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La Roue du problème

Une double question émerge de notre cheminement : comment garder une vision d’ensemble du problème humain et en même temps ne pas perdre de vue que celui-ci se révèle dans toutes ses singularités, individuelles ou collectives, lesquelles paradoxalement peuvent éloigner d’une telle vision ? C’est alors qu’une nouvelle étape se dessine : représenter le problème humain dans sa complexité, tout en faisant apparaître les innombrables interactions qui le traversent. C’est ce que nous proposons ici avec la « Roue du problème » en commençant tout d’abord par mobiliser les 7 variables pantopiques…

7 variables pantopiques

Temps, Espace, Société, Savoir, Pouvoir, Économie, Communication : telles sont les sept variables. Leur objectif n’est pas d’enfermer le problème humain dans sept catégories définitives, mais de proposer une grille à partir de laquelle nous puissions tenter de le regarder dans son ampleur. Toute grille comporte certes sa part d’arbitraire : elle sélectionne, ordonne, rapproche et sépare. Son intérêt tient alors à ce qu’elle permet de faire apparaître certaines relations que nous ne percevions pas auparavant, à condition de ne jamais oublier qu’aucune de ces sept dimensions n’existe isolément. La roue n’est donc pas une succession de sept cases, mais une invitation à faire tourner le problème…

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LE TEMPS

Repères 2 à 11234567891011

Le temps éclaire le problème humain parce que rien de ce que nous sommes, individuellement ou collectivement, n’existe hors d’une histoire. Chaque moi arrive dans un monde qui le précède, reçoit des héritages qu’il n’a pas choisis, vit un présent qui ne cesse de devenir passé et se trouve, consciemment ou non, engagé dans un avenir qu’il ne connaîtra peut-être jamais. Les sociétés connaissent elles aussi des avènements, des évolutions, des ruptures, des transmissions, des oublis et des disparitions. Le monde quant à lui conserve les traces de cette longue aventure humaine, tandis que certaines transformations contemporaines peuvent l’accélérer jusqu’à modifier notre rapport même à la durée. « Où est le problème ? » perçu à travers le filtre du TEMPS peut alors renvoyer à la mémoire et à l’oubli, à ce que nous voulons conserver ou laisser disparaître, à ce que nous transmettons aux générations suivantes et à ce qu’elles pourront encore recevoir. Il peut aussi surgir d’une certaine contradiction entre l’urgence du présent et le temps long des conséquences. Par exemple, comment décider aujourd’hui lorsque les effets d’une décision se feront sentir demain, parfois bien au-delà de notre propre existence ? Le temps ne constitue donc pas seulement le cadre dans lequel les problèmes apparaissent puisqu’il transforme leur nature & souvent leur gravité.

L’ESPACE

Repères 12 à 17121314151617

L’espace marque à son tour le problème humain à partir d’une question apparemment élémentaire : où sommes-nous ? Pour chaque individu, il est alors question d’un corps, d’un habitat, d’un territoire familier, de lieux que je peux parcourir ou dont je peux être éloigné. Et d’emblée s’impose un socle à tout le problème humain : celui de sa matérialité physique, environnementale, climatique, des équilibres ou déséquilibres que j’y connais, dont je profite ou que je subis. Puis, pour les communautés et les sociétés, l’espace devient territoire, frontière, ressource, lieu d’appartenance ou de conflit. Il peut être partagé, approprié, défendu, colonisé, aménagé, détruit ou rendu inaccessible. Enfin à l’échelle du monde, on l’a déjà dit, les circulations humaines, les migrations, les échanges, les transformations des écosystèmes et les différences considérables entre territoires révèlent une interdépendance que les frontières ne suffisent pas à contenir. Observons aussi que le problème abordé dans sa spatialité renvoie souvent à sa dimension sociale et politique : qui peut entrer, sortir, rester, habiter, exploiter, posséder ? Qui décide de l’usage d’un territoire et au nom de quelle communauté ? Approcher le problème depuis l’espace, c’est donc interroger à la fois notre propre place, celle des autres et la manière dont nous organisons le monde que nous partageons…

LA SOCIÉTÉ

Repères 18 à 221819202122

Dès son énoncé, la société fait apparaître le problème humain sous l’angle du « nous » : comment des êtres différents par leur histoire, leur situation, leurs aspirations et leurs représentations parviennent-ils à coopérer, à se reconnaître et à décider de leur avenir commun ? Chaque communauté, chaque société a construit au fil du temps des institutions, des règles, des hiérarchies, des solidarités et des manières de répartir les rôles et les ressources afin de répondre aux problèmes auxquels elle était confrontée. Mais ces réponses peuvent elles-mêmes devenir problématiques lorsqu’elles ne répondent pas ou plus, à certains besoins, ou qu’elles en rejettent d’autres, a fortiori lorsqu’elles produisent de la domination, de l’exclusion, des discriminations ou des inégalités. Le problème humain se manifeste alors dans toute sa difficulté : comment concilier la singularité de chaque personne avec les exigences du collectif ? Puis, lorsque plusieurs sociétés se rencontrent, comment les différences de normes, d’histoires, de croyances ou d’intérêts, comment la diversité de nos codes culturels peuvent-elles permettre des formes nouvelles de coopération ou, au contraire, conduire à des conflits ?

LE SAVOIR

Repères 23 à 3223242526272829303132

Le savoir est inévitablement lié au problème humain parce qu’aucune société, aucun individu ne peut agir sans une certaine représentation et signification de ce qui est, de ce qui a été et de ce qui pourrait advenir. Savoir permet de comprendre, de transmettre, de prévoir, de créer et s’il le faut, de résoudre. Toutefois le savoir est toujours situé, incomplet et susceptible d’être remis en question. Pour chaque moi se pose donc la question de ce que je sais réellement, de la manière dont je l’ai appris et de ce que je tiens pour vrai. Pour les sociétés se pose celle de la transmission, de l’éducation, de la reconnaissance ou de l’effacement de certains savoirs, mais aussi celle de l’autorité accordée à ceux qui savent. À l’échelle du monde, la multiplication vertigineuse des connaissances disponibles ne supprime nullement l’ignorance. Elle peut au contraire rendre plus difficile la distinction entre savoir établi, opinion, croyance, information, interprétation ou manipulation. Le problème contemporain apparaît ainsi comme celui de notre capacité à nous orienter dans un univers où nous pouvons accéder à davantage de connaissances tout en étant confrontés à davantage de récits contradictoires. Où nous retrouvons tout particulièrement l’intelligence artificielle laquelle accentue encore cette question en intervenant désormais dans notre accès pas seulement à l’information mais à la connaissance, tout comme dans notre production de contenus et notre manière de formuler les problèmes. En définitive, que savons-nous, comment le savons-nous, qui peut en décider et que faisons-nous de ce que nous croyons savoir ?

LE POUVOIR

Repères 33 à 3633343536

Le problème humain ne saurait bien entendu échapper à la relation majeure qu’il entretient avec le pouvoir, nous demandant ici : qui peut faire quoi, sur qui, au nom de quoi et avec quelles conséquences ? Le pouvoir appartient bien entendu aux institutions, aux États, aux gouvernements et aux organisations qui décident, légifèrent, administrent ou exercent la force. Mais il existe aussi dans les relations entre les personnes, dans la famille, le travail, l’éducation, les communautés, les réseaux et jusque dans la capacité de chacun à parler, se taire, agir ou refuser. Pour moi, le problème peut être celui de ma propre capacité d’agir. Pour les autres, celui des rapports de domination ou de dépendance qui s’établissent entre nous. Et pour le monde, celui des puissances capables d'engager des populations entières et de transformer durablement les équilibres planétaires. Le pouvoir peut alors protéger, organiser et rendre possible une action collective mais il peut aussi être accaparé, transmis, contesté, détourné ou utilisé pour imposer une représentation du réel.

L’ÉCONOMIE

Repères 37 à 42373839404142

Comment aborder le problème humain à partir de ce qui permet aux êtres de faire, de produire, d’échanger et de satisfaire leurs besoins, mais aussi de la manière dont ils organisent la répartition des ressources qu’ils considèrent comme nécessaires ou désirables ? Chaque personne se pose, à des degrés d’urgence ou de confort variables, des questions de subsistance, de travail, d’activité, de consommation et d’accès aux biens. Les sociétés, quant à elles, renvoient aux dimensions de la production, de l’emploi, des échanges, des inégalités et de la redistribution. Le monde pour sa part se configure à la jonction des interdépendances économiques, des ressources limitées, des chaînes de production, des transformations environnementales et des écarts considérables de richesse et de conditions de vie. Où il apparaît contradictoirement que l’économie peut offrir une réelle capacité collective à transformer notre environnement et à améliorer nos conditions d’existence, tout autant qu’elle peut produire des déséquilibres lorsque l’accumulation, la compétition ou la recherche de rentabilité deviennent des fins absolues & exclusives. Ce qui semble être alors un choix individuel : acheter, travailler, produire, se déplacer, consommer, s’inscrit dans des mécanismes qui dépassent largement l’individu. Et inversement, les décisions économiques prises par des États, des entreprises ou des marchés finissent par atteindre les existences les plus singulières.

LA COMMUNICATION

Repères 43 à 5243444546474849505152

La communication agit sur le problème humain par sa dimension la plus directement relationnelle : comment « mettre quelque chose en commun » ? Comment le faire lorsque nous prenons conscience que nous ne percevons, ne savons, ne croyons ou ne ressentons pas nécessairement la même chose ? Pour moi, communiquer signifie chercher à exprimer ma pensée, mes émotions, mes besoins ou mon expérience. Mais voici que dans les interrelations entre les personnes, cela implique des langues, des signes, des récits et des codes suffisamment partagés pour permettre une compréhension mutuelle, et dont rien ne garantit pourtant que celle-ci aura effectivement lieu. De quoi réaliser que pour toute société, la communication participe puissamment à la transmission des savoirs, la construction des identités, l’organisation des débats, la mise en place et la diffusion des normes comme à la production d’une représentation du monde. Enfin, agrégé au niveau planétaire, nous ne pouvons aujourd’hui que constater combien s’y déploie une circulation sans précédent des informations et des récits, tout en exposant chacun à la manipulation, à la désinformation, à la polarisation, à la concentration des moyens de diffusion ou à la disparition de certaines langues et formes d’expression. Insistons également sur la place qu’y prend l’intelligence artificielle laquelle ajoute désormais une nouvelle dimension à cette question en intervenant dans la production, la traduction, la circulation et l'interprétation des contenus.

