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Les Conférences pantopiques

Les Conférences pantopiques

Considérer le problème humain, c’est aussi accepter qu’aucune réflexion, si approfondie soit-elle, ne puisse prétendre en venir à bout depuis un seul lieu, une seule époque, une seule discipline ou une seule manière de penser. Il faut donc mettre les questions en mouvement, les confronter à des expériences différentes, les faire voyager d’un contexte à l’autre et surtout réunir celles et ceux qui, chacun depuis leur propre histoire, leur propre culture, leur propre savoir et leur propre expérience du monde, peuvent contribuer à les éclairer. C’est la vocation des Conférences pantopiques : créer, de lieu en lieu, de question en question, les conditions d’une recherche collective sur ce qui nous fait humains et sur les problèmes que nous avons à affronter ensemble. Elles prolongent ainsi le mouvement engagé avec les Dialogues du 21, qui, de 2021 à 2026, à travers quinze actes et des milliers de participations, ont progressivement fait émerger un dictionnaire interculturel. Elles en déplacent désormais le centre de gravité vers des rencontres où une question devient l’occasion de constituer une nouvelle assemblée, de mobiliser les outils pantopiques, de croiser les regards et de produire de nouvelles matières pour penser. La première Conférence, le 12 mars 2026, a ainsi ouvert ce nouveau cycle, appelé à trouver des expressions diverses selon les lieux où il se déploiera. Car tout en diversifiant les conférences en différents espaces et temporalités, l’idée est de nous appuyer sur chacune d’elles afin de continuer à éclairer une ou plusieurs facettes du problème humain, faisant de la succession de ces points de vue une manière d’en approcher progressivement la complexité. Cette dynamique est appelée à trouver dans l’Université pantopique un espace permanent de recherche, d’apprentissage, de transmission et de rencontre. Les Conférences pantopiques constituent ainsi une étape essentielle : après avoir cherché à mieux poser le problème, à en représenter les dimensions et à se donner des outils pour l’explorer, nous entendons désormais mettre les humanités en présence pour le penser ensemble.

« Je suis parce que nous sommes. »

Philosophie de l’ubuntu

Pour une assemblée des humanités…

À mesure que les Conférences pantopiques se succèdent, une assemblée des humanités prend forme. Elle n’est ni une assemblée constituée une fois pour toutes, ni une représentation supposée parler au nom de l’humanité : elle est une assemblée en devenir, qui se compose et se recompose à chaque rencontre. Chaque nouvelle conférence y apporte des personnes, des générations, des cultures, des expériences, des métiers, des disciplines, des savoirs et des sensibilités qui n’étaient pas nécessairement présents auparavant. Certaines voix s’y retrouvent, d’autres apparaissent, certaines se répondent, certaines se contredisent. Des rapprochements deviennent possibles. C’est précisément cette diversité qui lui donne sa raison d’être : si le problème humain est celui de tous, aucun « tous » ne peut être présupposé avant d’avoir cherché à savoir qui le compose. L’assemblée pantopique ne cherche donc pas à produire une humanité homogène, mais à rendre possible une réflexion dans laquelle chacun puisse contribuer depuis son propre lieu sans faire de ce lieu la mesure de tous les autres. Elle se construit ainsi dans le mouvement même du questionnement : une assemblée qui écoute, qui apprend, qui confronte ses représentations, qui accepte ses désaccords et qui découvre progressivement ce qu’elle est capable de penser lorsqu’elle ne pense plus seule. De conférence en conférence, ce n’est donc pas seulement un public qui se rassemble : c’est une capacité collective à faire humanité qui s’expérimente. Un principe s’y affirme déterminant qui tient de l’ubuntu : « Je suis parce que nous sommes ».

