« Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir… »

Il était une fois la girafe, le guépard et le rhinocéros noir.
Et tout semblait débuter comme un conte d’enfant.
Nos trois protagonistes prêts à l’aventure
Afin d’émerveiller petits et grands.

La girafe s’y serait rappelée
Qu’elle fut nommée « chameau-léopard »,
Toujours présent en langue grecque :
καμηλοπάρδαλη
(kamilopárdhali)

De son exceptionnelle prestance,
Elle nous aurait emmenés
Sur les terres orientales,
À la rencontre du fabuleux qílín
(suite…)


Dans la Mer des Arbres…

Elle porte le doux nom de Mer des Arbres
樹海 Jukai
La forêt d’Aokigahara
S’étend magnifiquement au pied du Fujisan

Mais si sa réputation a dépassé
Les frontières de la région
C’est en raison de l’attrait qu’elle exerce
Sur les candidat/es au suicide

De quoi rappeler au talent
De Seichō Matsumoto (1909-1992)
Auteur de plus de 450 ouvrages
Dont Nami no tô, « pagode de vagues »
Qui en propulsa l’invitation
Y faisant périr son couple héroïque

Puis vint le Kanzen Jisatsu Manyuaru
Que l’on doit à Wataru Tsurumi
Une référence du suicide
Que l’on trouve quelquefois
Sur le sol jonché de souvenirs
De la Mer des Arbres

Le lieu jouissait déjà d’une certaine aura
Au 19e siècle
Même si le mouvement prit de l’ampleur
Dans la seconde moitié du 20e
Jusqu’à compter au moins une centaine de passages à l’acte en 2010…

10 septembre
Journée mondiale de la prévention du suicide
De quoi tous nous interroger sur notre relation à soi, à l’autre
Et sur la fragilité de toute existence
Au regard de la variété des contextes,
Des décisions, des jugements,
Des causes et conséquences,
Quand toutes les 40 secondes, une personne sur Terre se donne la mort…

Le réalisateur Gus van Sant réalise The Sea of Trees (« Nos souvenirs ») en 2016 mettant en scène Matthew McConaughey, Ken Watanabe et Naomi Watts…

Aokigahara, la forêt où les Japonais se cachent pour mourir

Si, comme certains urbains installés dans le béton depuis plusieurs générations, vous ne supportez la forêt qu’en fond d’écran; qu’au milieu des arbres et des insectes vous avez l’impression de rejouer Predator, le matos pour se défendre en moins, et que surtout, jamais au grand jamais, vous n’accepteriez d’aller chercher du petit bois pour la cheminée tout seul (ni des mûres, des champignons, rien qui vous oblige à vous sentir comme le Petit Chaperon rouge), bref si vous flippez dès qu’il y a plus de trois arbres, vous pourriez vous confronter à votre plus grande peur dans la forêt maudite d’Aokigahara.

Au pied du mont Fuji, ce labyrinthe végétal de 35 km2, appelé aussi Jukai (mer d’arbres) a la réputation d’être l’un des lieux les plus hantés du Japon. Et l’endroit préféré des Japonais pour mettre fin à leurs jours (200 suicides pour l’année record de 2010). Un coin riant que ce grand déconneur de Gus Van Sant a choisi pour raconter son dernier film Nos souvenirs. On y suit Arthur Brennan (Matthew McConaughey), fraîchement veuf, qui se tape 10.000 km pour aller mourir à Aokigahara, avant de croiser Takumi, un Japonais au bout du rouleau. Au cas où vous pendre ne ferait pas partie de vos projets immédiats, on vous fait la visite de cette forêt des suicidés, qui n’a pas inspiré que des Japonais en bout de course.

Best-sellers maudits

En 1959, quand Seicho Matsumoto, chantre de la littérature policière, publie sa nouvelle Nami no tô, il n’a pas vraiment en tête d’en faire le livre de chevet des suicidaires. L’histoire raconte la romance interdite entre une jeune femme et un procureur qui, menacés par un maître-chanteur, se jettent en offrande dans la mâchoire carnassière de la forêt d’Aokigahara. Mais l’endroit attire aussitôt des dizaines de candidats au trépas.

Trente-quatre ans plus tard, un autre livre vient asseoir sa réputation : le polémique Kanzen Jisatsu Manyuaru de Wataru Tsurumi. Écoulé à 1,1 million d’unités au Japon, l’essai de 198 pages constitue un mode d’emploi du suicide et cite Aokigahara comme l’un des meilleurs spots pour mettre fin à ses jours. La forêt accueille de plus en plus de suicidés et il n’est pas rare que les autorités retrouvent un exemplaire du Kanzen Jisatsu Manyuaru à côté des cadavres.