52 repères…

Les sept variables pantopiques invitent ainsi à articuler des dimensions essentielles à la saisie du problème humain. C’est alors que les 52 repères pantopiques prennent le relais dans toute leur diversité, constituant autant de points d’attention à partir desquels peuvent se révéler contradictions, pertes, inégalités, conflits, incompréhensions mais aussi projets, initiatives, possibilités d’action.

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1 Repères Perte de repères…

  • perte de repères
  • désorientation
  • enfermement dans ses propres cadres de référence
  • incompréhension d'autrui…

« Où est le problème ? » lorsque nous ne savons plus très bien depuis où regarder, à quoi nous référer ou comment interpréter ce qui nous arrive ? La perte de repères peut être individuelle, lorsque les cadres familiers ne suffisent plus à comprendre une situation, mais elle peut aussi devenir collective lorsque les références communes se brouillent, se contredisent ou cessent d’être partagées. Elle peut naître d’un changement rapide, d’un déplacement, d’une rupture historique, d’une confrontation culturelle ou d’une profusion d’informations qui ne facilite pas nécessairement la compréhension. Elle pose alors une question essentielle : sommes-nous désorientés parce que le monde change, parce que nos repères changent, ou parce que nous ne savons plus mettre nos repères en relation avec ceux des autres ? La difficulté peut enfin venir du fait que chacun demeure enfermé dans son propre cadre de référence et peine à comprendre celui d’autrui…

LE TEMPS

2 Temps Considérer plusieurs temps à la fois…

  • sentiment d’urgence
  • manque de temps
  • accélération subie
  • oubli du passé
  • incertitude de l’avenir…

Déjà introduit en tant que variable, le temps est bien entendu un repère déterminant dans la saisie de tout problème. Tout problème s’inscrit dans une durée : il a pu être longuement préparé, apparaître soudainement, résulter d’un héritage, se transformer au fil du temps ou produire des conséquences qui ne seront perceptibles que beaucoup plus tard. Il nous oblige ainsi à faire tenir ensemble le temps de l’expérience individuelle et celui des générations, celui de l’événement et celui des processus qui l’ont rendu possible, celui de la mémoire et celui de l’oubli, celui de l’urgence et celui de l’attente. « Où est le problème ? » lorsque nous ne regardons qu’un instant de ce qui se déploie dans le temps ? Une décision prise aujourd’hui peut répondre à une situation ancienne tout en engageant un avenir encore inconnu. Une difficulté présente peut être l’effet différé d’actions dont nous avons oublié l’origine. Inversement, ce que nous considérons aujourd’hui comme un problème pourra être perçu autrement par ceux qui nous succéderont. Le temps introduit donc aussi la question de la transmission : que recevons-nous du passé, que choisissons-nous d’en conserver, que transmettons-nous à notre tour ? Il y a certes le sentiment d’urgence, le manque de temps ou l’accélération subie, mais aussi la nécessité de savoir ralentir, attendre, anticiper, se souvenir et parfois accepter de ne pas encore savoir. Le problème humain possède ainsi toujours plusieurs temps à la fois : celui dans lequel nous le vivons, ceux qui l’ont produit et ceux dans lesquels ses conséquences continueront de se déployer…

LE TEMPS

3 Vie Fragilité…

  • fragilité
  • mortalité infantile
  • grossesses difficiles ou non désirées
  • inégalités face aux conditions de vie…

Comment désigner « Où est le problème ? » au regard de la vie elle-même, première condition de toute expérience humaine ? Sa fragilité nous rappelle que l’existence n’est ni également donnée à tous, ni également protégée partout. Dès les premiers instants, les conditions de naissance, la mortalité infantile, l’accès aux soins, à l’alimentation, au logement ou à un environnement viable peuvent profondément différer. Une grossesse difficile ou non désirée, une naissance prématurée, une maladie ou simplement les conditions sociales dans lesquelles un enfant vient au monde montrent que ce qui peut apparaître comme une expérience intime engage immédiatement des dimensions collectives. La vie nous oblige ainsi à déplacer le problème : de quoi dépend la possibilité de vivre, et pourquoi ces conditions sont-elles si inégalement réparties ? Elle nous conduit aussi vers les autres repères – santé, alimentation, famille, économie, environnement, justice – et rappelle que protéger la vie n’est jamais une question strictement individuelle…

LE TEMPS

4 Mort Peur, souffrance et disparition…

  • peur
  • deuil
  • souffrance
  • déni de la mort
  • meurtre
  • suicide
  • génocide…

La mort appartient à l’expérience humaine tout en demeurant peut-être ce que nous cherchons le plus à tenir à distance. Elle peut être redoutée, pleurée, ritualisée, niée, infligée ou choisie. Elle peut concerner la fin d’une existence singulière comme prendre la dimension d’un meurtre, d’un suicide ou d’un génocide. « Où est alors le problème ? » Dans la mort elle-même, qui semble constituer une limite de la condition humaine, ou dans les manières très différentes dont nous la rencontrons, la représentons et lui donnons un sens ? La peur et le deuil renvoient à l’intime, mais les sociétés organisent aussi des rites, des mémoires, des interdits et des justices autour de la disparition. Certaines morts sont pleurées, d’autres invisibilisées. Certaines sont considérées comme tragiques, d’autres comme acceptables ou nécessaires. Interroger la mort revient donc à interroger tout à la fois notre rapport au vivant, à la souffrance, à la violence, à la mémoire et à la valeur que nous accordons aux existences…

LE TEMPS

5 Âge Grandir, vieillir, appartenir…

  • vieillissement
  • âgisme
  • rites imposés
  • marginalisation des jeunes ou des personnes âgées
  • inégalités entre les générations
  • conflits intergénérationnels…

L’âge semble être une donnée naturelle, mais il devient rapidement une construction sociale : il détermine des droits, des devoirs, des attentes, des rôles et parfois des exclusions. Être jeune ou vieux ne signifie pas seulement traverser une étape de la vie. Cela peut signifier être regardé comme trop jeune pour décider, trop vieux pour agir, trop inexpérimenté pour être entendu ou trop âgé pour être considéré comme pleinement utile. Les rites imposés, la marginalisation des jeunes ou des personnes âgées, les inégalités entre générations et les conflits intergénérationnels montrent que le problème se situe aussi dans la manière dont une société organise le passage du temps entre ses membres. Qui a le droit de parler au nom du présent ? Qui porte le passé ? Qui décidera de l’avenir ? Le repère de l’âge relie ainsi l’expérience singulière aux structures sociales et à la transmission : il nous invite à considérer non seulement les différences entre générations, mais les relations qu’elles entretiennent et la manière dont chacune imagine celles qui la précèdent et celles qui lui succéderont…

LE TEMPS

6 Santé Prendre soin…

  • maladie
  • épidémies
  • inégalités d’accès aux soins
  • négligence du corps…

La santé révèle une autre dimension essentielle du problème humain : nous ne disposons pas tous des mêmes possibilités de prendre soin de nous-mêmes, ni des mêmes moyens d’être soignés. La maladie peut toucher chacun dans son corps, son autonomie, son travail, ses relations et ses projets, mais elle devient aussi un problème collectif lorsque surgissent des épidémies, lorsque l’accès aux soins est inégal ou lorsque certaines populations sont davantage exposées que d’autres. À cela s’ajoute mon propre rapport au corps : que sais-je de lui ? Que suis-je en droit de lui demander ? Suis-je amené parfois à le négliger ? Pourquoi ? Comment ? La santé se trouve ainsi au croisement de la vie, de l’alimentation, de l’habitat, de l’économie, du savoir, de l’environnement et de la politique. « Où est le problème ? » lorsqu’il ne suffit pas de savoir ce qui soigne, mais qu’il faut encore se demander qui peut être soigné, par qui, dans quelles conditions et avec quelles ressources ?

LE TEMPS

7 Alimentation Se nourrir, nourrir, partager…

  • faim
  • malnutrition
  • famine
  • obésité
  • gaspillage
  • insécurité alimentaire
  • inégalités d’accès à la nourriture…

Manger paraît relever de l’évidence la plus élémentaire : pourtant, l’alimentation constitue un formidable révélateur des contradictions humaines. La faim et la malnutrition peuvent coexister avec l’obésité, le gaspillage avec l’insécurité alimentaire, l’abondance et le raffinement, voire le luxe, avec l'impossibilité pour certains d'accéder à une nourriture suffisante. Ce que nous mangeons engage notre corps et notre santé, mais aussi nos cultures, nos économies, nos territoires, nos croyances et nos relations avec les autres espèces et les ressources naturelles. Il faut donc demander non seulement qui mange quoi, mais qui produit, qui possède, qui distribue, qui décide et qui peut accéder à la nourriture. Le problème se déplace encore lorsque nous considérons les conséquences de nos choix sur les sols, l’eau, les animaux, les générations futures ou les populations qui produisent ce que d’autres consomment. Se nourrir est ainsi à la fois une nécessité individuelle, une pratique culturelle, une relation sociale et un enjeu planétaire…