Multiplier les points d’entrée dans le problème humain…

Aucune Conférence pantopique n’a vocation à embrasser à elle seule l’ensemble du problème humain. Elle choisit au contraire un point d’entrée, une question à partir de laquelle il devient possible d’explorer un ensemble de relations et de possibilités. Une question sur l’éducation peut conduire vers le savoir, la transmission, les générations, les technologies ou le pouvoir. Une question sur l’identité peut ouvrir sur la langue, la culture, les récits, les migrations, la mémoire ou les relations entre moi et les autres. Ainsi, chaque assemblée peut entrer dans le problème par une porte différente, sans perdre de vue l’architecture d’ensemble que proposent la Roue des problèmes et les outils pantopiques. Certaines questions pourront se prolonger, d’autres en susciter de nouvelles. Certaines trouveront des échos inattendus dans des conférences tenues ailleurs, à une autre époque ou avec d’autres participants. Les outils ne sont pas là pour imposer un parcours unique, mais bien pour permettre cette exploration : déplacer les échelles avec l’effet matr.IA.chka, croiser les temps et les espaces, interroger les définitions, faire dialoguer les récits, mobiliser les sept variables et les cinquante-deux repères, ou encore parcourir les cinq temps d’Écouter à Communiquer. La force du dispositif tient alors moins à la réponse apportée à chaque question qu’à la multiplication des chemins permettant d’entrer dans le même problème. Car plus les points d’entrée se diversifient, plus nous pouvons découvrir que ce que nous appelions « le problème » depuis un lieu donné n’était peut-être qu’une de ses expressions.

Un témoign’âge par conférence…

Chaque rencontre peut alors laisser derrière elle autre chose qu’un souvenir : un objet nouveau qui prolonge la réflexion. C’est le sens du témoign’âge, conçu comme une trace singulière de ce qui s’est joué au cours d’une Conférence pantopique et comme une matière disponible pour celles qui suivront. Il peut prendre des formes diverses selon la question, le lieu et l’assemblée : parole recueillie, récit, texte, image, création, indéfinition, représentation, question reformulée, production collective ou tout autre objet susceptible de transmettre une part de l’expérience vécue. Ce qui importe n’est pas de transformer la conférence en archive close, mais de faire en sorte que chaque rencontre augmente le champ dans lequel les suivantes pourront penser. Un témoign’âge peut être ainsi repris, discuté, prolongé ou même contredit. Il devient une nouvelle entrée dans le problème humain plutôt qu’une conclusion. De proche en proche, les conférences produisent alors une mémoire qui loin de se réduire à ce qui a été dit, partage des questions qui ont émergé, des relations qui se sont nouées et des possibilités qui ont été entrevues. Les témoign’âges forment ainsi progressivement une matière commune, à la fois mémoire et devenir, dans laquelle l’assemblée des humanités peut reconnaître son propre cheminement. Chaque conférence ajoute une pièce au puzzle, mais une pièce qui peut elle-même modifier la forme du puzzle et donner envie d’en chercher d’autres. C’est en cela que le témoign’âge participe pleinement au projet : il transforme une rencontre ponctuelle en un élément d’une recherche collective qui continue à vivre, à circuler et à produire de nouvelles questions.

Pour une croissance culturelle de l’humanité …

Tout ce cheminement conduit finalement vers une ambition qui dépasse chacun des outils, chacune des conférences et chacune des questions qui l’ont nourri : contribuer à une « croissance culturelle de l’humanité ». Il ne s’agit pas d’imaginer ici une humanité qui deviendrait progressivement plus savante, plus cultivée ou plus instruite au sens où l’on accumulerait davantage de connaissances. Il s’agit plutôt de considérer que nous pouvons apprendre, individuellement et collectivement, à mieux comprendre la diversité du monde que nous habitons, les histoires dont nous sommes issus, les relations qui nous unissent ou nous opposent, les conséquences de nos actes et les interdépendances qui rendent désormais difficile toute séparation durable entre le proche et le lointain. Une telle croissance ne peut être imposée depuis un centre : elle suppose la contribution de toutes celles et ceux qui acceptent de mettre leurs savoirs, leurs expériences, leurs récits et leurs questions en relation. Elle est donc nécessairement collégiale, continue et volontaire, et elle ne connaît pas de point d’achèvement : chaque compréhension nouvelle peut faire apparaître une ignorance nouvelle, chaque rencontre peut déplacer un repère, chaque question mieux posée peut ouvrir un espace inattendu. Elle ne consiste pas davantage à rendre les humanités semblables, mais à leur permettre de s’enrichir de leurs différences, de leurs héritages et de leurs expériences réciproques. Faire humanités, dans cette perspective, signifie prendre soin de ce qui nous a été transmis, de ce qui nous entoure, des générations présentes et futures, et des conditions qui rendent possible une vie humaine digne et partageable. La croissance culturelle de l’humanité désigne ainsi une capacité collective à élargir sans cesse notre compréhension de ce que signifie faire monde et faire humanité.