Du manga Samurai Deeper Kyo d’Akimine Kamijyo au film d’épouvante The Forest, avec Natalie Dormer de Game of Thrones, la forêt d’Aokigahara devient un personnage à part entière. Et un personnage à l’enfance chargée.

La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en

«Aokigahara a été un lieu privilégié pour déposer les personnes âgées en fin de vie. Mais aussi des nouveau-nés dans le cadre d’infanticides pratiqués à la fin du XIXe siècle dans les campagnes comme moyen de régulation de la population en vue de la modernisation du pays, explique Rémi Scoccimarro, docteur en géographie, aménagement et urbanisme et maître de conférences en langue et civilisation japonaises à Toulouse-II. Cette présence de la mort en a ainsi fait, depuis l’après-guerre, un site à la fois idéal pour les suicides et très pratique pour se débarrasser des corps à la suite d’un meurtre.»

 

Au pays du hara-kiri

Si Aokigahara, deuxième site préféré des candidats au suicide après le Golden Gate Bridge de San Francisco, ne propose aucune aide aux promeneurs qui voudraient se faire une petite balade digestive, elle regorge de panneaux à l’attention des dépressifs :

« La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en. »

Les autorités espèrent ainsi juguler la centaine de décès annuels enregistrée (une majorité d’hommes âgés de 45 à 65 ans, parfois des personnes venues de pays lointains), mais aussi éviter d’avoir à faire le ménage : car chaque pendu abandonne tout un tas d’objets –torches, rubans, tentes, cordes, emballages de médicaments dangereux… Si cela fait un peu désordre en forêt, le suicide ne souffre d’aucun tabou religieux au Japon. Depuis Minamoto no Yorimasa, premier samouraï à avoir eu recours au seppuku (auto-éventration), c’est même plutôt considéré comme un geste capable de rétablir un honneur perdu. Une pratique, inspirée des valeurs morales féodales, qu’on retrouve aussi chez les femmes sous le nom de jigai, et même beaucoup plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, chez les kamikazes.

D’ailleurs, Aokigahara n’est pas le seul endroit au Japon à attirer les suicidaires : les autorités surveillent de près le barrage d’Agamase ou les falaises de Tojimbo, qui ont servi de toile de fond au roman Le Cœur régulier d’Olivier Adam (dès qu’il y a une falaise, il n’est généralement pas bien loin), qui vient d’être adapté au ciné.

slate.fr - Mehdi Omaïs et Stylist — 19.06.2016 à 16 h 07

Lien : http://bit.ly/2wyE3Qg


Veillées :

  • Izanami et Izanagi

    (légende japonaise) Il était une fois Izanami et Izanagi, la femelle et le mâle, kamis à l’origine de toute chose… Ils décidèrent de créer une terre ferme et plongèrent la Lance céleste dans les océans. Bientôt du mouvement créé et des gouttes retombées naquirent les îles japonaises. Puis les deux héros primitifs s’unirent et mirent au monde les enfants des eaux. Hélas ceux-ci étaient malformés car le couple n’avait pas respecté les codes du mariage. Ils recommencèrent donc et cette fois-ci leur union fut couronnée de succès. Kamis et divinités en naquirent. Hélas en enfantant Kagutsuchi, le kami du feu, Izanami fut gravement brûlée et mourut. Profondément épris d’elle, et fou de douleur, Izanagi la rejoignit dans le séjour des morts. Pendant qu’elle était entourée de ténèbres, Izanami lui fit promettre de ne surtout pas tenter de la regarder. Elle devait demander l’autorisation de le suivre aux kamis des enfers. Toutefois, une nuit, rongé d’impatience, Izanagi leva le voile qui cachait son visage et l’éclairant fut saisi d’un immense effroi : la chair était en putréfaction et son visage grouillait d’une infinité de petites créatures. Izanami fut réveillée en sursaut et hurla aux démons de l’attraper. Mais Izanagi fut plus rapide qu’eux et parvint à regagner l’entrée des séjours des morts qu’il obstrua d’une lourde pierre. Il eut le temps d’entendre Izanami lui criait que désormais elle tuerait chaque jour mille de ses créatures, à quoi il lui répondit qu’il en créerait lui-même mille cinq cents ! Ce fut ainsi que commença le grand cycle de la vie et de la mort.