LE TEMPS

8 Les cinq sens Percevoir le monde…

  • handiphobie
  • perte d’autonomie
  • déficit sensoriel…

Voir, entendre, toucher, goûter et sentir constituent parmi les premières manières par lesquelles chacun entre en relation avec le monde. Mais percevoir n’est jamais une expérience aussi simple qu’il y paraît : nos sens ne saisissent pas tout, ne sélectionnent pas tous les mêmes informations et sont eux-mêmes marqués par le corps, l’âge, l’environnement, l’expérience et la culture. Ce que je vois, ce que j’entends ou ce que je ressens peut ainsi différer de ce que perçoit l’autre, sans que l’un ou l’autre n’en ait nécessairement une perception « fausse ». Certaines différences sont liées aux capacités sensorielles, d’autres aux circonstances, aux habitudes ou aux apprentissages. Certaines peuvent conduire à une perte d’autonomie ou à des situations de handicap lorsque l’environnement n’est pas conçu pour accueillir cette diversité, et peuvent alors susciter préjugés ou discriminations. « Où est le problème ? » dans la manière dont nous percevons, dans les limites de nos sens, ou dans le monde que nous construisons à partir de ce que nous sommes capables de percevoir ? La question conduit à considérer autrement notre relation aux espaces, aux objets, aux images, aux sons, aux goûts, aux odeurs et aux autres corps, mais aussi à reconnaître que le monde que nous croyons commun est toujours, en partie, un monde perçu depuis une expérience singulière. Les cinq sens nous rappellent ainsi que comprendre le monde ne consiste pas seulement à savoir ce qu’il est, mais aussi à interroger la manière dont nous le percevons, ce que nous ne percevons pas et ce que nous faisons de la perception des autres…

LE TEMPS

9 Sexualité Désir, intimité, domination…

  • violences sexuelles ou fondées sur le genre
  • volonté de domination sexuelle
  • exploitation sexuelle…

La sexualité appartient à l’intime, mais elle n’est jamais uniquement une affaire privée. Elle engage le désir, le corps, l’identité, la relation à l’autre et les représentations qu’une société construit autour de ces expériences. Elle peut être espace de rencontre, de plaisir et d’expression de soi, mais aussi devenir le lieu de violences sexuelles ou fondées sur le genre, d’exploitation ou de domination. « Où est le problème ? » lorsque le désir de l’un rencontre la liberté de l’autre ? Et comment une société distingue-t-elle ce qui relève de l’intimité, de la contrainte, de la norme ou de la violence ? Les réponses varient selon les époques, les cultures et les systèmes de valeurs, tandis que les rapports de pouvoir peuvent s’inscrire jusque dans les relations les plus personnelles. Ce repère invite ainsi à ne pas isoler la sexualité du reste du problème humain car celle-ci touche à la liberté, au corps, à la famille, au droit, à la culture, aux croyances et aux représentations…

LE TEMPS

10 Histoire Ce que nous retenons, ce que nous oublions…

  • oubli de l’histoire
  • falsification de l’histoire
  • propagande
  • mémoires contradictoires
  • conflits historiques
  • transmission de la haine…

L’histoire ne constitue pas seulement ce qui s’est produit avant nous : elle est aussi ce que nous en retenons, ce que nous transmettons et ce que nous choisissons parfois d’oublier. Le problème apparaît lorsque les mémoires divergent, lorsque certains événements sont effacés ou falsifiés, lorsque la propagande transforme le passé en instrument du présent, ou lorsque des récits historiques concurrents deviennent eux-mêmes des sources de conflit. Ce qui est pour les uns une mémoire fondatrice peut être pour les autres celle d’une domination, d’une violence ou d’une humiliation. Qui raconte l’histoire ? Depuis quel lieu ? Avec quels mots, quelles sources et quelles omissions ? Ces questions concernent notre rapport au passé, mais aussi celui que nous entretenons avec les autres et avec l’avenir : transmettre la haine peut prolonger un conflit longtemps après les événements qui l’ont fait naître, tandis qu’une mémoire partagée peut contribuer à rendre possible une réconciliation. Interroger l’histoire, c’est donc aussi interroger les usages que nous faisons du temps et la manière dont le passé continue d’agir sur le présent…

LE TEMPS

11 Crises Ruptures et incertitudes…

  • ruptures
  • instabilité
  • catastrophes
  • bouleversements
  • pertes
  • incertitude
  • difficulté à s’adapter…

Une crise ne désigne pas seulement un événement grave : elle révèle souvent une rupture dans une manière habituelle de vivre, de penser ou d’organiser le monde. Elle peut prendre la forme d’une catastrophe, d’une instabilité politique ou économique, d’un bouleversement social, d’une perte personnelle ou d’une transformation environnementale. Elle introduit alors une incertitude qui affecte à la fois le moi, les autres et le monde commun : ce que je croyais stable ne l’est plus, ce qui nous liait peut se défaire, et ce qui semblait extérieur peut soudain m’atteindre directement. Mais une crise ne se réduit pas à ce qu’elle détruit. Elle oblige aussi à observer nos capacités d’adaptation, les solidarités qui apparaissent ou disparaissent, les décisions prises dans l’urgence et les conséquences parfois inattendues de ces décisions. « Où est le problème ? » dès lors dans une crise ? Dans la rupture elle-même, dans notre incapacité à nous y adapter, ou dans ce qu’elle révèle de fragilités qui existaient déjà ? La question ouvre immédiatement vers le temps, le pouvoir, l’économie, la société, l’environnement et les relations entre les générations…

L’ESPACE

12 Univers Accepter l’inconnu…

  • peur de l’inconnu
  • limites de la connaissance
  • conflits entre connaissances et croyances
  • mauvaise gestion de l’exploration spatiale…

L’univers élargit bien entendu l’échelle à laquelle nous pouvons poser le problème humain. Nous y découvrons à la fois l’immensité de ce que nous savons et les limites de ce que nous pouvons encore comprendre. La peur de l’inconnu, les interrogations sur notre origine et notre place, les conflits entre connaissances scientifiques et croyances ou encore les ambitions de l’exploration spatiale montrent que notre rapport à l’univers est autant une question de savoir qu’une question de sens. Mais dès lors que nous devenons capables d’explorer, d’observer et éventuellement d’exploiter des espaces qui ne sont pas notre environnement immédiat, de nouvelles interrogations apparaissent : jusqu’où voulons-nous aller, pourquoi, avec quels moyens et avec quelles responsabilités ? L’univers nous confronte ainsi à notre petitesse comme à notre puissance, à notre désir de connaître comme à notre tentation de considérer tout espace accessible comme un espace disponible. Il oblige surtout à replacer le problème humain dans une histoire et une géographie qui dépassent considérablement l’échelle de nos existences…

L’ESPACE

13 Environnement Transformer ce dont nous dépendons…

  • pollution
  • réchauffement climatique
  • destruction des écosystèmes
  • catastrophes naturelles
  • déforestation
  • sécheresse
  • inondations
  • incendies…

Où commence et où s’arrête le problème lorsque ce qui nous entoure agit sur nous autant que nous agissons sur lui ? L’environnement n’est jamais un simple décor : il conditionne nos possibilités de vivre, de nous nourrir, de nous déplacer, de nous protéger et de transmettre. Pollution, réchauffement climatique, déforestation, sécheresses, inondations ou incendies révèlent ainsi des interdépendances qui rendent difficile la séparation entre le problème de celui qui agit, celui de celui qui subit et celui d’un milieu qui ne peut pas toujours faire entendre ses propres intérêts. Une transformation produite ici peut avoir des conséquences ailleurs. Une décision prise aujourd’hui peut modifier les conditions d’existence de personnes qui ne sont pas encore nées. Mais la question environnementale oblige aussi à regarder les inégalités : qui bénéficie des ressources, qui supporte les dégradations, qui peut se protéger, qui doit partir ? Le problème n’est donc pas seulement celui de l’environnement que nous transformons, mais celui de la relation que nous entretenons avec ce dont nous dépendons…

L’ESPACE

14 Espèces Vivre parmi les autres vivants…

  • extinction des espèces
  • destruction des habitats
  • exploitation animale
  • perte de biodiversité
  • déséquilibres écologiques…

Le problème humain apparaît sous un autre jour lorsque nous cessons de considérer les autres espèces comme un simple environnement de notre existence. Nous dépendons d’une multitude d’êtres vivants, dont certains nous nourrissent, nous protègent ou participent aux équilibres dont nous bénéficions, tandis que nos activités peuvent simultanément détruire leurs habitats, provoquer leur exploitation ou contribuer à leur disparition. L’extinction d’une espèce, la perte de biodiversité ou le déséquilibre d’un écosystème ne sont donc pas seulement des problèmes écologiques : ils interrogent la place que nous nous attribuons parmi les vivants. Que signifie vivre avec les autres espèces lorsque nos intérêts ne coïncident pas toujours avec les leurs ? La question concerne notre alimentation, notre économie, nos territoires et nos sciences, mais aussi nos représentations et notre capacité à reconnaître une valeur à ce qui n’est pas humain. Elle conduit ainsi à prolonger le triptyque moi, l’autre, le monde : l’autre peut être humain, mais il peut aussi être un autre vivant avec lequel nous partageons les conditions mêmes de notre existence…

L’ESPACE

15 Matière Prélever, transformer, consommer…

  • extraction et exploitation excessives
  • épuisement des ressources
  • artificialisation des sols
  • déchets
  • surconsommation
  • gaspillage…

Avant même de devenir objets, bâtiments, machines ou déchets, les choses qui nous entourent sont matière. Nous extrayons des minerais, transformons des sols, prélevons des ressources, fabriquons, consommons puis rejetons une quantité considérable de matière. Le problème apparaît lorsque notre capacité à transformer le monde dépasse notre capacité à en mesurer les conséquences : épuisement des ressources, artificialisation des terres, accumulation des déchets, gaspillage et surconsommation témoignent d’un rapport à la matière qui semble souvent considérer comme disponible ce qui est pourtant limité. Mais la question est aussi sociale et géopolitique : qui extrait, qui transforme, qui consomme et qui supporte les conséquences de ces activités ? Une matière peut être indispensable à mon quotidien tout en provenant d’un territoire lointain dont je ne connais ni les conditions d’extraction ni les populations qui en dépendent. Ce repère nous rappelle ainsi que derrière chaque objet se trouvent des ressources, des lieux, des personnes, des savoir-faire et des transformations qui relient intimement le quotidien individuel aux dimensions économiques, sociales et planétaires du problème humain…

L’ESPACE

16 Mouvement Mettre en mouvement le monde…

  • exil
  • migrations forcées
  • conflits aux frontières
  • congestion
  • accidents
  • inégalités en matière de mobilité…

