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Les outils pantopiques
« Le centre du monde est partout et la périphérie nulle part ».
La Pantopie : parce que le centre du monde est partout…
Une question a fini par s’imposer, incontournable, décisive : à partir de quel lieu regardons-nous le problème ? C’est alors que la Pantopie prend tout son sens. Étymologiquement, celle-ci associe pan, « tout », et topos, « lieu ». La Pantopie invite ainsi à considérer l’infinité des lieux qui composent, ont composé ou composeront notre monde, et surtout les relations qui se nouent entre eux, car aucun lieu ne devrait pouvoir se prétendre le centre à partir duquel tous les autres seraient mesurés, compris ou relégués à la périphérie. « Le centre du monde est partout et la périphérie nulle part » exprime cette exigence de déplacement du regard : ce qui apparaît depuis un lieu, une histoire, une culture ou une position donnée comme le problème peut prendre une autre signification depuis un autre lieu. La Pantopie ne demande pas pour cela de renoncer à toute appréciation, ni de considérer que toutes les situations ou tous les points de vue se valent mais de les replacer dans un réseau plus vaste de correspondances, de différences, d’interdépendances et de responsabilités. Ainsi, reconsidérer « Où est le problème ? » ne consiste plus seulement à chercher son emplacement, mais à nous demander depuis où moi-même ou la société à laquelle j’appartiens le regardons. Mais aussi qui d’autre le regarde autrement. Et tout autant ce que nous voyons et ne voyons pas depuis nos lieux respectifs. Mais encore quelles relations nouvelles pourraient apparaître si nous acceptions de déplacer notre point de vue. La Pantopie propose dès lors une discipline du regard : une manière de ne pas confondre notre lieu avec le monde lui-même…
« … La culture (au sens général), c’est la manière dont l’être humain se conçoit, se travaille et se dirige. Ces trois aspects forment un ensemble indissociable car, si la culture offre une vision de l’homme, une conception de ce qu’est un être humain, elle insiste également sur ce qu’il pourrait être en fonction d’une direction, d’un idéal à atteindre. Selon moi, la culture devrait favoriser le travail sur soi et aider l’être humain à exprimer ce qu’il peut avoir de meilleur. »
La culture : « un idéal à atteindre »…
Si la Pantopie nous invite à déplacer notre regard, encore faut-il disposer de quelque chose avec quoi regarder. C’est ici que se pose la question de la culture. Non pas comme accumulation de connaissances, possession d’un patrimoine ou marqueur d’appartenance, mais comme une capacité à élargir progressivement ce que nous sommes en mesure de comprendre. L’histoire de l’humanité témoigne de centaines de manières de définir la culture : ensemble de pratiques, de croyances, de savoirs, de techniques, de créations, de valeurs, de coutumes, de mémoires, de créations... Aucune de ces approches ne suffit à elle seule, mais leur confrontation constitue déjà une expérience culturelle. Dans une perspective pantopique, la culture pourrait ainsi être envisagée avec le poète comme un « idéal à atteindre » : celui d’une ouverture aux autres manières de penser, de vivre, de créer et de transmettre. Elle suppose alors de pouvoir reconnaître ce qui nous est familier sans le confondre avec l’universel, de rencontrer ce qui nous est étranger sans le réduire à nos propres catégories, et de tenir ensemble les héritages particuliers et les questions qui concernent l’humanité dans son ensemble…
Pour une culture générale humaniste…