  • Le garçon de la pêche

    Il était une fois un couple de personnes âgées qui vivaient tranquillement une existence modeste mais heureuse… Un seul élément manquait à leur bonheur : ils n’avaient pu hélas avoir d’enfants mais qu’importe, telle était la décision du ciel et il fallait s’y conformer. Chaque jour ils vaquaient à leurs tâches usuelles dans ce district de Okayama. Le vieil homme partait dans la forêt couper du bois tandis que la vieille dame se rendait à la rivière pour laver son linge. Mais, un jour, une chose étrange se produisit. Là, à la surface de l’eau devant elle flottait une énorme pêche qui descendait la rivière. Il faut dire que la région est bien connue pour la qualité de ses pêches. La vieille dame se dit donc qu’elle ferait un magnifique dessert et s’en empara. L’ayant ramenée à la maison, elle attendit impatiemment le retour de son époux et, dès que celui-ci fut rentré, ils commencèrent à découper le fruit. Or, à peine l’avaient-ils ouvert qu’un choc les laissa tous deux sans voix : à l’intérieur figurait un enfant magnifique ! Stupéfaits, mais en même temps comblés, ils décidèrent de l’appeler Momotarô (桃太郎) ce qui signifie « le garçon de la pêche ». Ainsi passèrent des années merveilleuses. Enfin, la jeunesse de la vie résonnait de toutes parts dans l’humble demeure. Mais une ombre planait sur cette sérénité, celle d’un démon qui pillait la région et causait les plus grands malheurs. Momotarô avait grandi et se révélait être un jeune homme très particulier : il était à la fois grand et fort, nanti d’un haut sens moral et de la sagesse de ces deux personnes qui l’avaient élevé. Qui aurait pu imaginer qu’il provenait d’une pêche ! C’est pourquoi il décida d’aller affronter le démon sur son île. Ainsi commença son voyage. Il partit avec une provision de kibidango, de délicieux gâteaux de millet (comparables au mochi) et une grande assurance face à l’adversité. En chemin, il eut la chance de rencontrer trois compagnons, un chien, un singe et un faisan. Ceux-ci choisirent de l’accompagner dans son combat contre le démon en échange d’un de ces délicieux kibidango. Se retrouvant sur l’île des démons, un premier obstacle leur fit face : un portail infranchissable ! C’est alors que le faisan passa au-dessus et réussit à en voler la clé. Les assaillants, armés de courage, purent ainsi se ruer sur leurs ennemis. Le démon n’était pas sans être entouré de nombreuses créatures aussi malveillantes que lui et un combat indécis s’engagea. Mais heureusement, Momotarô avait eu l’intelligence de ne pas venir seul et chacun de ses amis se révéla des plus précieux. Le faisan piqua leurs yeux de son bec acéré. Le chien s’en prit violemment à leurs jambes qu’il mordit de toutes ses forces. Quant au singe, il sauta sur leur dos les griffant sans relâche. Finalement les démons demandèrent pitié. Momotarô et ses compagnons avaient gagné la partie. Il récupéra l’ensemble des richesses qui avaient été volées afin de les redistribuer puis regagna la demeure de ses parents où tous trois vécurent des jours heureux.


  • Le partage des trois ryōs… plus un

    Une personne marchait lorsque par mégarde une bourse tomba de sa ceinture. Vint une seconde personne qui la trouva sur son chemin. Selon les codes d’honnêteté en usage, cette dernière s’empressa de rejoindre l’infortunée qui l’avait perdue et l’enjoignit de reprendre son bien. Ce à quoi l’autre, selon les mêmes codes, assura qu’elle n’en ferait rien car un bien perdu doit appartenir à celui qui le trouve. Ne pouvant trancher, les deux compères décidèrent de se rendre devant le juge. Celui-ci écouta attentivement leur requête et décida la chose suivante. Il compta tout d’abord les ryōs contenus dans la bourse : il y en avait trois ! Puis il ajouta une quatrième pièce de sa poche, et en donna deux à chacun. Après cela, il encouragea à observer que le possesseur de la bourse aurait dû avoir trois pièces, or il n’en avait désormais plus que deux. Le second aurait pu en gagner trois, mais il n’en avait également que deux. Quant à lui, juge, il en avait perdu une. Ainsi donc tous trois étaient-ils à présent au même point. Chacun avait perdu une pièce, ce qui était en soi équitable.