Le mouvement est partout : celui des personnes et des animaux, celui des marchandises et des informations, celui des véhicules et des ressources, mais aussi celui des sociétés et des transformations qui traversent le monde. Se déplacer peut être un choix, une nécessité, un plaisir, une contrainte ou une impossibilité. Les modes de locomotion et les infrastructures qui rendent ces déplacements possibles ont profondément transformé nos manières d’habiter, de travailler, de commercer et de rencontrer les autres, tout en produisant leurs propres problèmes : congestion, accidents, consommation d’énergie, pollution, artificialisation des espaces ou impacts sur les milieux. La mobilité elle-même demeure profondément inégale : certains peuvent franchir les distances et les frontières avec facilité, quand d’autres ne peuvent ni partir, ni circuler, ni parfois accéder aux moyens de transport nécessaires à leur vie quotidienne. Le mouvement peut alors devenir exil, migration forcée, fuite devant une guerre, déplacement imposé par une catastrophe ou transformation contrainte d’un lieu de vie. « Où est le problème ? » Dans le fait de bouger, dans les conditions de ce mouvement, dans ce qu’il produit ou dans ceux qu’il laisse immobiles ? La question conduit également à considérer le droit de rester, de partir, de revenir ou d’accueillir, et fait des frontières un lieu particulièrement révélateur des rapports entre mobilité et pouvoir. Le mouvement met ainsi en relation le moi, les autres et le monde, mais aussi le temps, l’espace, la société, l’économie, les techniques et l’environnement. Comprendre le problème du mouvement, c’est finalement chercher à savoir comment nous voulons mettre le monde en mouvement sans rendre le mouvement lui-même invivable, inaccessible ou destructeur…

L’ESPACE

17 Habitat Où pouvoir vivre ?…

  • sans-abrisme
  • insécurité
  • surpeuplement
  • logements insalubres ou dangereux
  • déplacements forcés
  • ségrégation…

Habiter ne consiste pas seulement à disposer d’un toit. Un logement peut protéger, permettre l’intimité, inscrire une personne dans un quartier et dans une communauté. Son absence ou sa précarité peuvent au contraire produire insécurité, isolement et vulnérabilité. Sans-abrisme, surpeuplement, logements dangereux ou insalubres, déplacements forcés et ségrégation montrent que l’accès à l’habitat dépend largement des ressources, des politiques publiques, du marché et des rapports de pouvoir. Mais l’habitat pose aussi une question plus fondamentale : où avons-nous le droit de vivre et dans quelles conditions ? Cette question devient particulièrement forte lorsque des populations sont déplacées, lorsqu’un territoire devient inaccessible ou lorsque certaines personnes sont progressivement repoussées vers des espaces moins favorables. Habiter engage donc à la fois le corps et l’espace, l’intime et le collectif, le présent et l’avenir. Il révèle ainsi que le problème du logement est aussi celui de la place que chacun peut occuper dans le monde commun…

LA SOCIÉTÉ

18 Société Faire tenir ensemble…

  • inégalités sociales
  • exclusion
  • marginalisation
  • conflits sociaux
  • désintégration des liens sociaux…

Ainsi que l’intitulé de la variable elle-même le devançait, le repère de la société ne tient pas seulement parce que des individus vivent au même endroit : il renvoie à des relations, des règles, des institutions, des solidarités et des représentations suffisamment partagées pour permettre une coexistence. Le problème apparaît alors quand ces liens se fragilisent : inégalités, exclusion, marginalisation, conflits sociaux ou perte de confiance peuvent transformer la différence en distance et la distance en séparation. Mais la question est plus profonde encore : qu’est-ce qui nous permet de faire société malgré ce qui nous distingue ? Qui est inclus dans le « nous » ? Qui en est exclu ? Qui bénéficie de la protection collective et qui en reste à l’écart ? La société devient ainsi un lieu où se rencontrent les expériences individuelles et les structures collectives qui les rendent possibles ou les limitent. Elle doit également composer avec des transformations historiques, économiques, technologiques et culturelles qui modifient continuellement les formes du vivre-ensemble, tout en reflétant notre capacité à construire des relations suffisamment ouvertes pour que la diversité puisse devenir une composante du commun plutôt qu’une cause de fragmentation…

LA SOCIÉTÉ

19 Humanité Qui incluons-nous dans l’humain ?…

  • discrimination
  • racisme
  • xénophobie
  • misanthropie…

Parler de l’humanité semble désigner l’ensemble des êtres humains. Pourtant, l’histoire montre combien cette évidence a été et demeure fragile. Discriminations, racisme, xénophobie ou mépris de l’autre révèlent que certains groupes peuvent être considérés comme moins légitimes, moins dignes ou moins pleinement humains que ceux qui parlent depuis un « nous » dominant. Le problème se situe alors au cœur même du mot humanité : qui incluons-nous lorsque nous disons « nous, les humains » ? La question rejoint notre triptyque, car l’autre peut être reconnu comme semblable tout en demeurant traité comme inférieur, étranger ou indésirable. Elle engage aussi l’histoire, les cultures, les pouvoirs, les récits et les systèmes économiques qui ont parfois donné une justification à ces hiérarchies. Mais elle nous oblige surtout à examiner nos propres catégories : une humanité véritablement commune peut-elle se construire si certains doivent encore démontrer qu’ils y appartiennent ? Le problème humain devient alors paradoxalement celui de notre capacité à reconnaître l’unité de l’espèce sans effacer la diversité de ceux qui la composent…

LA SOCIÉTÉ

20 Famille Le premier « nous »…

  • violences domestiques
  • mariages forcés
  • abandon
  • séparations difficiles
  • conflits familiaux
  • isolement
  • veuvage difficile…

La famille constitue pour beaucoup le premier espace dans lequel se construisent l’attachement, la confiance, la transmission et le sentiment d’appartenance. Mais ce premier « nous » peut aussi être traversé par des tensions, des violences, des abandons, des séparations ou des obligations imposées. Mariage forcé, violence domestique, conflits familiaux, isolement ou difficultés liées au veuvage montrent que les relations les plus proches ne sont pas nécessairement les plus simples. La famille est également un lieu où se rencontrent plusieurs générations, plusieurs conceptions de la vie et plusieurs héritages culturels. Ce qui semble aller de soi pour les uns peut devenir incompréhensible pour les autres. « Où est le problème ? » lorsque le cadre supposé protéger devient lui-même une source de vulnérabilité ? Et inversement, comment préserver les liens sans transformer l’appartenance en contrainte ? Le repère de la famille ouvre ainsi sur presque toute la complexité du problème humain : le corps, l’âge, la sexualité, la culture, l’économie, les sentiments, le pouvoir, la transmission et la manière dont chacun apprend, dès ses premières relations, à être soi parmi les autres…

LA SOCIÉTÉ

21 Culture Habiter des mondes différents…

  • ethnocentrisme
  • acculturation
  • disparition des cultures
  • incompréhensions interculturelles
  • appropriation culturelle
  • conflits identitaires…

La culture nous donne des manières de nommer, de comprendre, de croire, de créer et d’entreprendre le monde. Elle constitue ainsi une richesse essentielle, mais peut aussi devenir une frontière lorsque nous prenons notre propre manière de vivre pour une évidence universelle. Ethnocentrisme, acculturation, disparition de cultures, incompréhensions interculturelles, appropriation culturelle ou conflits identitaires témoignent de cette ambivalence. « Où est le problème ? » lorsque ce qui nous permet de nous reconnaître devient aussi ce qui nous empêche de reconnaître l’autre ? La question ne consiste ni à nier les différences ni à les enfermer dans des identités immuables, mais à comprendre comment les cultures se rencontrent, se transforment, s’influencent et parfois se dominent. Une culture peut transmettre un héritage tout en étant elle-même transformée par ceux qui la reçoivent. Elle peut protéger une mémoire tout en devenant un lieu de conflit sur ce qui mérite d’être conservé. Le problème culturel est ainsi inséparable de l’histoire, des langues, des récits, des rapports de pouvoir et de la capacité à faire de la diversité non pas un obstacle à la compréhension, mais une condition de son approfondissement…

LA SOCIÉTÉ

22 Jeux & sports Jouer, apprendre, se dépasser…

  • compétition excessive
  • tricherie
  • violence
  • dopage
  • marchandisation
  • discrimination…

Jouer et pratiquer un sport constituent des manières particulièrement riches d’éprouver et de développer nos capacités : apprendre à respecter des règles, découvrir ses propres limites, exercer son corps, développer son attention, sa coordination et sa persévérance, éprouver le plaisir de l’effort, du collectif comme celui de la réussite... Toutefois ces potentialités peuvent aussi se retourner lorsqu’ils deviennent soumis à des enjeux qui les dépassent, lorsque gagner compte davantage que jouer, lorsque la performance importe davantage que la personne, lorsque l’adversaire cesse d’être un partenaire de jeu pour devenir celui qu’il faut à tout prix vaincre ? Le problème se déplace alors du jeu lui-même vers les valeurs que nous y projetons et les usages que nous en faisons. « Où est le problème ? » Dans la compétition, dans notre manière de la vivre, dans les intérêts qui s’y attachent ou dans ce que nous sommes prêts à sacrifier pour gagner ? Les jeux et les sports nous offrent ainsi un espace privilégié pour observer une question profondément humaine : comment faire de la règle une condition de la liberté, de la confrontation une occasion de rencontre et du dépassement de soi une expérience qui n’exige pas la défaite ou l’exclusion de l’autre ?...