Acte 1 Diversité, récits et dialogue : commencer par rencontrer…

Toute démarche humaine gagne à commencer par sortir de son propre cadre de référence. La diversité des personnes, des cultures, des langues, des histoires et des expériences n’est pas seulement une réalité à constater : elle constitue une ressource pour enrichir notre regard. Un mot, un objet, une pratique ou une question peuvent devenir autant de prétextes à la rencontre, pour peu que nous acceptions de ne pas les considérer depuis notre seul point de vue. « Où est le problème ? » Peut-être déjà dans ce que nous croyons suffisamment connaître pour ne plus avoir besoin de l’autre. Ce premier cercle invite donc à écouter, raconter, comparer, questionner et dialoguer. Comment faire de notre rencontre une première capacité d’action ?

Acte 2 Vie et environnement : agir dans une maison commune…

Aucune réflexion sur l’avenir humain ne peut se tenir à distance des conditions matérielles et vivantes qui rendent notre existence possible. L’environnement trop souvent considéré comme un décor extérieur à nos activités, constitue bien entendu le milieu dans lequel elles prennent place et dont elles dépendent. Ce cercle invite donc à regarder autrement les sols, l’eau, les espèces, les ressources, les équilibres et les transformations que nous provoquons, en confrontant les savoirs scientifiques aux expériences locales et aux sagesses accumulées par les générations. « Où est le problème ? » lorsque ce qui permet notre vie devient l’objet même de pratiques qui la fragilisent ? La question appelle moins une déclaration qu’un questionnement des pratiques, des choix et des responsabilités. Préserver, restaurer, économiser, transmettre, inventer : autant de manières de faire de la connaissance du vivant une capacité effective à agir.

Acte 3 Langues et langages : préserver les possibilités de dire…

Entrer dans les langues et les langages, c’est découvrir que l’humanité dispose d’une multitude de manières de nommer, de penser, de transmettre et d’entrer en relation. Une langue est certes un instrument permettant de communiquer, mais pour cela elle porte des expériences, des savoirs, des récits, des manières de distinguer et de relier les choses. Ce cercle nous engage à apprendre davantage de langues, à écouter celles que nous ne comprenons pas, pas encore, à préserver celles qui sont fragilisées, mais aussi à considérer la pluralité des langages oraux, écrits, gestuels, graphiques, symboliques... Il transforme ainsi la diversité linguistique en pratique de rencontre et en vigilance active contre l’uniformisation.

Acte 4 Sciences : apprendre à chercher plutôt qu’à croire savoir

Les sciences offrent une manière singulière de faire progresser notre compréhension du monde : observer, formuler des hypothèses, expérimenter, vérifier, réfuter, recommencer. Elles nous apprennent aussi que le savoir peut évoluer et qu’une connaissance nouvelle peut transformer une certitude ancienne. « Où est le problème ? » lorsque nous confondons toutefois ce que la science établit, ce qu’elle cherche encore et ce que nous aimerions qu’elle démontre ? Ce cercle invite à mieux comprendre les sciences elles-mêmes, leurs méthodes, leurs limites, leurs applications et leurs conséquences, mais aussi leurs relations avec les autres formes de connaissance. Ne cherchant ni à sacraliser ni à relativiser le savoir scientifique, visons ici à développer avec lui une relation suffisamment éclairée pour pouvoir comprendre, discuter et agir.

Acte 5 Justice : rendre possible une vie commune…

La justice apparaît lorsque les humains cherchent à organiser leurs relations au-delà de la seule force, de l’intérêt ou du privilège. Les sociétés ont inventé des lois, des tribunaux, des droits et des institutions très différents pour tenter de déterminer ce qui peut être considéré comme juste. Ce cercle invite à les mettre en miroir, à comprendre leurs histoires et leurs limites, mais aussi à regarder les situations dans lesquelles l’injustice demeure, se reproduit ou devient invisible. « Où est le problème ? » lorsqu’une règle existe sans produire pour autant un sentiment ou une réalité de justice ? La question conduit à considérer ensemble le droit et ses usages, les droits reconnus et ceux qui ne le sont pas encore, la responsabilité individuelle et les structures collectives. La justice y apparaît alors comme un espace permanent de discussion, de réparation et d’action.