Si le problème humain se caractérise aujourd’hui par l’entrelacement des situations, des échelles, des temporalités et des points de vue, alors nous ne pouvons plus nous satisfaire d’une culture fragmentée qui nous permettrait de connaître beaucoup de choses séparément sans toujours comprendre leurs relations. Il nous faut une culture générale en phase avec notre temps, non comme retour à un savoir académique ou à une culture réservée à quelques-uns, mais comme capacité collective à donner du sens à la complexité. Comprendre une crise géopolitique suppose de connaître une histoire, des territoires, des populations, des rapports de pouvoir, des intérêts économiques, des récits et des représentations. Réfléchir au dérèglement climatique suppose de croiser sciences, économie, politique, modes de vie, histoire et responsabilités. Appréhender l’intelligence artificielle suppose de pouvoir interroger simultanément ses dimensions techniques, économiques, sociales, culturelles, politiques et éthiques. Une telle culture générale ne prétend donc pas fournir immédiatement les réponses mais donner plutôt les moyens de mieux poser les questions, de relier ce qui apparaît séparé, de distinguer ce qui est établi de ce qui est discuté, de reconnaître ce que nous ignorons et de comprendre pourquoi d’autres peuvent regarder le même problème autrement. Elle est dite ici humaniste car elle cherche moins à accumuler des savoirs sur l’humanité qu’à développer notre capacité à faire humanité avec eux. Dans une perspective pantopique, elle se veut ouverte aux différentes histoires, cultures, langues et formes de connaissance qui composent le monde. Elle consiste à développer la curiosité, la capacité de mise en relation, le discernement. Dans cette perspective, la culture générale devient indissociable du problème humain car plus notre regard est étroit, plus nous risquons de prendre une partie du problème pour le problème tout entier. Au contraire, plus il s’élargit, plus nous découvrons de relations, de contextes et de possibilités nouvelles. Elle s’affirme alors comme une nécessité car pour comprendre notre temps, les autres, et nous-mêmes nous devons mobiliser à la fois de nouvelles ressources et une nouvelle dynamique…
« Deux illusions (…) La première est de croire que la complexité conduit à l'éliminitation de la simplicité… La seconde est de confondre complexité et complétude… La complexité comporte la reconnaissance d'un principe d'incomplétude et d'incertitude. »
Un triangle de simplicité …
« Où est le problème ? » suppose aussi de ne pas nous tromper sur sa nature et à en situer l’approche en termes de difficulté. Nous ferons pour cela appel à un triangle de simplicité constitué de trois parties complémentaires. Nous avons tout d’abord tendance à qualifier de « compliqué » ce que nous ne comprenons pas encore, comme si davantage d’explications ou davantage de connaissances suffisaient nécessairement à en venir à bout. Or certains problèmes sont compliqués parce qu’ils comportent de nombreux éléments qu’il est possible de distinguer, d’analyser et éventuellement de recomposer. D’autres sont « complexes » parce que leurs éléments interagissent, se transforment mutuellement et produisent des effets que l’on ne peut prévoir à partir de chacun d’eux pris séparément. Et certains peuvent enfin retrouver une forme de simplicité, non parce que le problème aurait été « simple » dès l’origine, mais parce qu’un détour par la complexité aura permis d’identifier ce qui est essentiel. La distinction importe pour le problème humain : chercher une solution technique à une situation complexe, ou multiplier les explications d’une situation qui appelle peut-être une décision simple, peut conduire à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. Le triangle ne propose donc pas une hiérarchie entre compliqué, complexe et simple. Il nous invite à discerner ce à quoi nous avons affaire avant de décider comment l’aborder. « Où est le problème ? », c’est aussi demander : est-il réellement compliqué, profondément complexe, ou avons-nous nous-mêmes compliqué ce qui pouvait être compris plus simplement ?...