LE SAVOIR

23 Savoir Ce que nous savons, ce que nous ignorons…

  • ignorance
  • obscurantisme
  • inégalités d’accès aux connaissances
  • perte des savoirs…

Le savoir, l’une de nos sept variables, aide l’humanité à comprendre ce qui l’entoure, à transmettre ce qu’elle a appris et à élargir ce qu’elle est capable de faire. Il permet à chacun de mieux se situer dans son corps, son environnement, avec les autres et sa propre histoire. Il rend possibles l’apprentissage, la découverte, l’invention, la transmission et l’action. Mais le savoir n’est jamais une réalité abstraite ou uniformément accessible : il existe sous des formes multiples, scientifiques, techniques, pratiques, artistiques, locales, traditionnelles, expérientielles, symboliques, et circule dans des sociétés qui décident, consciemment ou non, de ce qui sera enseigné, conservé, valorisé ou oublié. « Où est alors le problème ? » Dans ce que nous ignorons, dans ce que nous croyons savoir, dans ce qui nous est inaccessible, ou dans la manière dont nous utilisons ce que nous savons ? L’ignorance peut être une simple limite de notre connaissance, mais elle peut aussi résulter d’une exclusion, d’une confiscation, d’un obscurantisme ou de la disparition de savoirs. À l’inverse, l’abondance ne garantit ni la compréhension ni la capacité de discerner. Le savoir peut enfin devenir un instrument de pouvoir lorsqu’il est réservé à certains, ou perdre une part de sa richesse lorsqu’un type de connaissance prétend suffire à lui seul pour rendre compte du monde. Le problème humain est donc de savoir ce que nous savons, ce que nous ne savons pas, d’où viennent nos connaissances, quelles sont leurs limites, comment elles peuvent dialoguer entre elles et comment rendre leur accès plus largement possible.

LE SAVOIR

24 Éducation Que voulons-nous transmettre ?…

  • analphabétisme
  • inégalités éducatives
  • décrochage scolaire
  • endoctrinement
  • manque de ressources
  • exclusion scolaire…

Éduquer, c’est toujours faire un choix sur ce qui mérite d’être transmis à ceux qui viennent après nous. Le problème éducatif ne réside donc pas uniquement dans l’illettrisme, le décrochage scolaire, le manque de ressources ou les inégalités d’accès à l’école. Il concerne aussi les contenus, les méthodes, les valeurs et les représentations que l’éducation contribue à reproduire. Que voulons-nous que l’autre sache, comprenne, devienne capable de faire ou de remettre en question ? L’éducation peut émanciper, mais elle peut aussi exclure, conformer, endoctriner ou reproduire des inégalités déjà présentes dans la société. Elle se trouve ainsi au croisement du savoir et du pouvoir, de la culture et de l’avenir, de l’individu et du collectif. Elle engage particulièrement la relation entre générations : ceux qui enseignent transmettent quelque chose du monde qu’ils ont reçu, mais ceux qui apprennent connaîtront un monde qui sera sensiblement différent de celui de leurs enseignants. Le problème humain de l’éducation consiste peut-être alors à transmettre suffisamment pour permettre d’hériter, et suffisamment de liberté pour permettre de transformer l’héritage…

LE SAVOIR

25 Pensée Être capable de penser autrement…

  • préjugés
  • dogmatisme
  • conformisme
  • manipulation
  • enfermement intellectuel…

Penser n’est pas seulement avoir des idées : c’est pouvoir examiner celles que nous avons, les confronter, les modifier et éventuellement les abandonner. Le problème apparaît lorsque la pensée se ferme dans le préjugé, le dogmatisme, le conformisme ou la manipulation, ou lorsqu’un individu ou un groupe ne rencontre plus que des idées qui confirment les siennes. Comment savoir si ce que nous pensons est réellement le fruit de notre pensée ? La question devient particulièrement importante dans un environnement saturé d’informations, d’influences et de récits qui peuvent orienter nos perceptions sans que nous en ayons conscience. L’ouverture de la pensée suppose la capacité de les examiner, de les argumenter et d’en reconnaître les limites. Penser avec les autres implique également d’accepter qu’une autre perspective puisse modifier la nôtre. Le problème est donc tout à la fois de défendre sa liberté de penser, et de développer les conditions intellectuelles et culturelles qui rendent cette liberté effectivement possible…

LE SAVOIR

26 Science Savoir peut-il tout justifier ?…

  • détournement des découvertes
  • instrumentalisation des sciences
  • méfiance
  • conflits avec les croyances
  • limites éthiques
  • risques technologiques…

La science a considérablement étendu notre capacité à comprendre et à transformer le monde. Mais cette puissance même fait surgir de nouveaux problèmes : une découverte peut soigner comme elle peut être détournée. Une technologie peut libérer comme elle peut surveiller. Une connaissance peut éclairer une décision comme elle peut être instrumentalisée à d’autres fins. La question revient ainsi à savoir ce que la science permet et ce que nous décidons d’en faire. La méfiance envers les sciences, les conflits avec certaines croyances, l’instrumentalisation de résultats scientifiques ou les interrogations éthiques autour des nouvelles technologies montrent que la production de connaissances ne dispense jamais de réfléchir à leurs usages et à leurs conséquences. Le problème se situe ainsi dans la relation entre savoir et pouvoir : qui produit la connaissance, qui la finance, qui l’utilise, qui peut en contrôler les effets ? La science ne peut répondre seule à ces questions, car elles engagent aussi la société, l’économie, les valeurs et notre conception du futur…

LE SAVOIR

27 Arts Créer, représenter, faire voir…

  • censure
  • destruction du patrimoine
  • accès inégal aux arts
  • appropriation idéologique
  • marchandisation…

L’art peut donner forme à une émotion, une mémoire, une injustice, une vision du monde ou une expérience impossible à réduire à une explication. Toutefois cette liberté de créer et de représenter est elle-même traversée par des rapports de pouvoir. Censure, destruction du patrimoine, accès inégal aux arts, appropriation idéologique ou commercialisation montrent que les œuvres ne circulent jamais dans un espace totalement neutre. Qui peut créer ? Qui peut être représenté ? Qui décide de ce qui mérite d’être conservé, montré ou transmis ? L’art peut contester les représentations dominantes, mais il peut aussi les reproduire. Il peut rapprocher des cultures, mais aussi devenir objet d’appropriation ou de marchandisation. Il entretient ainsi une relation singulière avec le problème humain : là où le savoir cherche souvent à expliquer, l’art peut nous obliger à regarder autrement, à ressentir ce que nous ne comprenions pas et à envisager ce qui n’existait pas encore. Il devient alors un reflet du monde, et une manière de modifier ce que nous sommes capables d’y voir…

LE SAVOIR

28 Croyance & non-croyance Vivre avec des convictions différentes…

  • fanatisme
  • fondamentalisme
  • sectarisme
  • intolérance
  • persécution
  • conflits religieux
  • athéophobie…

Croire ou ne pas croire engage profondément la manière dont chacun interprète son existence, le monde et sa relation aux autres. Mais lorsque certaines convictions prétendent s’imposer comme les seules légitimes, la différence peut devenir intolérance, persécution, sectarisme ou conflit. Le problème apparaît alors lorsque la conviction de l’un ne laisse plus de place à l’existence de l’autre. Fanatismes et fondamentalismes peuvent transformer une croyance en système de séparation, tandis que l’athéophobie ou d’autres formes de rejet peuvent faire de la non-croyance elle-même un motif d’exclusion. La question rejoint celle du savoir et de la vérité, mais aussi celle du pouvoir : qui peut croire, qui peut pratiquer, qui peut transmettre, qui peut interdire ? Elle conduit à une interrogation plus vaste sur la possibilité de vivre ensemble lorsque les conceptions les plus fondamentales de l’existence divergent. Comment rendre dès lors possible une coexistence dans laquelle la conviction personnelle n’abolit pas la liberté de l’autre ?...

LE SAVOIR

29 Sens Donner une signification au monde…

  • manipulation des symboles
  • perte de sens
  • conflits d’interprétation
  • incapacité définitoire…

Nous ne vivons pas seulement parmi des choses et des événements : nous leur attribuons des significations. Un geste, un mot, une image, un rite ou un symbole peuvent prendre des sens différents selon les personnes, les cultures, les époques et les situations. Le problème apparaît lorsque ces significations se perdent, se transforment, sont manipulées ou deviennent impossibles à partager. Que voulons-nous dire lorsque nous disons que quelque chose « a du sens » ? Et que se passe-t-il lorsque le même signe ne signifie plus la même chose pour moi et pour l’autre ? La difficulté peut conduire à des conflits d’interprétation, mais aussi à une forme plus radicale de désorientation lorsque les cadres qui donnaient auparavant du sens à l’existence ne fonctionnent plus. Ce repère touche ainsi aux langues, aux récits, aux croyances, aux arts, aux nombres et à la communication, mais aussi à la question fondamentale de notre capacité à nous comprendre. Donner du sens est certes un acte individuel, mais nous construisons aussi une partie de nos significations avec les autres, dans des histoires et des cultures qui nous précèdent et que nous transformons à notre tour…

LE SAVOIR

30 Nombres Mesurer sans réduire…

  • obsession de la mesure
  • réduction de la réalité à des nombres
  • manipulation statistique
  • inégalités quantifiées
  • erreurs de calcul ou d’interprétation…

Les nombres permettent de mesurer, de comparer, de prévoir et parfois de rendre visible ce qui resterait autrement difficile à saisir. Ils peuvent ainsi contribuer puissamment à la compréhension d’un problème. Cependant que se passe-t-il lorsque ce qui est mesurable finit par être considéré comme plus réel que ce qui ne l’est pas ? L’obsession de la mesure peut conduire à réduire des réalités complexes à quelques indicateurs, à manipuler les statistiques ou à confondre la précision d’un calcul avec la justesse de son interprétation. Un chiffre dit-il ce que nous croyons lui faire dire ? Une moyenne peut masquer des écarts considérables. Un indicateur peut rendre visible une inégalité tout en dissimulant les histoires humaines qui la composent. Les nombres sont donc à la fois des outils de connaissance et des instruments possibles de pouvoir : ceux qui choisissent ce qui est mesuré, la manière de le mesurer et la manière de présenter les résultats influencent aussi la perception du problème. Ce repère nous invite ainsi à conserver une vigilance essentielle : mesurer le monde peut nous aider à le comprendre, à condition de ne pas confondre le monde avec ce que nous sommes parvenus à mesurer…

LE SAVOIR

31 Questions Pouvoir encore questionner…

  • absence de questionnement
  • peur de poser des questions
  • autocensure
  • curiosité étouffée…