Acte 6 Signes, signaux, symboles : apprendre à lire ce qui nous entoure…

Nous habitons une forêt de signes. Ils nous orientent, nous avertissent, nous identifient, nous rassemblent, nous racontent et parfois nous trompent. Les signes peuvent être visuels, sonores, tactiles, corporels, numériques ou symboliques. Ils sont partout où quelque chose renvoie à autre chose et demande à être interprété. Le problème survient cependant quand nous ne voyons plus les signes, mais aussi lorsque nous les interprétons trop vite ou encore quand quelqu’un peut les utiliser pour manipuler notre perception. Ce cercle développe une attention particulière à notre environnement sémiotique et aux mécanismes par lesquels nous donnons du sens. Il apprend à observer avant de conclure, à comparer les interprétations et à comprendre que notre manière de lire le monde participe déjà à la manière dont nous pouvons y agir.

Acte 7 Signification : chercher du sens sans l’imposer…

L’être humain ne cesse d’interpréter ce qui lui arrive et de chercher à donner du sens à son existence, à ses relations, à son travail, à ses croyances ou aux événements qu’il traverse. Mais le sens n’est pas toujours donné une fois pour toutes : il se construit, se transforme, se discute et peut différer profondément d’une personne ou d’une culture à l’autre. « Où est le problème ? » lorsque nous prenons notre propre signification pour une évidence universelle ? Ce cercle invite à accueillir cette pluralité sans renoncer pour autant à chercher ce qui peut être partagé. Les indéfinitions y prennent naturellement place : elles permettent de reconnaître ce que chacun met derrière les mots, de confronter les perceptions et d’observer leur évolution. Chercher du sens devient alors une activité collective, toujours susceptible d’être reprise et approfondie.

Acte 8 Histoire : apprendre à regarder plusieurs passés…

Toute société vit avec des histoires qu’elle raconte, transmet, célèbre, oublie ou conteste. L’histoire permet de comprendre comment nous sommes devenus ce que nous sommes, mais elle est aussi traversée par les points de vue de ceux qui l’ont écrite, conservée ou transmise. « Où est le problème ? » quand plusieurs mémoires se rencontrent sans raconter le même passé ? Ce cercle propose de multiplier les regards plutôt que de rechercher trop rapidement une histoire unique qui viendrait clore la discussion. Mettre en présence des récits différents, y compris ou a fortiori lorsqu’ils sont contradictoires, peut permettre de mieux comprendre les blessures, les héritages et les responsabilités qui continuent d’agir dans le présent.

Acte 9 Arts : créer pour renforcer le regard…

L’art ouvre un espace dans lequel l’humanité peut voir, ressentir et imaginer autrement. Il donne forme à ce qui échappe parfois au discours, fait surgir des questions sans nécessairement les résoudre et permet de partager des expériences qui ne se laissent pas réduire à une démonstration. À l’heure où des technologies peuvent produire images, textes, sons, ce cercle invite aussi à revenir sur ce que signifie créer, choisir, interpréter et donner une intention à une œuvre. L’art s’y affirme comme une manière d’exercer notre capacité à imaginer d’autres possibles.

Acte 10 Patrimoines : recevoir pour pouvoir transmettre…

Nous recevons de multiples héritages : monuments, paysages, objets, langues, gestes, recettes, musiques, techniques, récits, pratiques et savoirs. Les patrimoines nous donnent des points d’ancrage dans le temps et dans l’espace. Ils ne vivent cependant que s’ils sont regardés, compris, entretenus, transformés et transmis. « Où est le problème ? » lorsque l’héritage devient soit un objet figé, soit une possession exclusive, soit quelque chose que nous laissons disparaître ? Ce cercle invite à considérer les patrimoines dans leur diversité et leurs relations, à rapprocher le matériel et l’immatériel, le naturel et le culturel, le local et le mondial. Recevoir un héritage peut aussi signifier comprendre ce que nous en avons reçu, décider ce que nous voulons en transmettre et imaginer ce que les générations futures pourront à leur tour en faire.

Acte 11 Spiritualités : chercher ensemble au-delà de nos différences…

Les spiritualités accompagnent depuis des millénaires les grandes interrogations humaines : la vie et la mort, le sens, le bien et le mal, la relation aux autres, au vivant, au mystère ou à ce qui nous dépasse. Elles peuvent profondément relier les êtres, mais aussi devenir des sources d’opposition lorsque des convictions différentes se transforment en prétentions exclusives. « Où est le problème ? » Dans la diversité des croyances et des incroyances ? Ou dans notre difficulté à faire de cette diversité un espace de rencontre ? Ce cercle invite à connaître les traditions plutôt qu’à les réduire à des représentations simplifiées, à reconnaître également les formes de non-croyance et à rechercher les principes, expériences ou interrogations qui peuvent être partagés sans nier les différences. Il ouvre ainsi un espace où la quête de sens peut devenir une occasion de rapprochement plutôt qu’un motif supplémentaire de séparation.