    Veillée


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  • Les 47 Ronins…

    On raconte que deux daimyô, seigneurs japonais, s’étaient rendus à la cour du shogun à sa demande. On était au début de l’ère d’Edo et ils se nommaient Kamei Korechika et Asano Naganori. Leur mission était de préparer la cérémonie d’accueil de l’Empereur. Ils rencontrèrent à cette fin, le maître des cérémonies, un certain Kira. Or celui-ci était un personnage corrompu, peu enclin à leur faciliter la tâche. Tout au contraire, il y mit bien de la mauvaise foi et finit par irriter sérieusement les deux daimyôs, qui ne savaient que faire. Si Kamei Korechika finit par le soudoyer, ainsi que Kira les y invitait, Asano Naganori du fief d’Akô resta pour sa part inflexible, ce qui lui valut les sarcasmes croissants de leur hôte. Finalement, un affrontement eut lieu et Asano dégaina une dague de son fourreau, blessant Kira et endommageant une porte dorée. Il n’en fallait pas plus, dans la maison du shogun, pour réclamer son suicide immédiat, par seppuku. Asano y consentit et toute sa maison et son clan en furent profondément affectés. Parmi eux étaient 47 samurais, devenus à présent des rônins, des chevaliers sans maître. Ceux-ci jurèrent vengeance. C’est ainsi que débuta un plan mené par leur chef Ōishi Kuranosuke. Il fallut de la patience et de l’organisation pour le mettre en œuvre, et tout d’abord se faire oublier de l’entourage de Kira qui s’attendait bien à des représailles. Deux années passèrent ainsi, à simuler une vie de débauche et de désarroi. Tout le monde finit par penser que les rônins avaient perdu tout sens de l’honneur, se soûlant et s’adonnant à toutes sortes d’activités peu dignes de leur rang. Mais le plan avançait bel et bien. Ils finirent, sous de fausses identités, à se rapprocher du palais de Kira. Ainsi vint le jour, tandis qu’un tapis de neige recouvrait la cité d’Edo, où les rônin purent porter leur attaque contre la maison de Kira. Finalement, celui-ci fut acculé et, alors qu’il essayait de s’enfuir, fut invité à son tour au seppuku. Il s’y refusa, et un rônin lui trancha donc la tête. Celle-ci fut portée sur la tombe d’Asano. Puis les rônin furent à leur tour condamnés à se suicider sur ordre du shogun, ce à quoi il s’étaient préparés. 46 d’entre eux s’exécutèrent, le 47ème, le plus jeune, qui avait reçu mission d’aller porter la nouvelle à Akô, y échappant. La légende ne tarda pas à se répandre et leur exemple de loyauté devint un modèle pour les générations japonaises à venir, de valeur et de courage.


  • Tanabata…

    Le festival de Tanabata (ou fête des étoiles) symbolise l’union de l’étoile Vega (la tisserande, fille du Dieu du Ciel, nommée Zhīnǚ en Chine et Orihime, ou encore au Japon) et Altair (le bouvier, fils des hommes, nommé Niúláng en Chine et Hikoboshi au Japon). Celle-ci s’accomplit une fois l’an, le 7ème jour du 7ème mois lunaire, ramené usuellement au 7 juillet avec des variantes pouvant amener au 7 août, lors de grandes festivités colorées. L’origine du conte est chinoise, elle provient de la fête dite de Qīxī – elle aurait été introduite au Japon à l’ère Nara (710-794). Une parmi les nombreuses histoires que l’on raconte à ce sujet, nous apprend qu’Orihime confectionnait de magnifiques tissus pour son père, le Dieu du Ciel lequel en était fort heureux. Or un jour elle rencontra le bouvier céleste Hikoboshi qui faisait paître ses troupeaux, et en tomba immédiatement amoureuse. Le mariage ne tarda pas et leur union fut des plus heureuses. Enfin pas pour tous, car voilà qu’Orihime délaissa soudain le tissage, tandis que le bétail d’Hikoboshi gambadait en tous sens. L’ordre galactique était en danger. Le Dieu du Ciel jugea qu’il lui fallait y mettre bon ordre et il ne le fit pas à moitié, puisqu’il sépara les deux amoureux par l’infranchissable Voie lactée. Orihime en éprouva un immense chagrin et son père en fut sincèrement affecté. C’est pourquoi il consentit à ce qu’ils puissent se voir une fois l’an. Hélas force fut de constater qu’il n’y avait nul pont pour leur permettre de se rejoindre. C’est alors qu’un vol de pies permit de constituer un pont grâce à leurs ailes assemblées. Ainsi les deux amoureux purent-ils enfin se rejoindre. Chaque année, leur rencontre se renouvelle à une condition : qu’il fasse beau, sans quoi il faut attendre l’année suivante !