Un problème peut demeurer invisible non parce qu’il serait impossible à voir, mais parce que personne n’ose, ne pense ou n’est autorisé à poser la question qui permettrait de le faire apparaître. Questionner suppose en effet une certaine liberté : liberté de douter, de demander pourquoi, de contester une évidence, de formuler autrement ce qui semble déjà établi. La peur de poser certaines questions, l’autocensure ou l’étouffement de la curiosité peuvent ainsi constituer des problèmes en eux-mêmes. « Où est le problème ? » lorsque la question devient plus difficile à formuler que la réponse à laquelle on nous demande d’adhérer ? À l’échelle individuelle, il peut s’agir d’un doute que je n’ose exprimer. À l’échelle collective, d’un sujet devenu interdit. À l’échelle du monde, d’une réalité que personne ne souhaite regarder parce qu’elle remettrait en cause des intérêts ou des certitudes. Questionner ne garantit évidemment pas de trouver une solution, mais permet au moins de vérifier que nous sommes en train de chercher au bon endroit…

LE SAVOIR

32 Vérité Ce que nous tenons pour vrai…

  • mensonges
  • propagande
  • manipulation
  • dogmatisme
  • vérités imposées…

La vérité semble être ce vers quoi toute recherche devrait tendre, mais l’histoire humaine montre combien il peut être difficile de la distinguer du mensonge, de la propagande, de la manipulation ou de la simple conviction. Le problème ne consiste pas seulement à savoir si quelque chose est vrai : il concerne aussi qui affirme, sur quelles preuves, depuis quelle position et avec quelle possibilité de contradiction. Une vérité peut être recherchée, démontrée, interprétée, contestée ou imposée. À l’échelle individuelle, je peux me tromper tout en étant sincèrement convaincu d’avoir raison. Collectivement, un récit répété peut acquérir la force d’une évidence. Politiquement, une vérité imposée peut devenir un instrument de pouvoir. Le problème devient alors particulièrement délicat : comment rechercher ce qui est vrai sans transformer notre propre certitude en vérité exclusive ? La question rejoint le savoir, la pensée, les médias, les récits et les technologies numériques, et rappelle qu’une société capable de chercher la vérité doit aussi être capable de supporter la contradiction…

LE POUVOIR

33 Pouvoir Gouverner, décider, représenter …

  • autoritarisme
  • dictature
  • corruption
  • abus de pouvoir
  • oppression
  • concentration du pouvoir…

Vivre ensemble suppose de décider de règles communes, de désigner ceux qui les élaborent ou les appliquent, d’organiser les institutions et de déterminer la manière dont une collectivité entend conduire son avenir. Le pouvoir politique donne ainsi une forme à la vie commune : il peut protéger des droits, organiser des services, arbitrer des conflits, représenter une population, conduire une politique ou engager une société dans certaines directions. Mais il soulève aussitôt des questions essentielles : qui gouverne, au nom de qui, selon quelles règles, avec quelle légitimité et avec quels contre-pouvoirs ? La démocratie, les différentes formes de représentation, la séparation des pouvoirs, les élections, les constitutions ou encore la participation citoyenne constituent autant de manières historiquement élaborées de répondre à ces questions, sans qu’aucune ne les épuise définitivement. Car le pouvoir peut se concentrer, devenir autoritaire, être détourné par la corruption ou s’exercer au détriment de ceux qu’il est pourtant censé représenter. Il peut aussi produire des décisions dont les conséquences dépassent largement ceux qui les prennent, affectant d’autres populations, d’autres territoires ou les générations à venir. « Où est alors le problème ? » Dans celui qui détient le pouvoir, dans la manière dont il l’exerce, dans les règles qui l’encadrent, ou dans la possibilité même pour ceux qui le subissent de participer à sa transformation ? Le pouvoir politique nous conduit ainsi à regarder simultanément le citoyen, la communauté politique et le monde dans lequel les décisions s’inscrivent, en gardant à l’esprit qu’une décision collective n’est jamais seulement une affaire de gouvernants : elle questionne aussi la capacité ou non des gouvernés à comprendre, contester, participer et construire les conditions du monde commun…

LE POUVOIR

34 Violence & sécurité Se protéger sans produire de nouvelles violences…

  • violences physiques et psychologiques
  • insécurité
  • répression
  • peur
  • violences liées à la sécurité…

La violence apparaît lorsqu’une personne, un groupe ou une institution porte atteinte à l’intégrité physique ou psychologique d’un autre, mais la question de la sécurité rend immédiatement le problème plus complexe. Se protéger contre une violence peut conduire à exercer une autre forme de contrainte. Prévenir un danger peut justifier une surveillance. Maintenir l’ordre peut produire de la peur ou de la répression. Jusqu’où pouvons-nous aller pour nous protéger, et à partir de quel moment la protection devient-elle elle-même une violence ? La question concerne l’individu qui cherche à se sentir en sécurité, les sociétés qui organisent cette sécurité et les pouvoirs auxquels elles délèguent le droit d’employer la force. Elle concerne également ceux qui sont plus exposés que d’autres à l’insécurité ou à la violence. Le problème ne peut donc être réduit à une opposition entre violence et absence de violence : il faut encore interroger les causes de l’insécurité, les moyens employés pour y répondre, leur légitimité et leurs conséquences. La sécurité n’a de sens humain que si elle protège sans rendre certains autres moins libres, moins dignes ou moins en sécurité…

LE POUVOIR

35 Justice Rendre à chacun ce qui lui est dû ?…

  • criminalité
  • injustices
  • impunité
  • corruption
  • inégalités devant la loi
  • arbitraire des lois
  • violations des droits…

Qu’est-ce qui est juste, et pour qui ? L’existence de lois ne garantit pas nécessairement la justice, pas plus que l’égalité formelle devant la règle ne supprime les inégalités réelles entre ceux qui doivent la respecter. Criminalité, impunité, corruption, discriminations, droits bafoués ou lois arbitraires montrent que la justice se situe toujours à la rencontre du droit, du pouvoir et des valeurs. Elle concerne celui qui subit une injustice, celui qui est accusé, celui qui juge et l’ensemble de la société qui définit les règles communes. Elle se déploie également dans le temps : faut-il réparer aujourd’hui les injustices héritées du passé ? Comment rendre justice lorsque les responsables ne sont plus là ? Le problème humain de la justice ne consiste donc pas seulement à appliquer des règles, mais à chercher les conditions dans lesquelles une règle peut être reconnue comme légitime et une réparation comme équitable…

LE POUVOIR

36 Paix & guerre Organiser le désaccord…

  • conflits
  • guerres
  • course aux armements
  • militarisme
  • violences armées
  • déplacements forcés
  • destruction
  • absence de réconciliation…

La guerre représente l’une des formes les plus visibles et les plus destructrices de l’incapacité humaine à résoudre certains conflits autrement que par la violence. Mais la paix ne saurait être simplement définie comme l’absence de guerre. Elle suppose de comprendre les désaccords, les rapports de force, les blessures, les intérêts et les mémoires qui peuvent continuer d’alimenter un conflit après la fin des combats. Guerres, militarisme, course aux armements, déplacements forcés et destructions engagent les individus comme les sociétés, tandis que les décisions prises par quelques-uns peuvent affecter des populations entières et plusieurs générations. Comment passer de la victoire à la réconciliation, de la cessation des combats à la possibilité de vivre à nouveau ensemble ? La question conduit à considérer le problème non seulement du côté de celui qui attaque et de celui qui se défend, mais aussi du côté de ceux qui subissent, de ceux qui fuient et de ceux qui devront reconstruire. La paix apparaît alors moins comme un état définitif que comme un travail continu sur les relations qui permettent au désaccord de ne pas devenir destruction…

L’ÉCONOMIE

37 Action Faire, ne pas faire, produire des conséquences…

  • inaction
  • travail inutile
  • surproduction
  • conséquences involontaires…

Entre identifier un problème et le résoudre se trouve l’action, avec tout ce qu’elle comporte d’incertitude. Ne rien faire peut avoir des conséquences aussi importantes que faire trop vite. Agir avec de bonnes intentions ne garantit pas un résultat souhaitable. Une décision peut produire des effets que personne n’avait anticipés. Le problème apparaît ainsi dans l’écart entre ce que nous voulons faire, ce que nous faisons effectivement et ce que notre action produit. L’inaction peut préserver une situation devenue intenable, tandis qu’une activité excessive peut multiplier les interventions inutiles, le travail sans finalité ou la surproduction. Cette question traverse toutes les autres variables : le pouvoir décide, l’économie produit, la science transforme, la communication influence, la société organise. Mais elle introduit surtout une dimension prospective : avant d’agir, pouvons-nous envisager plusieurs conséquences possibles ? Et après avoir agi, sommes-nous capables de reconnaître que le résultat n’est peut-être pas celui que nous espérions ? Poser le problème de l’action, c’est donc apprendre à agir sans confondre mouvement et progrès, intention et conséquence, décision et solution…

L’ÉCONOMIE

38 Occupation Travailler, vivre de son travail…

  • chômage
  • précarité
  • exploitation
  • conditions de travail pénibles
  • esclavage
  • discrimination
  • épuisement professionnel
  • perte de sens
  • inégalités professionnelles…

Le travail permet de produire, de gagner sa vie, de développer des compétences, de rencontrer d’autres personnes et parfois de donner une signification à son existence. Mais il peut aussi devenir précarité, exploitation, discrimination, épuisement, perte de sens ou exclusion. Le problème ne réside donc pas seulement dans le fait d’avoir ou de ne pas avoir un travail, mais dans les conditions dans lesquelles chacun peut exercer une activité et dans la place que cette activité occupe dans sa vie. Que faisons-nous de notre temps lorsque travailler devient une nécessité absolue, et que devient notre existence lorsque notre travail cesse d’avoir du sens ? Les transformations technologiques et économiques déplacent encore la question : certains métiers disparaissent, d’autres apparaissent, tandis que les gains de productivité ne sont pas nécessairement répartis de manière égale. Le travail nous conduit ainsi du moi à la société et au monde économique : il engage le corps, le savoir, l’argent, le pouvoir, la reconnaissance et le temps. Le problème humain est alors aussi de savoir comment faire du travail une activité au service de la vie…

L’ÉCONOMIE

39 Commerce Échanger sans tout transformer en marchandise…

  • fraude
  • concurrence déloyale
  • monopoles
  • surconsommation
  • marchandisation…

