fête dans le nord le 15 janvier !
Rendez-vous pris.
Deux dates donc pour découvrir
Comment un ancien roi nommé Sejong
Envoya aux générations futures
Un message de la plus haute importance qui soit,
Pointant l’effort que requièrent les plus grands défis sur terre,
À commencer par celui de la concorde et de la Paix…

평화,
和平,
ειρήνη,
שלום,
მშვიდობა,
سلام,
խաղաղություն,
शांति,
สันติภาพ,
hòa bình,
ᏙᎯᏱ,
ᓴᐃᒻᒪᓯᒪᓂᖅ…


Gilgamesh… la première épopée

En ce temps-là régnait sur la cité d’Uruk / Fameuse par son temple appelé Eana / Le roi Lugalbanda époux de Ninsuna / Maître des Sumériens de la Cité d’Uruk / Je vais vous raconter une très belle histoire / Celle de Gilgamesh leur fils sacré héros / Qui connut de son temps la plus grande des Gloires / En défiant la mort hors de Uruk-les-Clos / En quête d’un principe d’immortalité / Voulant devenir Dieu il fut déifié / Son épopée fut brève mais sa célébrité / Fit chanter les poètes de l’humanité » – Épopée de Gilgamesh

 

Gilgamesh est roi d’Uruk. L’un de ses surnoms est « Celui qui a tout vu ». Et assurément, son destin est unique. Il a reçu la beauté du dieu Shamash et le courage d’Adad. Il exerce toutefois son pouvoir avec une telle tyrannie que les Dieux décident de le mettre à l’épreuve. Ils créent pour cela Enkidu, une force brute, lequel va tout d’abord se développer à l’écart de la civilisation. Mais bientôt cet être découvre l’amour en la personne de Shamhat, et il gagne bientôt la ville d’Uruk. Des rêves successifs le préviennent que Gilgamesh sera son rival, de même qu’ils l’avertiront plus tard de sa propre mort. Mais Gilgamesh dans un premier temps refuse de le voir. Or un jour, à l’occasion d’un mariage, Enkidu s’oppose ouvertement à lui. Un affrontement terrible se produit à l’issue duquel une amitié nouvelle se forge. C’est à cette époque que Gilgamesh conçoit le projet de laisser son nom dans les grandes annales du temps. Il propose donc à son ami Enkidu d’affronter le démon Houmbaba. Les deux partenaires partent alors à l’assaut de la forêt enchantée où réside le monstre. C’est grâce à Shamash et aux treize vents qu’il déchaîne pour contenir Houmbaba qu’ils finiront par le tuer, contre l’avis des Dieux. La colère divine s’amplifie encore en raison de l’insulte que Gilgamesh fait à la déesse Ishtar qui souhaitait le prendre pour amant. Celui-ci non seulement s’y refuse mais la blâme pour sa vie de débauche. C’en est trop, il faut mater ce roi présomptueux. Un taureau puissant descend sur Terre pour l’abattre, mais Enkidu en fait son affaire et le réduit à l’impuissance. Les deux amis ignorent que les Dieux ont juré leur perte. Enkidu meurt au treizième jour d’une maladie foudroyante. Gilgamesh conçoit alors que son temps est limité et entreprend un voyage vers Uta-Napishtim, l’être sauvé du Déluge, pour lui demander l’élixir d’immortalité. S’ensuit une série d’aventures où il affronte lions, hommes-scorpions, êtres de pierre, à l’issue de laquelle il lui faudra finalement admettre son statut de mortel. Ce que lui confirmera l’ombre d’Enkidu, consulté sur son propre sort.


Harald à la dent-bleue (910 – 986)…

Nombre parmi les usagers du numérique ne mettront guère longtemps à identifier le signe de la marque bluetoothTM accompagnant ce système ingénieux de transmission à distance. Mais combien le rattachent à ses origines ? Nous sommes alors entraînés en plein cœur d’un monde d’écritures débarquant dans la bonne ville danoise de Jelling située dans le Jutland. S’y dressent devant nous d’admirables pierres runiques. Entendons qu’elles sont recouvertes de runes, signes pratiqués par les anciens Scandinaves. Les pierres retiennent toute notre attention car l’on y apprend avec solennité que « le roi Harald fit faire ces stèles pour Gorm son père et Thyra sa mère ». Or c’est ce même Harald 1er dit « à la dent-bleue » (910 – 986), roi du Danemark et de Norvège, qui a donné son nom au système bluetooth (angl. blue : « bleu, e » et tooth : « dent ») ! Quant à deviner l’origine de cette dent bleue, d’aucuns prétendent que loin d’y avoir incrusté un éclat de lapis-lazulis, le cher roi aurait plutôt souffert d’une fort mauvaise carie… à moins qu’il ne raffolât de myrtilles au pouvoir colorant ! En tout cas c’est lui qui unifia le Danemark, et ces pierres en sont souvent considérées comme l’acte de fondation. Profitons donc de cette présence sur les terres scandinaves afin de nous arrêter un instant sur ces fascinantes écritures qui précédèrent l’alphabet latin. L’écrivain romain Tacite (v. 55 – v. 120) (cité par J. Février) écrivait au sujet des prêtres : « Leur façon de consulter le sort est simple. Ils coupent les branches d’un arbre portant des fruits et la taillent en bâtonnets, sur lesquels ils font certaines marques distinctives ; ils les éparpillent sur une toile blanche complètement au hasard. Puis le prêtre officiel (…) ou le père de famille (…) adresse une prière aux dieux et à trois reprises prélève un bâtonnet en regardant le ciel. Il interprète les bâtonnets qu’il a prélevés selon la marque gravée antérieurement. » Les runes auraient été pratiquées à partir du IIe siècle avant notre ère. Après plus d’un millénaire d’usage, elles seront progressivement bannies avec l’évangélisation des peuples nordiques. Un des noms donné à cet alphabet est futhark (fuþark) par l’association de ses six premières lettres. Les lettres elles-mêmes ont toutes une appellation et possédaient une fonction magique particulière. Selon les interprétations, la première lettre, dite Fehu, évoquerait ainsi le « bétail », la « richesse ». La seconde, Uruz, s’attacherait plutôt à l’idée du « buffle », ou de l’aurochs et de sa puissance phénoménale. etc. Le nombre de lettres connut quant à lui d’importantes variations. S’il est généralement fixé à 24, ou plus exactement à trois séries de huit, les variantes anglaise et frisonne (Pays-Bas) en comptaient pour leur part 28 à 33, alors qu’au contraire on n’en utilisait plus que 16 en Scandinavie. Quant au mot « rune », on lui verrait des occurrences dans les langues celtiques et germaniques, évoquant généralement l’idée de « secret ». Ajoutons qu’Odin, dieu suprême, y a mêlé son destin. Celui-ci serait en effet resté pendu neuf jours et neuf nuits à l’arbre du monde, le corps transpercé de sa propre lance, afin d’en assimiler toute la signification ! L’appellation de runes ne se limite pas toutefois à la Scandinavie. On l’utilise en effet également dans l’expression de runes sibériennes, ou encore de runes hongroises – à retrouver sur les chemins.


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