Holistique | heuristique | humble…
Une fois le problème reconnu dans sa nature et dans ses différentes dimensions, encore faut-il savoir comment l’aborder. La démarche pantopique propose ici trois attitudes qui se répondent : holistique, heuristique, humble. Holistique, parce que regarder le tout ne signifie pas renoncer aux parties ni aux spécialisations, mais chercher à comprendre comment elles s’inscrivent dans un ensemble de relations. C’est accepter que le problème humain puisse simultanément relever du temps, de l’espace, de la société, du savoir, du pouvoir, de l’économie et de la communication, et que ce que nous isolons pour mieux l’étudier ne cesse pas pour autant d’être relié au reste. Heuristique, parce que comprendre ne consiste pas seulement à appliquer un savoir déjà constitué. Nous devons aussi chercher, expérimenter, rapprocher des connaissances, formuler des hypothèses, faire des détours, parfois jouer avec les idées. Humble, enfin, parce que l’immensité du réel interdit de prétendre en posséder une lecture définitive. L’humilité n’est ni renoncement au savoir ni relativisme : elle est reconnaissance de ce que nous savons, de ce que nous ignorons et de ce que d’autres savent autrement…
Pour une intelligence plurielle…
Mais, au fait, avec quelle intelligence abordons-nous le problème humain ? Nous parlons volontiers d’intelligence comme d’une faculté principalement associée au raisonnement, au calcul, à la connaissance ou à la capacité de résoudre des problèmes. Mais une telle conception ne risque-t-elle pas de nous faire oublier tout ce qui, en nous, participe à comprendre une situation, à prendre une décision, à rencontrer l’autre ou à agir dans le monde ? Une intelligence plurielle suppose de considérer ensemble le corps, les émotions et l’esprit. Le corps nous renseigne par ses sensations, ses rythmes, ses limites et ses besoins. Les émotions nous informent sur ce qui nous affecte, sur nos relations aux autres et sur la manière dont nous engageons nos choix. L’esprit quant à lui permet de relier, de questionner, de raisonner, de douter, de chercher du sens et de prendre distance avec l’immédiat. Aucune de ces dimensions ne suffit seule, et leur articulation peut elle-même devenir un objet de réflexion. Mais alors « Où est le problème ? » lorsque nous prétendons le résoudre avec une seule forme d’intelligence ? Une décision parfaitement rationnelle peut ignorer ce que ressentent ceux qui devront la vivre. Une émotion légitime peut nous empêcher de considérer ce que nous savons. Une réaction corporelle peut nous alerter avant même que l’esprit ait formulé ce qui se passe. Penser le problème humain exige donc de ne pas opposer ces intelligences, mais de les faire dialoguer. Et cette pluralité devient d’autant plus décisive à l’heure où nous introduisons dans cet ensemble des technologies que nous qualifions elles-mêmes d’« intelligentes ». Si nous voulons comprendre ce qu’elles peuvent faire pour nous, encore faut-il savoir quelle intelligence humaine nous entendons préserver, développer et mettre en relation avec elles…
« Donc, toute la question que je posais revient à celle-ci : si l’esprit humain pourra surmonter ce que l’esprit humain a fait ? »
Naviguer dans l’espace et le temps…
« Où est le problème ? » devient une question particulièrement délicate dès lors que nous croyons pouvoir lui apporter une réponse en nous appuyant sur une seule histoire ou un seul espace de référence. Toute société se raconte à partir de lieux, de mémoires, de frontières, de déplacements et d’héritages qui ne coïncident pas nécessairement avec ceux de ses voisins. Une même date peut être célébrée ici avec joie et commémorée ailleurs dans l’affliction. Un territoire peut être une patrie pour les uns, un lieu de conquête pour les autres. Et de même, une migration peut être racontée comme un départ, une arrivée, un exil ou une libération selon celui qui la regarde. Il serait toutefois erroné et dangereux de juxtaposer ces espaces-temps jusqu’à rendre toute connaissance impossible. Il s’agit davantage de reconnaître que l’histoire et l’espace sont eux-mêmes des constructions humaines, traversées par des expériences et des rapports de pouvoir différents. C’est là sans doute où la pantopie révèle la panchronie, où tous les lieux se mettent en dialogue avec tous les temps, faisant circuler le regard entre les temporalités et les territoires, entre le proche et le lointain, entre ce que nous avons hérité et ce que d’autres ont vécu. Nous y sommes invités à nous demander, face à chaque problème : depuis quelle histoire le regardons-nous ? depuis quel espace ? quelles histoires et quels espaces avons-nous laissés hors champ ?