Le commerce organise une grande partie des échanges humains : il permet de faire circuler des biens, des services, des savoir-faire et des ressources entre des personnes et des territoires éloignés. Mais l’échange devient problématique lorsqu’il repose sur la fraude, la tromperie, la concurrence déloyale, les monopoles ou une relation profondément déséquilibrée entre ceux qui vendent et ceux qui achètent. La question s’élargit encore lorsque tout peut progressivement devenir une marchandise : quelles réalités voulons-nous soumettre à l’échange marchand, et lesquelles considérons-nous comme relevant d’un autre ordre ? L’eau, les données, les connaissances, le vivant ou certaines productions culturelles peuvent ainsi être envisagés simultanément comme ressources, biens communs, droits ou marchandises selon les sociétés et les intérêts en présence. Le commerce relie donc intimement l’individu consommateur aux systèmes économiques mondiaux qui rendent son choix possible. Derrière chaque échange se trouvent des producteurs, des intermédiaires, des ressources et des règles. Comprendre le problème suppose dès lors de regarder ce que l’échange rapproche, mais aussi ce qu’il peut rendre invisible…

L’ÉCONOMIE

40 Argent Mesurer la valeur ?…

  • cupidité
  • avarice
  • pauvreté
  • corruption
  • endettement
  • spéculation
  • domination
  • inégalités…

L’argent facilite l’échange, permet d’épargner, d’investir et de donner une mesure commune à des réalités très différentes. Mais il peut aussi devenir une fin en soi et transformer profondément les relations entre les personnes. Pauvreté, richesse, endettement, spéculation, corruption, avidité ou domination révèlent les tensions d’un système dans lequel l’accès aux ressources dépend largement de la capacité à disposer d’argent. Que mesure réellement l’argent : la valeur d’une chose, son prix, sa rareté, le pouvoir qu’elle procure, ou simplement la capacité de quelqu’un à l’acquérir ? Une même somme peut représenter une possibilité minime pour l’un et considérable pour l’autre. L’argent relie ainsi l’expérience intime – pouvoir se loger, se nourrir, se soigner, transmettre – à des systèmes économiques qui dépassent largement l’individu. Il pose également la question de ce qui échappe au calcul marchand : le temps donné, la solidarité, les relations, les savoirs ou le vivant…

L’ÉCONOMIE

41 Partage Ce que nous acceptons de mettre en commun…

  • égoïsme
  • accumulation
  • inégalités
  • exclusion
  • manque de solidarité
  • indifférence à l’autre…

Partager paraît être l’un des gestes les plus simples de la vie collective : donner, transmettre, répartir, mettre à disposition. Pourtant, le partage révèle immédiatement des questions de pouvoir et d’inégalité. Pourquoi certains accumulent-ils ce dont d’autres manquent ? Qu’est-ce qui conduit à garder pour soi ce qui pourrait être partagé ? L’égoïsme, l’accaparement, l’indifférence ou l’absence de solidarité ne sont pas seulement des attitudes individuelles : ils peuvent devenir des mécanismes sociaux durables. Que sommes-nous prêts à considérer comme suffisamment commun pour accepter de le partager ? La question concerne l’argent et les biens, mais aussi le temps, les connaissances, les espaces, les opportunités ou les responsabilités. Elle engage le moi, qui doit renoncer à une part de ce qu’il possède ou contrôle. Les autres, dont les besoins peuvent être différents des siens. Et le monde commun, dont certaines ressources ne peuvent être indéfiniment appropriées par quelques-uns. Le problème du partage nous conduit ainsi à interroger ce qui fonde une solidarité et, plus profondément, la manière dont nous décidons de ce qui appartient à chacun et de ce qui peut appartenir à tous…

L’ÉCONOMIE

42 Objets Posséder, utiliser, accumuler…

  • surconsommation
  • accumulation
  • gaspillage
  • obsolescence
  • dépendance
  • déchets et rebuts
  • surattachement matériel…

Les objets nous accompagnent partout : ils nous servent, nous protègent, facilitent nos activités et portent parfois une mémoire ou une valeur affective. Mais notre relation aux objets peut aussi devenir une source de dépendance, d’accumulation et de gaspillage. Surconsommation, obsolescence, entassement, déchets ou attachement matériel excessif témoignent d’un rapport qui dépasse largement le besoin d’usage. À quel moment l’objet que nous possédons commence-t-il à nous posséder ? La question se pose à l’échelle du moi, dans nos désirs et nos habitudes, mais elle s’étend immédiatement à l’économie qui produit et commercialise ces objets, aux sociétés qui valorisent leur possession et au monde matériel qui fournit les ressources nécessaires à leur fabrication. Chaque objet possède en quelque sorte une histoire : une matière extraite quelque part, une énergie consommée, un travail accompli, un transport, un usage et finalement un devenir-déchet. Interroger les objets revient donc à se demander comment satisfaire nos besoins sans transformer indéfiniment le monde en réserve d’objets à produire, consommer et jeter…

LA COMMUNICATION

43 Communication Parvenir à se comprendre…

  • incapacité à communiquer
  • manipulation
  • malentendus
  • isolement…

Communiquer est l’une des conditions premières de notre existence avec les autres. Par la parole, par le geste, mais aussi le regard, le silence, l’image, l’écriture, les signes ou les technologies, nous exprimons ce que nous ressentons, partageons ce que nous savons, transmettons ce que nous avons reçu et cherchons à comprendre ce que l’autre veut nous dire. La communication permet ainsi de créer des liens, de coopérer, d’apprendre, de raconter, de négocier, de se souvenir et de construire des réalités communes. Elle relie le moi aux autres, mais aussi les communautés, les sociétés et, désormais, des personnes séparées par des distances considérables. Pourtant, communiquer n’est jamais synonyme de se comprendre : un message peut ne pas parvenir, être mal interprété, perdre une partie de son sens en changeant de langue ou de contexte, ou être volontairement déformé. L’incapacité à communiquer peut conduire à l’isolement ou au conflit. Le malentendu peut naître de références différentes. La manipulation peut utiliser précisément les mécanismes de la communication pour orienter une perception, une émotion ou une décision. La multiplication contemporaine des moyens de communiquer ajoute une autre question. À l’échelle du monde, la circulation instantanée des informations rapproche certains tout en pouvant éloigner ceux qui ne disposent pas des mêmes accès, des mêmes langues ou des mêmes codes. Comment créer dès lors les conditions dans lesquelles celui qui parle peut être entendu, celui qui écoute peut comprendre, et chacun peut encore reconnaître dans l’autre un interlocuteur plutôt qu’une cible, un public ou un simple destinataire ? La communication apparaît ainsi comme l’un des lieux essentiels où se construit, ou ne se construit pas, la possibilité même d’un monde commun…

LA COMMUNICATION

44 Langues Comprendre dans la diversité…

  • disparition des langues
  • domination linguistique
  • incompréhension
  • discrimination
  • appauvrissement linguistique
  • violence verbale
  • barrières linguistiques…

Les langues sont bien davantage que des moyens de communiquer : elles permettent de nommer le monde, d’exprimer ce que nous ressentons, de formuler ce que nous pensons, de transmettre des savoirs, des histoires et des imaginaires, et de nous reconnaître comme membres d’une communauté tout en entrant en relation avec d’autres. Chaque langue organise à sa manière une partie de l’expérience humaine, avec ses mots, ses sonorités, ses écritures, ses nuances et les relations qu’elle établit entre les choses, les personnes et le monde. Apprendre une autre langue peut ainsi ouvrir un nouvel espace de compréhension, tandis que ne pas partager la langue de l’autre peut créer une distance qui n’est pas seulement linguistique. « Où est alors le problème ? » Dans ce que nous ne parvenons pas à dire, dans ce que nous ne parvenons pas à comprendre, ou encore dans les rapports qui déterminent quelles langues peuvent être entendues, enseignées et transmises ? Les langues peuvent rapprocher et séparer, donner une place et en retirer une, faciliter les échanges tout en produisant des formes de domination lorsque certaines deviennent nécessaires pour accéder au savoir, au travail, aux institutions ou à la reconnaissance sociale. Elles peuvent être confrontées à la discrimination, à la violence verbale, à l’appauvrissement ou à des barrières qui rendent certaines personnes moins audibles que d’autres. La disparition d’une langue constitue quant à elle l’une des formes les plus radicales de cette fragilité, puisqu’elle peut emporter avec elle des mots, des savoirs, des récits et des manières particulières d’interagir avec monde. Comment faisons-nous coexister tant de langues différentes dans un même monde ?...

LA COMMUNICATION

45 Écriture Inscrire, transmettre, transformer…

  • analphabétisme
  • illettrisme
  • censure
  • falsification
  • disparition des systèmes d’écriture…

Écrire, c’est donner une forme visible et transmissible à une parole, une pensée, un savoir, une mémoire ou une imagination. L’écriture permet de conserver une trace lorsque la voix s’est tue, de franchir les distances, de transmettre d’une génération à l’autre, de comparer ce qui a été dit, de construire des connaissances et de faire exister des récits qui peuvent traverser les siècles. Elle transforme ainsi profondément notre rapport au temps, au savoir et aux autres : ce qui est écrit peut être relu, interprété, discuté, traduit, enseigné, mais aussi oublié ou redécouvert. « Où est le problème ? » Dans ce qui n’a pas pu être écrit, dans ce qui ne peut être lu, dans ce qui a été écrit ou dans ce que nous faisons des traces qui nous sont parvenues ? L’analphabétisme et l’illettrisme peuvent priver certains de cette capacité d’accès et d’expression. La censure peut empêcher une parole d’être inscrite ou diffusée. Toutefois l’écriture n’est jamais figée : les alphabets et les systèmes graphiques évoluent, les pratiques se transforment et les technologies numériques bouleversent à leur tour les manières d’écrire, de publier, de conserver, de rechercher et de partager. Ce qui est écrit devient alors à la fois une mémoire et une responsabilité demandant dès lors : Qui peut écrire le monde ? Qui peut accéder à ce qui a été inscrit ? Qui peut en modifier l’interprétation et qui peut encore décider de ce qui demeurera comme trace ? L’écriture nous conduit ainsi à considérer tant les signes que nous produisons, que les conditions sociales, culturelles et techniques qui permettent à une humanité de laisser des traces, les transmettre et continuer à les faire vivre…

