Veillées :

  • Sur une patte…

    Boccace (1313 – 1375) est l’auteur du Decaméron. Ce nom est lié au récit qu’il fit d’une joute littéraire réalisée par dix jeunes gens (sept femmes, trois hommes), fuyant la peste qui ravagea Florence en 1348. Chacun d’eux y raconte chaque jour un récit durant dix jours d’affilée, ce qui donne à l’arrivée cent récits (plus un introductif). Parmi ceux-là, une histoire croustillante met en scène un cuisinier, son maître et… une grue ! Le dit cuisinier était en train de préparer une grue pour le banquet lorsqu’il fut pris d’une envie forte de s’en délecter. Envie si irrésistible qu’il finit par y céder, et lui vola une cuisse des plus savoureuses. Le méfait accompli, il lui fallut rivaliser d’ingéniosité pour présenter tout de même l’animal sur la table festive. Hélas, tout son talent n’y suffit point et le maître fulmina contre un tel forfait ! On convoqua le cuisinier qui se doutait bien qu’il en allait de sa tête. C’est alors que celui-ci déclara que les grues étaient ainsi faites, c’était bien connu. Le maître tout ouïe ne demanda, bien sûr ironiquement, qu’à le croire et que si preuve en était donnée, il épargnerait le cuistot du fouet qu’il méritait amplement. À quoi le pauvre homme promit d’apporter cette preuve dès l’aube si le maître voulait bien l’accompagner jusqu’au lac où dorment les grues. Levés aux aurores, les voici donc qui prirent la route du lac, s’approchant d’une grue finissant sa nuit. Or, miracle, celle-ci n’avait effectivement qu’une patte (c’est ainsi que dorment les grues). Le maître en convint jusqu’au moment où il claqua bruyamment des mains faisant envoler le volatile et les illusions de son cuisinier d’échapper à la sentence. Toutefois, celui-ci, loin de se décontenancer, fit justement observer que son maître n’avait pas claqué des mains hier, ceci expliquant cela.


  • Tarpéia…

    Romulus avait invité les Sabins à s’associer aux rites célébrés dans la Rome fraîchement constituée. Or sans que ceux-ci aient pu s’en douter, il ordonna à ses hommes de kidnapper les plus jeunes et les plus belles de ses invitées, afin de leur procurer épouses. C’est ici qu’intervient un épisode liée à la fille du commandant de la forteresse du Capitole, une dénommée Tarpéia. Celle-ci était tombée amoureuse de Titus Tatius roi des Sabins. Or celui-ci s’apprêtait à marcher contre Rome en représailles à l’enlèvement des siennes. Tarpéia l’assura de son aide et il put ainsi pénétrer les défenses de la Cité. Certains disent qu’elle réclama en tribut de sa trahison, « ce que les Sabines portaient au bras gauche », visant leurs bracelets. Or, à peine les Sabins eurent-ils vaincu qu’elle fut grassement rétribuée de ce que les Sabines portaient effectivement au bras gauche : à savoir on seulement leurs bracelets, mais aussi leurs boucliers. Elle en fut mortellement écrasée. Elle donna ainsi son nom à une crête rocheuse proche du Capitole : la roche tarpéienne. Celle-ci devint bientôt un lieu d’exécution des peines capitales, les criminels y étant précipités, donnant une expression : « La roche tarpéienne est proche du Capitole », à savoir la déchéance suit (l’illusion de) la victoire.