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Vers une Université pantopique des solutions ouvertes

Et c’est alors qu’une ultime interrogation nous gagne : et si tout ce cheminement, apprendre à poser un problème, à en explorer les dimensions, à confronter les points de vue et à rechercher ensemble des possibilités de résolution, constituait un apprentissage essentiel ? Avant d’y répondre, rappelons-nous que depuis les temps les plus anciens, les sociétés humaines n’ont cessé de transmettre les moyens par lesquels elles répondaient aux difficultés rencontrées : cultiver, construire, soigner, gouverner, transmettre, créer, commercer, se défendre, coopérer. La culture elle-même pourrait selon certains y être définie comme une immense mémoire des problèmes rencontrés et des solutions inventées pour y répondre. Toutefois observons que cette mémoire reste souvent dispersée entre les disciplines, les métiers, les territoires, les générations et les traditions, alors même que les problèmes contemporains ignorent largement ces frontières. L’Université pantopique des solutions ouvertes naît de cette conviction : nous avons besoin d’un espace-temps où puissent être mises en relation les connaissances, les expériences et les capacités humaines à poser les problèmes, qu’ils viennent de la science, de l’art, de la philosophie, de la spiritualité, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’entreprise ou de l’expérience ordinaire. Une telle Université cherche à ouvrir de nouveaux passages, à faire circuler les savoirs et à favoriser une lecture croisée du problème humain. Si elle peut s’inscrire dans un temps éducatif en favorisant l’enseignement, elle se conçoit aussi tout au long de la vie. Ses visées sont claires : développer notre capacité à explorer, expérimenter, dialoguer, créer et agir. Son point de départ reste toujours le même : « Où est le problème ? » et son horizon, lui, entend contribuer à mieux comprendre comment nous pouvons individuellement et collectivement y répondre.

« À l’heure actuelle, nous sommes parvenus au stade où il nous faut enseigner aux gens ce que personne ne savait hier, et préparer dans nos écoles à ce que personne ne connaît encore mais que certains devront savoir demain. »

Margaret Mead

Pour une nouvelle propédeutique…

Outre l’animation de tous les outils pantopiques, l’ambition de l’Université des solutions ouvertes conduit à reconsidérer ce qui devrait précéder l'accès aux savoirs spécialisés. Qu'apprenons-nous avant d'apprendre ? Comment préparons-nous un esprit à entrer dans un monde dont les réalités ne se présentent jamais séparées selon les frontières de nos disciplines ? Une propédeutique y a précisément mission non d’ajouter un enseignement préalable à tous les autres, mais de donner à chacun les moyens de relier ce qu'il va apprendre à ce qui existe déjà autour de lui. Elle entend développer des habitudes de curiosité, de questionnement, d'écoute et de mise en relation, en faisant circuler le regard entre les cultures, les langues, les sciences, les arts, les techniques, les métiers, les philosophies et les expériences. Comment mieux y distinguer le compliqué du complexe, comment changer d'échelle, comment reconnaître ce que nous savons et ce que nous ignorons, mais aussi comment accueillir plusieurs récits, interroger nos propres repères ou comprendre que tout savoir prend place dans une histoire et dans un monde. Une telle propédeutique encourage à revisiter la question « Où est le problème ? » en offrant des moyens intellectuels, sensibles et relationnels permettant de songer à une éducation à la complexité, à la pluralité et à la responsabilité.

Des solutions du passé, du présent et du futur…

Si l’Université pantopique veut contribuer à poser les problèmes humains, elle doit bien entendu favoriser le chemin qui conduit ou conduira aux solutions. Une solution n'est jamais seulement ce que nous imaginons aujourd'hui pour répondre à une difficulté présente. L'humanité dispose d'une mémoire immense de solutions expérimentées au fil des siècles et des millénaires : certaines ont fonctionné, d'autres ont échoué, certaines ont résolu un problème tout en en créant d'autres, certaines ont été oubliées, d'autres continuent de transformer nos manières de vivre. Il faut donc apprendre à regarder vers le passé, non pour y rechercher un âge d'or, mais pour comprendre ce que les générations précédentes ont inventé, transmis et parfois abandonné. Mais aussi regarder vers le présent, pour observer les initiatives, les savoirs et les expérimentations qui cherchent aujourd'hui à répondre aux problèmes. Et, bien entendu, regarder vers le futur, pour imaginer ce qui pourrait encore être tenté, sans confondre prospective et prédiction. C'est pourquoi nous parlons de solutions ouvertes : ouvertes dans le temps, parce qu'elles peuvent être héritées, actualisées ou inventées, ouvertes aux autres, parce qu'aucune société ne détient à elle seule toutes les réponses, ouvertes à la discussion, parce qu'une solution doit pouvoir être questionnée, ouvertes enfin à leurs propres conséquences, parce que résoudre un problème suppose aussi de se demander ce que la solution produira à son tour. L'Université pantopique des solutions ouvertes pourrait ainsi devenir un lieu mobile, se configurant à la rencontre des Conférences pantopiques, où l'on apprend autant à questionner les solutions qu'à apprendre à les croiser, à comparer leurs contextes, à comprendre leurs réussites et leurs limites, à les adapter, à les combiner et à en imaginer de nouvelles. Car peut-être la question ultime n'est-elle plus seulement : « Où est le problème ? », mais aussi : qu'avons-nous déjà appris, que pouvons-nous apprendre encore, et que pouvons-nous apprendre ensemble pour ouvrir les solutions de demain ?