Acte 12 Intelligence artificielle : apprendre à agir avec ce que nous avons produit…

L’intelligence artificielle introduit une rupture d’échelle dans notre relation aux techniques : elle ne transforme pas seulement nos outils, mais certaines conditions dans lesquelles nous cherchons, créons, décidons, apprenons. « Où est le problème ? » lorsque la réponse peut précéder la question, lorsque l'assistance devient orientation, ou lorsque nous ne savons plus exactement ce que nous déléguons ? Ce cercle ne cherche ni à célébrer ni à condamner l’IA, mais à créer les conditions d’une relation plus lucide avec elle. Il appelle à croiser sciences, techniques, arts, droit, philosophie, économie, éthique et expériences d’usage, afin de comprendre ce que ces systèmes rendent possible et ce qu’ils transforment. L’enjeu devient alors d’apprendre à exercer une intelligence assistée sans abandonner notre capacité à interroger, choisir, créer et répondre de nos actes.

Acte 13 Métiers : comprendre le monde par le faire…

Les métiers constituent une expression particulièrement concrète de l’épopée humaine. Ils font vivre des savoirs, des gestes, des responsabilités et des formes d’intelligence souvent invisibles tant elles appartiennent à l’ordinaire. Cultiver, soigner, enseigner, construire, réparer, transporter, transmettre, produire, créer ou protéger : chaque activité participe à un ensemble dont nous mesurons rarement toutes les interdépendances. « Où est le problème ? » quand nous ne voyons plus les métiers qui rendent possible notre existence, ni les conséquences de leur transformation ? Ce cercle invite à reconnaître la valeur du faire, des apprentissages et des transmissions, mais aussi à regarder les conditions de travail, les inégalités, les mutations technologiques et les métiers qui apparaissent ou disparaissent. Comprendre les métiers, c’est ainsi mieux comprendre la société qui les produit et les équilibres dont chacun dépend.

Acte 14 Synthèse : relier pour pouvoir agir autrement…

Après avoir traversé autant de cercles, vient non pas le temps d’une conclusion définitive, mais celui de la mise en relation. Que devient une question lorsqu’elle est regardée depuis plusieurs histoires, plusieurs savoirs, plusieurs métiers, plusieurs cultures et plusieurs formes d’intelligence ? La synthèse ne consiste pas à réduire cette diversité à une réponse unique. Elle consiste plutôt à faire apparaître les correspondances, les tensions, les complémentarités et les questions nouvelles que chaque cercle révèle lorsqu’il rencontre les autres. Elle peut prendre toutes les formes que permettent les talents réunis : récit, exposition, spectacle, jeu, langage, création, enquête, dispositif pédagogique ou toute autre invention. La synthèse devient ainsi elle-même une action : celle qui consiste à transformer la dispersion des expériences en une capacité nouvelle à voir ensemble.

Acte 15 Encyclopédagogie : apprendre à continuer…

Tout ce qui précède appelle finalement une mise en apprentissage. Si chaque cercle permet de mieux comprendre une partie du problème humain, l’enjeu est de pouvoir continuer à passer de l’un à l’autre, tout au long de la vie, sans enfermer l’apprentissage dans une période, une discipline ou une institution. C’est dans cette perspective que se dessine l’encyclopédagogie : une éducation qui met en relation les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être, qui associe le corps, l’esprit et les émotions, qui accueille les arts, les sciences, les techniques, les métiers, les langues, les spiritualités et les récits, et qui apprend également à exercer une vigilance face aux formes d’assistance technologique. « Où est le problème ? » si nous savons beaucoup de choses mais ne savons pas les relier, les questionner ou les mettre au service d’un monde commun ? Ce dernier cercle ne ferme donc pas la série : il en prolonge le mouvement. Il prépare chacun à entrer dans de nouveaux cercles, à poser de nouvelles questions, à rencontrer d’autres humanités et, surtout, à transformer notre capacité de comprendre et d’agir. Ainsi les quinze Actes ne constituent-ils pas un parcours achevé, mais une invitation à poursuivre la croissance culturelle par de nouveaux cercles, de nouvelles rencontres et de nouvelles manières de nous confronter à notre question : « Où est le problème ? »