- 01avant −100 000
- 02−100 000 à −50 000
- 03−50 000 à −40 000
- 04−40 000 à −30 000
- 05−30 000 à −20 000
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- 07−10 000 à −5 000
- 08−5 000 à −4 000
- 09−4 000 à −3 000
- 10−3 000 à −2 000
- 11−2 000 à −1 500
- 12−1 500 à −1 000
- 13−1 000 à −750
- 14−750 à −500
- 15−500 à −250
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- 170 à 100
- 18100 à 200
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- 291 200 à 1 300
- 301 300 à 1 400
- 311 400 à 1 500
- 321 500 à 1 600
- 331 600 à 1 700
- 341 700 à 1 800
- 351 800 à 1 850
- 361 850 à 1 900
- 371 900 à 1 925
- 381 925 à 1 950
- 391 950 à 1 975
- 401 975 à 2 000
- 412 000 à 2 010
- 422 010 à 2 020
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- 442 030 à 2 040
- 452 040 à 2 050
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« La qualité que doit avoir un bon dictionnaire est de changer la façon commune de penser. »
Les indéfinitions…
« Culture », « liberté », « progrès », « justice », « vérité », « démocratie », « identité », « paix », « nature », « intelligence », « bonheur »… tout comme « rue », « métier », « devoir », « objet » ou « beau »… Il est des mots dont nous faisons un usage quotidien en nous demandant pourtant trop rarement s’ils signifient réellement la même chose pour ceux qui les emploient et pour ceux qui les entendent. En effet, nous croyons souvent communiquer à partir de termes communs alors que nous y déposons des expériences, des savoirs, des histoires et des attentes profondément différents. C’est à cet endroit que l’indéfinition devient un outil pantopique majeur : non pas pour abolir les définitions établies, qui demeurent nécessaires afin de partager un langage commun, mais pour les rouvrir à l’expérience singulière et à la diversité des significations. Indéfinir, c’est prendre connaissance de la définition que nous recevons, puis nous demander ce qu’elle devient lorsque nous la confrontons à notre propre histoire et à celle des autres. C’est accepter que le sens ne soit pas toujours épuisé par une formulation académique, institutionnelle ou normative, et que plusieurs significations puissent coexister sans que cette pluralité interdise leur confrontation. « Où est le problème ? » Peut-être dans le mot lui-même . Peut-être dans la définition que nous lui attribuons ? Ou bien dans la certitude avec laquelle nous supposons que l’autre lui attribue exactement le même sens ? L’indéfinition ouvre ainsi un espace précieux entre le mot et son évidence : elle nous oblige à préciser ce que nous voulons dire, à écouter ce que l’autre entend et, parfois, à découvrir que le désaccord que nous pensions profond était aussi un désaccord de signification. En ce sens, indéfinir n’est pas renoncer à définir : c’est exercer notre capacité à faire évoluer le sens et à ne pas réduire le champ des possibles…
« La réponse est un moyen que la question a inventé pour se reproduire. »
La force du questionnement…
Depuis le début de notre parcours, une question revient inlassablement : « Où est le problème ? » Elle pourrait se contenter d’être le titre voire le phare de notre démarche. Mais elle est bien plus encore car elle en constitue la méthode : celle précisément de se questionner. Le choix de la question signifie ici résister à la tentation de la réponse immédiate, surtout lorsqu’elle nous satisfait trop vite parce qu’elle confirme ce que nous pensions déjà. Car une question véritable n’est généralement pas empressée. Elle ne cherche pas nécessairement à recevoir aussitôt une réponse. Elle peut d’abord servir à déplacer le regard, à faire apparaître ce qui avait été oublié, à distinguer plusieurs problèmes contenus dans celui que nous croyions avoir identifié, ou à découvrir parfois que la question elle-même était incomplètement posée. Elle demande aussi du temps, de l’écoute et parfois le courage de reconnaître que nous ne savons pas. « Où est le problème ? » peut ainsi