Veillées :

  • Ginungagap…

    Au commencement était un abîme béant, le Ginnungagap. Deux mondes le bordaient. Au Nord Niflheim, royaume de la glace. Au Sud, Muspellheim, domaine du feu. Or c’est à leur rencontre, entre le déferlement des eaux glacées et la vapeur dégagée par les intenses chaleurs, que fut créé Ymir, le Géant de glace ainsi que la vache Audhumla, appelée à le nourrir de son lait abondant. C’est d’Ymir que naquirent les autres Géants. Puis Audhumla lécha la glace, et libéra ainsi le dieu Buri. Le fils de celui-ci épousa la fille d’un Géant, et ils eurent trois fils : Odin, Vili et Vé. Ainsi débuta la guerre entre Dieux et Géants, et Ymir y perdit la vie. Son sang se répandit en telle quantité que toute son engeance fut noyée, à l’exception d’un certain Begelmir et de sa femme. De leur côté, Odin, Vili et Vé trainèrent le corps d’Ymir au beau milieu du Ginnungagap. C’est à cet événement primordial qu’on doit le monde. Son corps devint un vaste cercle, Midgard (la terre du milieu), que protégèrent de hautes murailles, provenant de ses sourcils. Sa chair donna la terre, son sang la mer et les lacs, ses cheveux les arbres, ses os les montagnes et ses dents les roches. Puis les Dieux saisirent quelques asticots se développant sur son corps, lesquels devinrent des nains. Son crâne permit de fixer la voûte céleste sur quatre piliers et pour la soutenir, quatre nains, Nordri, Sudri, Austri et Œstri, furent placés aux quatre orients. Puis de Muspellheim naquirent le Soleil, la Lune et les étoiles. Il ne resta plus alors qu’à créer l’homme, Ask, en se servant du frêne, et la femme, Embla, en exploitant l’orme. Quant à Odin et aux siens, ils s’établirent en Ásgard (terre des dieux). Ainsi se distribuèrent finalement les neufs mondes autour de l’arbre Yggdrasil.


  • La mort de Baldr

    (Légende nordique – à partir des Eddas) Baldr est fils d’Odin et de Frigg. Tandis qu’il était enfant, des rêves annoncèrent à sa maman sa mort prochaine. C’est pourquoi celle-ci fit promettre à toutes les créatures du monde qu’elles ne lui feraient jamais aucun mal. Pour bien le prouver à tous, les Ases, dieux nordiques, décidèrent de lancer toutes sortes de projectiles sur Baldr… Aucun ne parvint à l’atteindre, démontrant ainsi son invulnérabilité : Baldr était désormais à l’abri de tout danger. Pourtant le malin Loki vint trouver Frigg et celle-ci eut la mauvaise idée de lui signaler que seul le gui, jugé inoffensif, n’avait pas prêté serment. Alors Loki alla voir Hod, frère jumeau de Baldr, et lui conseilla d’envoyer une branche de gui avec son arc puissant (bien qu’il soit aveugle, Hod était bien connu pour être un formidable archer). C’est ainsi qu’il tua son frère sur le coup à son grand malheur et celui de tous les dieux. Ceux-ci n’abandonnèrent pas pour autant et Odin fit demander à Hel, maîtresse des enfers, à quelle condition elle acceptait de lui rendre son fils. Hel répondit qu’il fallait pour cela que toutes les créatures du monde expriment ce désir. Tous les êtres se mirent donc à se lamenter de la disparition du beau et sage Baldr. Tous, sauf Thokk, une géante qui s’y refusa. Ainsi donc, par ce seul refus, Baldr resta-t-il aux enfers et il n’en serait libéré qu’à la fin des temps, lors du Ragnarök. Mais au juste pourquoi Thokk avait-elle ainsi bloqué ce que tous désiraient ? La réponse était simple, puisque la géante n’était autre que Loki déguisé. L’ayant découvert, la colère des Dieux s’abattit sur lui. Et alors qu’il avait toujours échappé à leur jugement grâce à sa malice, Loki dut cette fois-ci s’enfuir à toutes jambes. C’est dans cette fuite qu’il se transforma en saumon, puis inventa le seul moyen susceptible de l’attraper : le filet de pêche. Ayant été repéré, il le détruisit aussitôt dans le feu, et plongea dans les eaux profondes. Hélas pour lui, il s’était fait observer, et grâce à un filet identique, les dieux finirent par le saisir. Ils l’attachèrent alors sur de grosses pierres et firent goutter un puissant venin au-dessus de lui. Sa femme veillait à ce qu’il ne l’atteigne pas en glissant une coupelle dans laquelle tombaient les gouttes. Mais à chaque fois qu’elle désirait la vider, le venin frappait son visage et ses tressaillements de douleur provoquaient les tremblements de terre. Lui-même ne serait libéré qu’à la fin des temps.