LA COMMUNICATION

46 Noms Être nommé, être reconnu…

  • anonymat
  • stigmatisation
  • discrimination
  • usurpation d’identité
  • effacement de l’identité
  • conflits liés à la dénomination…

Un nom semble être l’une des choses les plus simples qui nous permettent de désigner quelqu’un ou quelque chose. Pourtant, nommer peut signifier reconnaître, distinguer, appartenir, mais aussi réduire, stigmatiser ou effacer. Être privé de son nom, voir son identité déformée, être désigné par une catégorie imposée ou subir une usurpation d’identité touche directement à la manière dont chacun peut exister parmi les autres. Qui a le pouvoir de me nommer, et que fait ce nom de moi ? À l’échelle individuelle, le nom participe à l’identité. À l’échelle collective, il peut devenir un marqueur social, culturel, linguistique ou politique. Certains noms sont valorisés, d’autres stigmatisés. Certains sont difficilement prononcés ou volontairement transformés. Les conflits autour des noms de personnes, de lieux ou de peuples montrent également que nommer peut devenir un acte de pouvoir sur l’histoire et l’espace. Le problème renvoie alors à la reconnaissance qu’il permet ou qu’il refuse, et au pouvoir exercé par ceux qui ont la capacité de nommer les autres…

LA COMMUNICATION

47 Médias Informer, orienter, sélectionner…

  • désinformation
  • propagande
  • manipulation
  • concentration & monopole
  • sensationnalisme
  • censure
  • polarisation…

Les médias rendent accessibles des événements qui se produisent plus ou moins loin de nous contribuant ainsi à construire une représentation du monde que nous ne pouvons pas observer directement. Cependant ce monde médiatisé est nécessairement sélectionné : certains faits sont montrés, d’autres restent invisibles. Certains récits sont privilégiés, d’autres marginalisés. Désinformation, propagande, manipulation, concentration des médias, sensationnalisme, censure ou polarisation montrent que l’information peut devenir un enjeu majeur de pouvoir. Qui décide de ce qui mérite d’être vu, raconté, répété ou oublié ? Le problème concerne le média qui produit le message, mais aussi celui qui le reçoit, l’interprète et éventuellement le relaie. À l’ère numérique, la multiplication des sources n’a pas supprimé ces questions : elle les a rendues plus complexes. L’information peut circuler plus rapidement que notre capacité à la vérifier. Les médias participent ainsi directement à notre perception des autres et du monde, et le problème devient celui de notre capacité collective à construire une représentation du réel sans laisser la sélection, la vitesse ou la recherche de l’audience décider seules de ce que nous devons croire important…

LA COMMUNICATION

48 Récits Les histoires que nous faisons du monde…

  • mythification
  • manipulation
  • transmission des stéréotypes & préjugés
  • réécriture biaisée…

Les humains ne vivent pas seulement de faits : ils les relient, les interprètent et les inscrivent dans des récits. Un récit peut transmettre une mémoire, donner du sens à une expérience, rapprocher une communauté ou permettre de comprendre un événement depuis un autre point de vue. Mais il peut aussi fabriquer des mythes, transmettre des stéréotypes, justifier une domination ou réécrire le passé selon les intérêts du présent. Quelle histoire sommes-nous en train de raconter ? Deux personnes peuvent vivre un même événement et en produire des récits radicalement différents, sans que l’un puisse être simplement réduit à une erreur de l’autre. Les récits sont donc liés à la mémoire, à la culture, aux langues, aux médias et au pouvoir. Ils peuvent enfermer lorsqu’ils imposent une seule lecture du monde, mais ils peuvent aussi ouvrir lorsqu’ils permettent à d’autres voix d’apparaître. Le problème n’est donc pas d’avoir des récits, mais de savoir comment les faire dialoguer sans confondre diversité des récits et indifférence à la vérité…

LA COMMUNICATION

49 Technologies numériques & IA Lorsque nos outils transforment notre manière d’être humains…

  • désinformation
  • dépendance
  • surveillance
  • atteinte à la vie privée
  • fracture numérique
  • manipulation
  • perte de repères
  • biais algorithmiques
  • suppression d’emplois…

Les technologies numériques et l’intelligence artificielle ne constituent pas seulement de nouveaux outils : elles transforment progressivement les conditions dans lesquelles nous nous informons, travaillons, décidons, communiquons et nous représentons nous-mêmes. « Où est le problème ? » Dans la technologie elle-même, dans les usages que nous en faisons, dans ceux qui la conçoivent et la contrôlent, dans les données auxquelles elle favorise accès, dans les dépendances qu’elle crée ou dans les transformations qu’elle impose à nos activités ? La question devient plus complexe encore lorsque des systèmes peuvent produire des contenus, des décisions ou des recommandations qui influencent à leur tour notre manière de percevoir le monde. Désinformation, surveillance, atteinte à la vie privée, fracture numérique, biais algorithmiques, perte de repères ou transformation du travail ne sont donc pas des problèmes isolés : ils renvoient au savoir, au pouvoir, à l’économie, à la communication, à la société et au rapport que nous entretenons avec notre propre capacité à penser et à décider. Le problème humain de l’IA pourrait ainsi être moins de savoir ce qu’elle peut faire que de comprendre ce que sa présence change dans ce que nous faisons, ce que nous savons, ce que nous croyons et ce que nous devenons…

LA COMMUNICATION

50 Apparences Ce que nous montrons, ce que les autres voient…

  • superficialité
  • discrimination
  • conformisme
  • dissimulation
  • pression sociale
  • culte de l’image…

Nous ne cessons de nous présenter aux autres, volontairement ou non, à travers notre apparence, notre manière de nous habiller, de nous comporter, de nous représenter ou de mettre en scène notre existence. L’apparence peut permettre de s’exprimer et de construire son identité, mais elle peut aussi devenir problématique lorsqu’elle se transforme en norme à laquelle chacun est sommé de se conformer. Superficialité, discrimination, pression sociale, dissimulation ou obsession de l’image montrent combien le regard des autres peut influencer notre rapport à nous-mêmes. Suis-je ce que je suis, ce que je montre, ou ce que les autres voient en moi ? La question prend une ampleur nouvelle lorsque les technologies permettent de produire, modifier et diffuser des représentations à une vitesse considérable. L’apparence ne concerne alors plus seulement le corps : elle touche l’identité numérique, la réputation, la comparaison sociale et les récits que chacun construit autour de sa propre existence…

LA COMMUNICATION

51 Sentiments Ce qui nous traverse et nous relie…

  • peur
  • haine
  • jalousie
  • colère
  • frustration
  • solitude
  • souffrance…

La peur, la haine, la jalousie, la colère, la frustration, la solitude ou la souffrance appartiennent à l’expérience intime, mais aucun sentiment ne demeure totalement enfermé dans l’individu. Nos émotions influencent nos relations, nos décisions et parfois nos comportements collectifs. Elles peuvent rapprocher, séparer, mobiliser ou conduire à la violence. Que faisons-nous de ce que nous ressentons, et que faisons-nous de ce que les autres ressentent ? La difficulté vient parfois du sentiment lui-même, mais aussi de l’impossibilité de le reconnaître, de le nommer ou de le partager. Une peur individuelle peut devenir une peur collective. Une frustration peut être entretenue par un récit. Une colère peut devenir mobilisation ou violence selon les formes qu’elle prend. Les sentiments entretiennent ainsi des relations étroites avec le corps, la société, les récits, la communication et le pouvoir. Les considérer comme une dimension du problème humain ne signifie pas leur opposer la raison, mais comprendre que penser, décider et agir impliquent aussi des êtres qui ressentent…

LA COMMUNICATION

52 Bonheur Que cherchons-nous finalement ?…

  • insatisfaction
  • comparaison excessive
  • pression sociale
  • obsession de la performance
  • frustration
  • perte de sens…

Le bonheur semble pouvoir constituer l’horizon de nombreuses quêtes humaines, mais sa définition demeure profondément variable. Ce qui rend une personne heureuse peut laisser une autre indifférente, et ce qui est présenté comme une condition du bonheur peut parfois produire insatisfaction, comparaison ou frustration. La pression sociale, l’obsession de la performance, la recherche permanente de réussite ou la comparaison avec les autres peuvent transformer la quête du bonheur en nouvelle source de mal-être. Que cherchons-nous lorsque nous cherchons à être heureux, et qui nous a appris ce que devrait être le bonheur ? La question rejoint le sens que nous donnons à nos vies, les relations que nous entretenons, les biens que nous possédons, le travail que nous accomplissons et les images auxquelles nous nous comparons. Elle ouvre aussi le problème du moi vers les autres et le monde : peut-on concevoir son propre bonheur indépendamment des conditions dans lesquelles vivent ceux qui nous entourent ? Le bonheur remet ainsi la roue en mouvement en posant peut-être la question la plus exigeante de toutes : si nous cherchons à résoudre les problèmes humains, quel monde voulons-nous finalement rendre possible ?

Une roue du problème humain…

La roue du problème propose alors de faire tourner le regard. Partir par exemple du moi pour aller à la rencontre de l’autre, des autres. Partir du monde afin de parcourir les sept variables sur un thème donné. Partir d’une société pour s’interroger sur sa manière de produire des interrelations ou d’y manquer à travers un certain nombre des 52 repères. Faire tourner la roue, c’est considérer tout à la fois qu’un même problème puisse changer de visage selon le point d’où nous l’observons, mais aussi qu’un problème individuel puisse révéler une dimension collective, ou encore qu’un problème local puisse engager le monde, et tout autant qu’une question contemporaine puisse trouver ses racines dans une histoire plus longue. La roue invite ainsi clairement à multiplier les points de vue, à croiser les dimensions, à faire apparaître les interdépendances et, peut-être, à aborder la question « Où est le problème ? » en nous demandant : depuis où le regarder, avec qui le regarder ou encore jusqu’où accepter d’en suivre les conséquences ?

Repères sollicités par cet exemple

Repères sollicités par cet exemple