devenir : pourquoi pensons-nous qu’il est là ? Qui le désigne comme tel ? Qui ne le voit pas ainsi ? Que se passerait-il si nous déplacions la question ? Que manque-t-il à notre manière actuelle de la formuler ? Et surtout, quelle autre question se trouve peut-être cachée derrière celle que nous posons ? Se questionner est donc davantage qu’une curiosité intellectuelle : c’est une manière de demeurer en mouvement face à ce qui résiste à notre compréhension. C’est aussi une protection contre les réponses toutes faites, les certitudes trop rapides et les simplifications qui transforment parfois un problème à comprendre en problème à combattre. Dans cette perspective, questionner revient à chercher les conditions d’une action qui sache davantage sur ce à quoi elle se porte…
Récits | Diversité | Dialogue…
Nous ne rencontrons presque jamais le monde sans récit. Nous racontons ce que nous avons vécu, ce que nous croyons avoir vécu, ce que nous espérons, ce que nous craignons. Les sociétés elles-mêmes racontent leur histoire, leurs origines, leurs victoires, leurs blessures et leurs projets. Ces récits, individuels ou collectifs, constituent une part essentielle de notre manière de donner sens au monde. Ils forment une diversité qui n’est pas un principe abstrait ou un simple idéal à proclamer car elle est déjà là, dans la multiplicité des langues, des cultures, des mémoires, des expériences et des manières d’interpréter le réel. Une pareille diversité peut être ainsi vécue comme une richesse, mais aussi comme une source d’incertitude, de désaccord ou de conflit lorsque nous voudrions réduire l’écart entre les récits plutôt que chercher à les comprendre. C’est précisément pourquoi le dialogue importe, n’invitant en rien chacun à abandonner son récit, ou produire artificiellement un accord, mais à créer un espace où les récits puissent se rencontrer, se confronter et parfois se transformer. La Pantopie cherche ainsi moins un récit unique de l’humanité qu’un récit des récits, riche de sa diversité, suffisamment ouvert pour accueillir nos différences & contradictions et tant de croisements, enclins à permettre une meilleure compréhension mutuelle.
Les 5 temps : Écouter | Connaître | Comprendre | Se comprendre | Communiquer …
Aborder un problème demande aussi de savoir comment cheminer. Les cinq temps pantopiques – écouter, connaître, comprendre, se comprendre, communiquer – proposent moins une succession d'étapes obligatoires qu'une spirale dans laquelle chaque mouvement nourrit le suivant et peut conduire à reprendre les précédents. Tout commence par écouter, c'est-à-dire accueillir les voix, les expériences et les interprétations, y compris celles qui risquent de bousculer nos propres certitudes. Vient ensuite connaître, en rassemblant les éléments d'un problème comme les pièces d'un puzzle qui restera toujours partiellement ouvert, avec la conscience de ce que nous ignorons. Comprendre, au sens de « prendre ensemble », consiste alors à relier ces éléments, à faire apparaître leurs relations et à oser les questions qu'ils soulèvent. Mais comprendre le problème ne suffit pas : il faut encore se comprendre, c'est-à-dire entrer dans les débats qu'il suscite, interroger nos propres positions, nos désaccords, nos malentendus et notre capacité à construire avec les autres. Enfin vient communiquer, lorsque ce qui a été écouté, connu, compris et débattu peut être mis en partage à travers des formes aussi diverses que la réflexion philosophique, la recherche scientifique, la politique, l'art, la spiritualité ou d'autres expressions humaines. Ainsi conçus, les cinq temps ne promettent pas une réponse au problème : ils proposent une manière de ne pas brûler les étapes, de ne pas confondre information et compréhension, compréhension et accord, communication et résolution. « Où est le problème ? » devient alors une question que l'on apprend à parcourir plutôt qu'une question à laquelle il faudrait répondre trop vite.
UNIDEO : un alphabet des pensées humaines…
Parce que le problème humain demande de multiplier les points de vue, de faire dialoguer les récits et d’explorer des significations qui ne sont pas toujours immédiatement partageables, il peut être utile de disposer de plusieurs langages pour penser et représenter. Le langage UNIDEO s’inscrit dans cette perspective en proposant, à côté des langues que nous parlons et écrivons, un langage visuel fondé sur des idéogrammes et leur mise en relation. Il permet ainsi de représenter des idées, des situations, des relations ou des expériences en ouvrant un espace pour faire dialoguer des personnes qui ne partagent pas le même savoir, ou encore la même langue, ou les mêmes références culturelles. Il rejoint en cela plusieurs des outils précédemment évoqués : la diversité des regards, les indéfinitions, les récits et le dialogue, mais aussi cette nécessité de pouvoir changer de représentation. « Où est le problème ? » Peut-être aussi dans le langage avec lequel nous cherchons à le poser. Changer parfois de langage peut aider à ouvrir une autre voie : faire apparaître autrement ce qui était invisible, rapprocher ce qui semblait séparé, proposer plusieurs interprétations d’une même situation et permettre à chacun de contribuer à une représentation commune. UNIDEO n’est donc pas destiné à remplacer les langues, les concepts ou les autres outils de réflexion, mais à ajouter une possibilité de mise en relation et de création : un moyen de penser autrement, de rendre visible autrement et, surtout, de construire avec d’autres des représentations qui restent ouvertes à la discussion et à la transformation…
- 01life
- 02plant
- 03animal
- 04body
- 05feeding
- 06sight
- 07audio
- 08hand
- 09matter
- 10fire
- 11water
- 12force
- 13stone
- 14metal
- 15space
- 16universe
- 17earth
- 18movement
- 19go
- 20edifice
- 21way
- 22time
- 23fact
- 24society
- 25family
- 26human
- 27mind
- 28yes
- 29spirituality
- 30communication
- 31feeling
- 32number
- 33measure
- 34dimension
- 35do
- 36for
- 37technics
- 38power
- 39military
- 40market
- 41possession
- 42thing
- 43textile
- 44art
- 45shape
Un jeu des perles de vie…
Et si, après tant de questions, nous nous autorisions aussi à jouer ? Le jeu des « perles de vie » propose de le faire au moyen de ces « perles » UNIDEO en assemblant expériences, appartenances, relations, savoirs, goûts, souvenirs, rêves, activités et aspirations, sans jamais réduire une personne, un savoir, un problème à l’une d’entre elles. Une perle peut ainsi représenter un moment de vie, une rencontre, une passion, une langue, un métier, un lieu, une relation, une découverte, une conviction voire une question. Aucune n’a besoin d’être définitive, certaines peuvent apparaître, disparaître, changer de place ou prendre une importance nouvelle. Avec UNIDEO, ces perles peuvent alors être nommées, représentées, rapprochées, éloignées, assemblées et réassemblées, donnant à chacun la possibilité de composer son propre récit tout en découvrant celui des autres. Le jeu devient ainsi un espace de créativité et de dialogue : que choisissons-nous de montrer ? Quelles perles partageons-nous ? Lesquelles découvrons-nous ? Que se passe-t-il lorsque deux histoires se rencontrent et que leurs perles commencent à composer une figure nouvelle ? Là encore, « Où est le problème ? » peut se transformer en une invitation : et si nous commencions par regarder autrement ce qui nous constitue, puis par mettre ces éléments en relation avec ceux qui constituent les autres ? Occasion d’expérimenter sans tout figer, imaginer sans tout savoir, créer avec d’autres, accepter l’inattendu et prendre plaisir à découvrir ce qui peut naître d’un assemblage que personne n’avait prévu. Les perles de vie font ainsi du langage UNIDEO non seulement un moyen de représenter, mais une matière pour coconcevoir, questionner et faire récit ensemble…